Mon problème avec la presse

Publié le par Corbeau Moqueur

Mon problème avec la presse

Vous l'avez sans doute déjà remarqué si vous suivez un peu ce blog ou tout du moins que vous venez y jeter un coup d’œil de temps en temps, mais j'ai une dent contre les critiques de presse. Les raisons sont multiples et pas forcément subjectives puisqu'elles reflètent finalement les nombreux virages qu'a pris le monde ces dernières années. Pour cet article, je me passerai de citation de tel expert et de tel site "soit-disant renommé", dans la mesure où il est grand temps de constater que si parole d'expert il y a encore, il fallait bien que ledit expert l'écrive par lui-même et non, ne resuce les dires des autres. 

Avant toute chose, il faut savoir d'emblée que je déteste le terme "critique". C'est l’hôpital qui se fout de la charité me diriez-vous, mais je ne me considère pas du tout comme un critique. D'une, parce que le terme m'horripile, un critique étant pour beaucoup - et pour une fois - y compris pour moi, une personne dénuée de talents balançant toute l'aigreur de sa personne sur les œuvres qu'il est bien en peine de concevoir. De deux, je ne suis pas payé, je suis indépendant,  soumis à aucune charte précise et ne me revendique à aucun instant "critique".

Après un blogueur qui critique des critiques, c'est une belle mise en abîme, doublée d'une vacuité de contenu assez manifeste et c'est d'ailleurs le genre de chose que l'on voit fleurir un peu partout (surtout sur Youtube, avec des "critiques" critiquant des "critiques", critiqués par des "critiques", critiquant des "critiques"). Pour autant, je considère qu'il est temps de mettre les points sur les "i" et les barres sur les "t" avant de continuer à écrire quoi que ce soit ici, surtout avec les mutations que connait le 7ème art ces dernières années (comprenez par là l'émergence de nouveaux médias et de nouvelles pratiques socioculturelles). Et il faut bien admettre que ces mutations, la presse cinématographique refusent de les accepter suivant des arguments déjà évoqués : nouvelles expériences pour rivaliser avec la SVOD = divertissement, bien loin du gloubiboulga culturelle martelée à Cannes, quitte à "oublier" que le cinéma était initialement un divertissement.

La presse et le tournant numérique, un long clivage régressif

La presse et le tournant numérique, un long clivage régressif

Bon inutile de se répéter et entrons dans le vif du sujet. Le problème principal que j'ai avec les critiques dites "pro" c'est qu'elles ne le sont plus justement. Comme beaucoup le disent à tort et à travers, "n'est pas critique qui le veut" (sans expliquer pourquoi ceci étant), puisqu'une critique se doit de montrer les forces et faiblesses d'une oeuvre, tenter d'y lire entre les lignes et dépasser tout simplement la simple observation du spectateur lambda, sans jamais basculer dans la facilité. C'est du moins ce que les bonnes critiques essayaient de faire, pas besoin de lire Wikipédia pour savoir que maintenant, elles se réduisent à un simple avis sur le film. Or, entre critique et avis, il y a une marge, une énorme.

Pour parler franchement, j'ai fait un an de théâtre et durant cette année, la critique dramatique faisait partie intégrante de la culture attenante. La première chose que l'on apprend, c'est qu'une bonne critique ne peut tout simplement pas dire qu'une pièce est nul, que les comédiens sont des merdes et que l'interprétation est à chier ; soit l'exact opposé de tout ce qu'on peut lire dans les critiques de cinéma dites "pro" (avec les Inrocks en tête, suivis de près par EcranLarge, Télérama et le Nouvel Obs). Après tout, s'il suffisait de dire qu'un film est nul pour toucher un chèque, on serait tous millionnaire... Il se trouve que cette différence ne s'explique pas par le côté en apparence plus rustique et élitiste du théâtre, loin s'en faut. De nombreuses critiques de cinéma étaient et sont encore bien sûr de ne pas basculer dans la facilité, on remarquera alors tout de même que ces dernières ne sont 80% du temps pas des journalistes, signe d'un bouleversement des pratiques.

Gros bouleversement avec l'arrivée des réseaux sociaux, mais ce n'est pas un scoop n'est ce pas ?

Gros bouleversement avec l'arrivée des réseaux sociaux, mais ce n'est pas un scoop n'est ce pas ?

Ces pratiques concernent notamment l'arrivée d'Internet et notamment du Web 2.0 (à savoir toutes les fonctionnalités sociales s'y rattachant, permettant une plus grande flexibilité d'utilisation pour ses utilisateurs). Avec ce-dernier, chaque particulier a la possibilité de mettre en ligne sa propre critique ou un simple avis sur à peu près tout et n'importe quoi. Et ça, la presse, les experts de domaine jusque là réservé aux professionnels garant de la vérité unique et véritable, ne l'a évidemment pas toujours bien pris. Il y a bien sûr du bon dans tout ça, le désir de chacun de transmettre les sentiments d'un film, celui d'améliorer son esprit critique ou de simplement partager ses passions, mais ce n'est pas ici ce qui m'intéresse le plus. Parce que du côté des critiques de cinéma, c'est à partir de là que les choses ont changé brutalement. Puisqu'il semble que les gens appréciaient les notes, les avis concis, le tout emballé dans la familiarité et les raccourcis douteux, pourquoi s'en priver ? Il y a bien des raisons, la garantie de maintenir un statut un minimum fiable, d'avoir une plume caustique sans en venir aux insultes et tout simplement ne pas céder au pute-à-click. 

Ah le pute-à-click, une véritable saloperie ce truc là. Exit l'utile, l'agréable et la subtilité, seul le sensationnel (souvent doublé de la calomnie) compte. Dès que les médias ont commencé à basculer là-dedans pour tenter de reconquérir un public qui se faisait la malle (notamment avec leur fichue rubrique "insolite"), on peut dire qu'on est tombé bien bas. Je veux dire vu la tronche des en-têtes des articles de presse et le contenu des réseaux sociaux, la différence est minime. Différence que les critiques de presse favorisent d'ailleurs vu la teneur de leurs articles actuels (retournez sur ce que j'ai dit sur How it ends, surtout du côté des Inrocks)...

Il va quand même bien falloir que la presse se fasse à l'idée, que leur piédestal a volé en éclat et qu'ils cessent ainsi de mépriser les petits gens comme vous et moi :

"Même les gags planqués dans le générique de fin ne méritent pas qu'on s'y attarde. Les geeks pourront rentrer plus tôt chez eux prendre une douche (ça fouettait méchamment à la projection)."

Télérama pour les Gardiens de la Galaxie 2

Malheureusement cette partie de la critique a été supprimée de leur site... dommage qu'ils aient oubliés de supprimer les commentaires attestant de son existence.
Vous trouvez ça impossible, vous n'avez pas encore rencontré EcranLarge, leurs minions (se rangeant aveuglément de leur côté pour chacune de leurs publications) et leur manie de répondre agressivement aux commentaires osant remettre en cause leur venin (on a raison, vos gueules !), pour ça vous devriez aller jeter un coup d'oeil du côté de Tomb Raider... Enfin, on a encore des fous furieux comme Fereydoun Hoveyda (membre des Cahiers du Cinéma), qui considèrent que les avis des spectateurs c'est du bullshit, puisque la seule critique valable à ses yeux (sic) est celle publiée dans les mensuels. Une belle ouverture d'esprit donc (avec toujours cette manie de quantifier le monde qui nous entoure).

Mon problème avec la presse

Deuxième point : le casting, le réalisateur et la prod. priment sur le fond. C'est une chose qui s'est clairement affirmé avec le film Ready Player Oneoù parce que Spielberg était aux commandes le film a été porté aux nues. Ce qui m'arrange d'un point de vue personnel, même si objectivement, le film est loin de pouvoir être un classique (trop de défauts basiques et de syncopes narratives). A l'inverse, tous les films de Michael Bay se font systématiquement flinguer avant même leur sortie (souvent à juste titre, mais là n'est pas la question). Il en va d'ailleurs de même avec David Ayer, qui depuis Suicide Squadse fait incendier dans chacun de ses projets (rappelez-vous Brightloin d'être un chef d'oeuvre et qui en plus était sorti sur Netflix). 

Ce genre de logique m'horripile, tel réalisateur qui a fait tel film est chargé de ce film, alors ce sera bien. Désolé d'être aussi franc, mais c'est des conneries. On peut être un grand chanteur / écrivain / réalisateur / acteur / comédien et j'en passe, et faire de la merde. Certes certains ont réussi à éviter quasiment tous les écueils (Jodie Foster notamment), mais ce n'est absolument pas garant d'une qualité irréprochable et/ou constante pour tous les films. C'est con, mais c'est comme ça. Il faut noter que cet aspect peut être utilisé aussi pour défendre le casting : oui, ok mais si l'acteur est pas top ici c'est pas à cause de lui, mais à cause du sujet (ou du livre original suivant ce qui arrange le plus la presse). 

Bref la critique est subjective, mais en un sens c'est une chose normale, puisque dès l'instant où l'on commence à forger un avis ou une analyse sur un film, il y aura forcément une dose de subjectivité (même infime). Dans le cas contraire, autant laisser le boulot à une machine...
Le problème, c'est la manière dont elle est souvent présentée, à savoir le plus souvent comme le Saint-Graal ou la parole unique et absolument véritable. 

Le changement c'est maintenant

Le dernier point parmi tant d'autres, c'est l'arrivée des nouvelles pratiques médiatiques. On va penser que je vous un culte à Netflix depuis que je me suis abonné à ce service, mais il faut dire que la praticité de la plateforme et ses nombreuses productions qualies en font le porte-étendard de nouvelles manières d'aborder tant la critique que le cinéma. Si vous voulez mon avis dessus, le cinéma va coexister avec la SVOD ou la VOD, voire la VR et tout le tintamarre. Une fois encore, c'est toujours le même débat vide et non-sensique qui a opposé le livre aux journaux papier, le théâtre et le cinéma, ainsi que l'actuel bagarre entre les livres numériques et papier.

Le monde change, les pratiques évoluent et les gens se diversifient (d'un point de vue sociologique, j'entends), alors à quoi bon jouer les aigris et rester coincé sur l'élitisme intellectuel tendant à disparaître (au profit d'un partage de connaissance plus équitable - à prendre avec des pincettes -) et cracher purement et simplement sur des productions différentes ? La réponse à cette question pourrait figurer dans les concours territoriaux, et nécessiterait un article entier pour tenter d'y amener des réponses. Mais pour faire simple, disons que les humains n'apprécient que peu de sortir de leur petite zone de confort ou d'accepter le changement. Changement s'entendant ici par le boom des plateformes numériques offrant un accès conséquent à des films et séries directement chez soi, s'opposant alors pour les esprits les obtus au cinéma. Tous les poncifs y passent comme de bien entendu dans ce genre de débat et je pourrais déverser pas mal de ressentiment sur la question, mais je préférerais éviter.

En conséquence, il est logique que le cinéma propose de nouvelles expériences, mais là encore, ça ne semble pas plaire à la critique voire plus globalement au monde du 7ème art, accusant notamment celui-ci de se transformer en divertissement (sic) et en parc d'attraction (re-sic). Une question d'évolution qui déteint bien sûr sur la presse, qui semble avoir choisi son camp, vu que les trois quarts des productions SVOD se font limoger. Pour ces-dernières, je parle surtout des films, les séries ne s'inscrivant pas vraiment dans le débat. Pas en terme de qualité bien sûr, puisque les séries font montre d'une impressionnante courbe de croissance en terme de qualité et de richesse, mais ne sont aux dernières nouvelles pas projeter dans les salles obscures (par contre on en a des B.A. un peu partout).

Ah... les séries...

Ah... les séries...

Je regarde beaucoup de séries (c'est presqu'un euphémisme), mais si je n'en parle pas ou si peu, c'est parce que je ne suis pas très bon pour concentrer toute leur richesse, le travail d'envergure nécessaire et toutes les thématiques. Critiquer ou tout du moins parler d'une série est un exercice bien différent que celui de parler d'un film ou d'un livre. A mes yeux, il est stupide de dire qu'une série est bonne ou mauvaise, dans la mesure où le travail nécessaire à sa réalisation et les moyens colossaux mis en oeuvre ne peuvent être uniquement mauvais. 

Les séries TV mériteraient un article à elles seules, puisqu'elles sont finalement beaucoup plus accessibles que le cinéma et se prêtent avec plus de facilité au monde d'aujourd'hui. Je me vois mal dire que par exemple les séries Les Experts ou NCIS sont des daubes sans nom, puisque même si les intrigues sont inter-changeables, les personnages clichés et les private jokes, crispantes ; il y a quand même du bon dedans (typiquement la dimension enquête), si bien qu'il est difficile de ranger les séries policières dans la simple boîte : coprolithe médiatique (même si on ne va pas se cacher qu'elles témoignent d'un manque flagrant d'originalité et d'un gâchis de potentiel incroyable lors de certaines fulgurances pleine d'hardiesse). 

Sans compter les saisons, les nouveaux acteurs, les thématiques diverses et variées, le public visé, le ou les compositeurs, le rythme, l'impact qu'elles provoquent dans leur milieu (typiquement qu'elle sera celui de Maniacdont les publicités agressives induisent de grands bouleversements ?), il est impossible de noter une série (surtout sur /5). Pourtant il semble que certains y arrivent... notamment parmi les critiques de cinéma. Ces dernières commettent l'exploit de les noter et de les aborder exactement comme elles le feraient pour un film ou un simple téléfilm... Si c'est pas du foutage de gueule manifeste. Si l'on prend la série Luke Cage (je pourrais en prendre une bonne dizaine d'autres, mais le retour de Ecran Large sur la saison 2 est passablement décourageant), Ecran Large a littéralement démoli les deux saisons, parlant des personnages, du scénario et des acteurs, faisant totalement l'impasse sur la très bonne réalisation, le travail photographique titanesque et le colossal boulot d'adaptation ; heureusement que les fans sont là pour ça :

Je passerai outre les fautes d'orthographe, pour souligner à quel point ses dires sont plus pertinent que l'intégralité de l'article du "journaliste".

Je passerai outre les fautes d'orthographe, pour souligner à quel point ses dires sont plus pertinent que l'intégralité de l'article du "journaliste".

Mon avis (bref et condensé) sur cette série : Très bonne réalisation, excellente B.O. mais des dialogues simplets, des punchlines afro-américaines en surnombre (qui en deviennent forcées) et surtout d'énormes longueurs (la saison 2 pouvait tenir en moitié moins d'épisodes).

Je pourrais encore parler du boulot de critique pendant des heures et prolonger cet article indéfiniment, mais cela commence à faire long. La plupart de mes propos ne tiennent que de ma personne, mais il y a je pense des choses objectives à prendre en compte : le monde évolue et la son miroir digital a beaucoup déteint dessus, au point de changer bien de ses aspects. Plus de pouvoir (virtuel) au peuple ne signifie pas pour les professionnels qu'il faut à tout prix pomper sur ce qui marche et s'abaisser à mettre des insultes dans les "critiques" pour donner un effet "cool" et branché.

En l'état actuel n'importe qui peut s'autoproclamer critique et à ce niveau-là Youtube fait très fort, puisqu'on compte plusieurs centaines de pèlerins ayant attrapé le bâton. Certains tirent leur épingle du jeu tant en terme de mise en scène que de forme (type Le Fossoyeur de Films pour n'en citer qu'un), mais d'autres se plantent devant une caméra et déblatèrent des heures durant, à coup de euuuuh et de je sais plus... j'ai plus le mot (oui, je parle de Durendalce type n'a sérieusement rien compris a l'intérêt du montage vidéo et au format podcast tout court).

J'ignore si cela va m’amener moi à changer mon format (très irrégulier) actuel, mais en tout cas, sachez que pour Kin, Next Gen, La femme la plus assassinée au monde, j'ai pas mal de choses à dire. A plus donc.

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