Downsizing (procrastiner un problème de taille)
Afin de lutter contre la surpopulation, un scientifique norvégien de génie reprend les idées d'Asimov et met au point une technologie bullshit permettant de réduire la taille des êtres humains à environ 10-12 cm. Outre la promesse écologique dont tout le monde se calice, le Downsizing est surtout une promesse pour n'importe quel particulier d'augmenter confortablement son niveau de vie (tout est moins cher quand on fait une poignée de cm). Les nombreuses facilités économiques du processus, finissent par avoir raison de la vie stressante de Paul Safranek (bien qu'il est tout de même attendu près de 10 ans)... et de sa femme (bizarre elle est pas sur l'affiche, d'ailleurs il a pas d'alliance, c'est étrange n'est...). Bref, le cher Paolo rencontrera Christophe Waltz et constatera rapidement que l'espèce humaine n'est pas prêt d'abandonner son péché mignon : le capitalisme.
Downsizing c'est donc le film de S.F. qui déchaîne toutes les passions en ce moment. On parle de premier grand film de l'année, de comédie hilarante (sic), de réussite de taille (re-sic) et de film d'anticipation. Pour beaucoup d'ailleurs, le concept semble être intéressant et incroyablement ingénieux, à tel point que nombre de magazine sont - comme pour Interstellar en son temps - en train de se pencher sur les possibilités scientifiques véritables d'un tel concept. Soyons sérieux deux minutes, le processus de Downsizing n'est pas plus intéressant, qu'il ne relève de l'anticipation, puisqu'il est tout simplement ridicule, voire carrément stupide. Qui plus est, il n'est pas nouveau dans la mesure où Asimov (et sans doute bien d'autres) l'avait déjà expérimenté. Pire le concept induit ici a déjà utilisé à l'identique dans un gros nanar (The Killer Shrews) avec des musaraignes tueuses géantes (certes le downsizing n'est pas le principal responsable du naufrage cinématographique, mais l'idée était déjà perchée en 1959 !). A l'heure actuelle, il serait plus crédible de faire comme dans Inferno (le livre pas le film) et de stériliser les deux tiers de la populations par le biais d'un virus, là ce serait beaucoup plus efficace.
Le downsizing avant l'heure
Mais bon, comme il est coutume maintenant, dès lors qu'un réalisateur renommé est derrière la caméra (Alexander Payne, dont je n'ai vu aucun autre film) armé de près de 70 millions de dollars, pour filmer des têtes d'affiches (Matt Damon, Christophe Waltz, Hong Chau...), n'importe quelle idée devient brillante et surtout rentable. On ne m'enlèvera pas qu'une telle idée est aberrante, totalement saugrenue et ne résolverait pas grand chose si elle était mise au point elle serait surtout aussitôt réservée aux castes les plus aisées et privatisée dans le même temps). Au moins le réalisateur assume jusqu'au bout son concept et c'est là que le miracle opère : le sujet est extrêmement bien traité.
On peut reprocher beaucoup de choses à ce film c'est certain, comme quelques longueurs au milieu du métrage, conséquence de l'instabilité émotionnelle de son personnage principal toujours à côté de ses pompes et quelques passages awkward qui moi ne m'ont pas plus choqué que le concept initial. En revanche il est impossible de lui reprocher de mal exploiter sa carte maîtresse (sauf là dans une critique pro de... 5 lignes), puisque si la satyre du modèle américain, des politiques et de l'inaction écologique sont évidents ; les scénaristes (le réalisateur + Jim Taylor) passent par le cadre socio-politique, l'économie, l'immigration, les droits... en somme tous les composants d'un monde utopique sur lequel on nous bassine depuis des lustres.
L'ensemble donne d'ailleurs un petit côté fable moderne, auquel vient s'adjoindre de sympathiques idées de mises en scènes nous rappelant judicieusement les proportions des personnages lilliputiens (pas nécessairement avec l'immensité des décors extérieurs ou face à une personne d'1m70, une simple rose portée par Matt Damon fait son petit effet). Les acteurs sont aussi particulièrement excellents (desservis pour certains par une VF tarabiscotée comme c'est le cas pour Hong Chau), bien que leurs personnages respectifs laissent quelques peu à désirer dans la dernière ligne droite. Ligne droite qui semble avoir fait exsuder la bile de nombreuses critiques pour des raisons aussi diverses que variées.
La fable sarcastique prend, alors, une tournure à la fois plus politique et plus filandreuse, où l’écologie est assimilée à une secte. Pour finir dans un prêchi-prêcha potentiellement réactionnaire qui fait s’écrouler toute l’ironie de la première partie.
La fin un peu trop vite torchée laisse certes quelque peu à désirer et peut-être que le cocktail thématique à un peu trop forcer les doses, mais difficile d'en vouloir au réalisateur pour avoir tenté de brasser si large, le film ne laisse ainsi pas indifférent. Seule la B.O. (Rolfe Kent) n'est pas franchement mémorable, dans la mesure où aucun thème ne vient transcender l'écran (au demeurant elle est bien intégrée). Ce n'est pas le "premier grand film de l'année 2018" (jeu de mots pourri au passage), par contre c'est sympathique à regarder et même face au Grand Jeu ou Les heures Sombres, Downsizing ne fait pas tâche et vaut le coup d'oeil en dépit des critiques virulentes sur sa deuxième partie assez moralisatrice.
Que je sois loué, je n'ai vu aucune des B.A. racoleuses avant de voir le film. Si vous attendez une "comédie hilarante" vous allez être sérieusement déçu(e)s.
Bon je ne partage pas la totalité de ce point de vue, par contre ce gars là à tout compris : le film est sur-vendu et aurait pu être meilleur dans sa seconde partie.

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