Annabelle 2 (++=-)

Publié le par Corbeau Moqueur

Annabelle 2 (++=-)

Avec Annabelle plus on avance dans la saga, plus on recule historiquement ; cette fois cap pour la première moitié du XXème à coup d'élipse de 12 ans. D'abord le créateur de la poupée creepy voit sa fille se faire tamponner par une voiture beaucoup trop rapide sur une route de terre beaucoup trop cahoteuse, puis *elipse* un car de 6 orphelines et une bonne soeur vont s'installer dans ladite maison du fabricant qui tire à présent une gueule de trois pieds de long à chacune de ses apparitions, tandis que sa femme est paralysée au lit avec la moitié du visage cachée sous un masque (hum-hum c'est louche tout ça). Comme Justine (l'une des filles) est une éclopée elle va aussitôt être la cible du démon qui possède la poupée (apparemment le diable carrément). Et comme Conjuring 2 a eu un succès de dingue (et mérité), quoi de mieux que de glisser "subtilement" son antagoniste gratuitement dans ce spin-off à savoir Valak, le démon travestit en bonne soeur (ça et les prêtre pédophiles, on se demande comment la religion peut être encore un havre de paix).

C'est qu'en période de vacance, à l'heure où il fait beau, chaud et gris en même temps, on aille s'enfermer dans une salle sombre pour regarder des gamines se faire pourchasser dans une maison poussiéreuse. C'est toujours sympa... bref cette suite signée David F. Sandberg a cartonné aux Etats-Unis, dont les critiques ont (à juste titre) perçu une nette amélioration comparativement au premier volet. L'ennui c'est que ce n'est pas parce que les ricains aiment que c'est tout de suite bien (il y a qu'à voir Ouija). La raison est simple, Annabelle 2 possède beaucoup plus de défauts que de qualités, ce qui n'en fait pas un bon film. Ainsi que je l'ai déjà mentionné le film s'annonçait mal et au final n'est pas une grande réussite en dépit de son succès du côté des adolescents (prolongés en France par des gloussements d'ahuris comme il est coutume pour ce genre de film), néanmoins il y a (à l'instar de Ouija) une nette amélioration par rapport au premier opus.

On peut en premier lieu parler des qualités et c'est très simple puisque cela se résume simplement à David F. Sandberg. Comparativement à John R. Leonetti (réalisateur également d'I Wish), le créateur de Lights out est plus doué pour instaurer une ambiance horrifique, d'autre part il sait aussi parfaitement filmer l'obscurité (ou les ténèbres en langage gothique), un point essentiel déjà très (et obligatoirement) présent dans Lights out. Et ça commence simplement avec un simple plan donnant sur un couloir éclairé jusqu'à un certain point avant de donner dans l'obscurité (avec les traditionnels bruits clichetons pour accentuer la chose, même si on peut déceler du mouvement). L'obscurité est à nouveau traité comme une matière presque tangible et à ce niveau là c'est bien fichu. De nouveau aussi la restitution du début du XXème est bien fichu, le jeu des actrices (essentiellement) est correctement canalisé et la bande-son, bien que cliché, s'harmonise avec les événements.

Malheureusement si ça suffisait à en faire un bon film ça se saurait, parce que côté défaut je dirais qu'il y a David F. Sandberg. Avant de vous énervez, il faut savoir que si j'ai beaucoup apprécié Lights out, le film était une corrélation d'un grand nombre de défauts pour la plupart incompréhensible, que ce soit dans le comportement des personnages (- Patron ! - Hum - PATRON ! - Hum, oui quitte pas... oui Monique ? - Il y a quelque chose, là-bas dans le noir. - Hum, c'est bon Monique, partez devant, je vais aller voir ça. - Mais... - J'ai dit que tout va bien, je termine mon coup de fil et j'y vais -... Bon d'accord, faîtes attention au monstre dans la buanderie alors, à demain. - Hum, oui c'est ça, qu'est ce que je te disais déjà... oui du ragoût c'est bon ça... avec des poivrons en plus ce serait parfait), dans son intrigue ou dans certaines situations. Il aurait au moins pu lire les reproches qu'on lui a fait, parce que dans Annabelle 2, il les enfile à nouveau comme des perles.

C'est d'ailleurs sans doute le gros défaut du film, Annabelle 2 est bourré d'incohérences et pas forcément scénaristiques, quoique le scénariste a été assez généreux à ce niveau là (Valak à quoi tu sers ?). Non le problème vient encore une fois du comportement des protagonistes, dont les décisions frisent bien trop souvent le ridicule. Il y a une scène notamment qui m'a littéralement scotché, alors ça va un peu spoilé mais ça en vaut la peine. Dans la seconde partie du film, la copine de Janice, Linda, se retrouve seule dans sa chambre et sait qu'il se trame quelque chose d'anormal dans la baraque. Donc elle décide de veiller jusque tard avec un pistolet à bouchon (attaché à une ficelle... on a les armes qu'on mérite je suppose) dans sa chambre. Sauf qu'elle le fait la porte grande ouverte (donnant dans les ténèbres) et qu'elle tire périodiquement avec son pistolet (ce qui fait un petit "pop" qui a plié en deux des ados au QI de bigorneau) dans le couloir. Evidemment ça ne loupe pas quelque chose lui attrape son bouchon et lui arrache son pistolet avant de courir vers sa chambre. Et là Linda décide de se comporter comme une idiote pour changer et s'empresse de monter sur son lit superposé... tout en laissant la porte grande ouverte. Sérieusement qui ferait ça ? Le film contient en fait énormément de passages comme ça, ce qui a tôt fait de rendre le visionnage assez pénible.

Cette idiote de Linda et son pistolet à bouchon

Cette idiote de Linda et son pistolet à bouchon

Et ce voyeur de David

Et ce voyeur de David

En revanche niveau horreur, la poupée fait le café. A moins d'avoir un mental de moine shaolin, le diable sait efficacement faire peur. Le problème étant que cela va beaucoup trop loin, je m'attendais limite à la fin à ce qu'il pousse des bras et des jambes à la maison et qu'elle se mette à pourchasser tout le monde en poussant des cris de cochons, tant ça tombait dans le tarte à la crème. Et pour cause non seulement il y a trop de jumpscares (ce qui rend le procédé plus agaçant qu'autre chose au final), mais en plus ils fonctionnent exactement tous sur le même principe passée la première demi-heure. C'est à dire des moments de flottements où les personnages regardent la poupée ou l'obscurité suivi d'un jumpscare, des instants de poésies où les actrices imitent la biche égarée avant d'avoir un jumpscare, des phases durant lesquelles elles parcourent une pièce du regard avant de JUMPSCARE !

Passé un certain stade trop c'est trop, on dirait surtout que le réalisateur a pioché dans le coffre à jouets de son enfance pour utiliser tout ce qui lui passe sous la main, quitte à sacrifier l'originalité au profit de tous les croques-mitaines potentiels. Résultat : la fin est un beau bordel, même si je dois aussi admettre que les 10 (5 ?) dernières minutes établissent une passerelle judicieuse entre le premier et le deuxième volet (sans compter la référence à la vraie poupée Annabelle... avec une reproduction hein ? Pas fou, le vraie est toujours entreposée chez les Warren, dans sa vitrine). Pas concluant donc, et c'est bien dommage parce que ça partait bien. Reste maintenant plus qu'à espérer qu'il n'y est pas d'Annabelle 3 (avec en sous-titre : Legacy) parce que ça commence à devenir vraiment n'importe quoi, dans la mesure où le matériau de base était tout simplement beaucoup trop limité. Mais quand on voit que Chucky en est à son septième film je ne suis plus sûr de rien...

Quand je pense qu'ils ont repris l'ignoble démon du premier opus... ça force le respect tant c'était en partie lui qui était responsable du naufrage.

Quand je pense qu'ils ont repris l'ignoble démon du premier opus... ça force le respect tant c'était en partie lui qui était responsable du naufrage.

Publié dans le coffre à bobines, Films

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