Venom & Errementari

Publié le par Corbeau Moqueur

Venom & Errementari

Deux films donc, d'un genre différent mais d'une forme assez similaire finalement (à prendre avec de grosses pincettes, dans des gants vinyles) et sortis à deux jours d'écart. Le premier se fait démolir copieusement par la critique pour promesses (??) non tenues, tandis que le second... ma foi ne peut bénéficier de la même hype, dans la mesure où il n'est sorti pas au même endroit et ne s'adresse pas vraiment au grand public. Cependant, tous deux partagent à leur manière le même point commun : un univers dark qui n'en est finalement pas un, pour des raisons en revanche très différentes.

Venom (Le symbiote est mon ami)

On ne va pas se le cacher, Venom était l'un des films les plus attendus de cette fin d'année et probablement celui du mois, tant pour les connaisseurs que pour le grand public. Et c'est un peu finalement pour ça que le film a la tronche qu'il a... sauf qu'en le démolissant bêtement les critiques ne font que s'enfoncer dans leur propre incohérence. Bon Venom tout le monde le connait de nom et de gueule : il est grand, poisseux, a une souplesse inégalée en matière d'articulation tempo-mandibulaire et surpasse sans pression Gene Simmons quant à la taille de l'organe de la cavité buccale. Il est aussi pas très sympa, assez violent, mais se répugne à tuer des innocents (tout du moins dans sa première itération) et finalement c'est un peu ce qui se retrouve à l'écran. Mais Venom (le film pas le monstre) a finalement deux grandes tares :

Primo, Venom (le monstre, pas le film) est sympa. Au final après 45 minutes de tergiversation et joutes internes mou de bide, Tom Hardy est bien content d'avoir un parasite qui lui confère un petit boost de force et d'agilité (disons que c'est à partir de la poursuite en moto que la roue tourne) et en devenant finalement un vague sosie d'Alex Mercer schizophrène, toute l'originalité du film vole en éclat. On serait quand même en droit d'en attendre un peu plus, surtout lorsqu'on rejette un coup d'oeil au premier teaser (où Venom n’apparaissait pas) promettant noirceur et dualité interne sans concession aucune. Du coup, bah on se retrouve avec un film de super-héros classique et dont la construction narrative ressemble fort à celle des Spider Man de Sam Raimi (l'époque où Marvel redorait son blason en faisant des trucs vraiment cool, car non ces films ne sont pas surcotés). De même que la réalisation en fait, ça donne un petit côté old-school qui n'est pas désagréable, mais d'aucun diront (ou plutôt ont dit) que c'est justement lent, inintéressant et qu'on s'en fout, on veut voir VENOM MERDEUUUUUH !

Là ! Z'êtes contents ? Sinon ouvrez un comics, il y a plein de jolies images qui vous autorisent à ne pas savoir lire.
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Au contraire, la première partie du film est un bon point. L'intrigue n'est pas brusquée, les personnages (caricaturaux) se posent et les symbiotes font leur entrée progressivement, sans rien casser à l'ambiance installée... jusqu'à ce que Tom Hardy interagisse avec son hôte. Du reste, puisque le réalisateur a décidé de ne pas se torturer la nouille pour mettre en scène son film, ce qu'il propose il le fait bien et efficacement. Les SFX sont bons, voire très bons (en tout cas j'ai rien vu de dégueus, mais il faut dire aussi que dès que ça ne fait plus parti du MCU les gens ont tendance à dire que c'est moche) mais la BO n'est pas mémorable (disons qu'elle est dans le pompeux, ce qui ne colle pas franchement avec Venom).

Deuxio, Venom a pas mal d'humour mainstream voire bas de plafond et c'est probablement ce qui dessert le film... en tout cas c'est que la presse s'empresse de dessouder. Cette nonchalance constante et cette foutue manie de balancer des punchlines un peu bas du front en toute circonstance, c'est une mode en grande partie lancée par Disney et qui déteint sur le cinéma. Cependant c'est là que la presse se ridiculise, puisque Venom est un peu l'anti BvS (jugé trop sérieux et pas assez drôle pour rappel) où maintenant c'est l'humour qui est pointé du doigt. Preuve que c'est vraiment une question de mode et n'allez pas me faire croire que c'est parce que pas aussi percutant que le MCU de Disney, aucunement même puisque les blagues sont du même niveau ! Vous avez juste choisi votre camps et si les choses sont comme elles sont, c'est aussi de votre fautes (2016 : Le Dark, bouh c'est nul, faut que ce soit drôle ! 2018 : L'humour c'est nul, il faut que ce soit sombre parce que c'est comme ça que c'est sensé être !)

Après, il est vrai que quand on voit les B.A. de Venom, le personnage et ce qui était annoncé, la légèreté du propos est assez crispante. Par ailleurs, le film manque clairement de violence. Certes, les bastons sont plutôt vénères mais vu ce que la plupart des personnages encaissent, c'est quand même incroyable qu'il n'est aucune contusion après s'être fait déboîté cinq fois par l'équivalent d'un direct de Mike Tyson multiplié par dix. Trop grand public ? C'est un fait et en cela, on peut être déçu du film, cependant c'est loin d'être un naveton puisqu'il est finalement un dommage collatéral du style cinématographique actuel (et au passage donne une idée de ce à quoi aurait ressemblé BvS s'il avait eu de l'humour Marvel). De toute façon, il y aura une suite et tout le monde ira la voir, parce que personne n'est cohérent avec ses propos.

Bon la baston final vaut le détour par contre.

Errementari (finalement... on change tout)

Mis en ligne en même temps que le Bon apôtre, l'excellente série Hill House de Flanagan et un film d'horreur indonésien nommé Kuntinalak, Errementari a des arguments bien à lui pour retenir l'attention de beaucoup de monde. Déjà parce qu'il s'agit d'un film en basque (ce qui est plutôt inhabituel dans le devant de la scène), ensuite parce qu'il est vendu (tant dans sa B.A. que dans son résumé) comme un film fantasy d'horreur, ce qui est je ne dirai pas conceptuel, mais assez insolite. Pour autant avec ce genre d'étiquetage on s'attendrait à quelque chose similaire au Labyrinthe de Pan, l'Orphelinat ou Don't be afraid of the dark. En pratique, il y a effectivement une ambiance très gothique et malaisante dans la première partie du film (soit 45 minutes), avant de brusquement retourné sa veste lorsque Sartael entre en scène.

A partir de cet instant, le réalisateur (Paul Urkijo) passe à la vitesse supérieur et loin de basculer dans le gore comme le fait Gareth Evans dans le Bon apôtre, le film prend un tournant plus... comique. Il conserve un bon degré de sérieux et ne bascule pas dans le burlesque outrancier, mais a son lot de situations assez hallucinantes. En fait Errementari est construit un peu de la même manière qu'une bonne partie des films sud-coréens (qui pour rappel adore brouiller les pistes en mixant les genres) et quelque part, il est l'anti-The Strangersune excellente production (sud-)coréenne bien glauque restée assez longtemps à l'affiche chez nous et faisant aussi intervenir le diable à sa manière.

Venom & Errementari
Venom & Errementari

J'ai passé un bon moment devant Errementari et d'une manière dont je ne m'y attendais absolument pas, sans pour autant m'être senti enfumé. Finalement il s'agit d'un film de fantasy, assez caustique vis-à-vis de la religion (la figure du prêtre y est vivement attaquée), avec une B.O. qui franchement agréable et une patte visuelle bien sympa. Par contre, il n'est pas très bien joué. Ce n'est pas très gênant dans la seconde partie où le sur-jeu de certains seconds rôles apporte un surplus d'énergie au film, mais dans la première... ouille (pour faire simple, il y a contraste marquant entre l'ambiance instaurée en premier lieu et la façon dont les acteurs évoluent dedans).

Au demeurant, le film conserve toujours sa dimension gothique, quoique différemment de la manière dont elle est présentée ici.

On aimera ou non, le style tant visuel que scénaristique, mais difficile de rester indifférent devant ce film qui si vous avez envie de quelque chose loin des ficelles habituels, vaut le coup d’œil. Attention, il est pas dit que vous aimeriez forcément, mais pour une soirée Halloween ça peut valoir le coup, d'autant que le film possède des moments bien epic. 

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