A bras ouverts (je dépasse les limites avec un problème éthique)

Publié le par Corbeau Moqueur

A bras ouverts (je dépasse les limites avec un problème éthique)

Jean-Etienne Fougerole, pastiche à peine dissimulé de Bernard-Henri Lévy, est un intellectuel pseudo-humaniste marié à une riche héritière constamment à la masse. Alors que Fougerole fait la promo de son livre "A bras ouverts", son opposant le met au défi d'appliquer son prêche dans son foyer, à savoir accueillir des personnes dans le besoin quand on en a largement les moyens. Légèrement acculé, il est obligé d'accepter et le soir même une meute de roms pas du tout clichés vient sonner au portillon de sa maison de Marnes-la-coquette. Un choc des cultures qui promet une comédie hilarante et décapantes, propulsée par des acteurs impliqués et tout en retenu... ou pas.

A bras ouverts n'est pas la pire comédie française à ce jour et encore moins le plus mauvais film français de l'histoire ; en revanche il utilise un humour dangereux, qui véhicule sans complaisance des idées très délicates en 2017. Là où certains métrages se moquent du racisme, A bras ouverts se moque de ses personnages avec le racisme tout en faisant passer les clichés qu'il nous assène, comme étant le reflet de la réalité. Du coup, les roms y sont hyper-caricaturaux, la gauche est débilisée, la subtilité est mise au placard et les personnages n'ont même pas de progression. Trois semaines plus tôt sortait Grave et passer de Grave à ce truc raciste, xénophobe et homophobe (deux représentants du FN sont homosexuels et apparemment c'est drôle, en tout cas il y en a que ça faisait rire), c'est d'une tristesse.

Aaaaah... Vive la France ?

L'idée en elle-même n'est pas franchement mauvaise, si ce n'est qu'avec la mise en scène de Philippe de Chauveron elle passerait modérément uniquement dans un court-métrage ou un moyen-métrage, pas un film d'1h30 ! Ici l'humour tente juste de nous arracher la gueule à coups de râpe à fromage ! Je vais être catégorique, n'allez pas voir ce film : il est pas bon, il est mal écrit, les personnages sont tous des connards (Fougerole en tête) et c'est raciste. Si le scénariste s'en défend (dans un article propulsé par les fiers valeurs du Figaro), alors il aurait fallu s'y prendre tout simplement autrement ou faire en sorte que tout le monde subisse un ravalement de façade. Concrètement, les roms sont présentés ("avec bienveillance", dixit Guy Laurent) comme des bouseux cleptomanes (on va faire quoi si on peut pas voler ?) qui n'hésitent pas à casser des gueules si on les emmerdes (et ça arrive souvent apparemment), le tout illustré par Babik, campé par un Ary Abittan en total roue libre qui en fait des giga-tonnes et qui bat tous les records dans le genre insoutenable. 

De l'autre côté il y a Christian Clavier, dans un de ses rôles habituels (un gros faux-cul plein aux as) et qui pour le coup est un connard qui arrose le film de remarques racistes et désobligeantes devant le regard torve de son fils et les yeux hallucinés d'Elsa Zylberstein (qui joue mal au passage, mais vraiment). Outre le fait que ce soit une caricature ambulante de la gauche d'aujourd'hui, ses propos ne sont jamais remis en question (à part par son fils, mais il est mineur, donc ça compte pas), ni contrebalancés par ses cibles et on est censés en rire. Le truc, c'est que c'est pas drôle mais que le réalisateur s'en est pourtant contenté, puisqu'il respecte au pied de la lettre les clichés qu'il propulse et tisse autour d'eux une histoire bateau, inintéressante avec une fin dégradante. Surtout qu'accessoirement (un détail de passage), la thématique abordée est tellement ancrée dans nos vies aujourd'hui, qu'on ne devrait tout simplement plus rire de ce genre de chose et surtout avec d'aussi gros sabots.

Hello, blas ouverts, toi avoir belle maison.
Hello, blas ouverts, toi avoir belle maison.
Hello, blas ouverts, toi avoir belle maison.

Hello, blas ouverts, toi avoir belle maison.

La réalisation en elle-même n'est pas mauvaise, c'est juste qu'elle est banale et typique des comédies françaises sans imagination, mais elle sert ici un propos qui n'est pas folichon. L'humour est raté. En plus d'avoir un arrière goût terreux, il carbure avec des mécaniques éculées, des dialogues téléphonés, exagérément explicatifs et des jeux de mots terre-à-terre (Cédéroms = C'est des roms). Et pourtant les gens rient... moi pas... malgré tout ça tend quand même à nous faire accepter des choses horribles sans sourciller. Il va de soit que le buzz (négatif) est distendue par les élections, en conséquence la presse parle de film "politique", ce qui est évidemment très exagéré, on est quand même bien loin de Chez Nous (par exemple). Ce film m'a énervé, il m'énerve toujours et il ne doit absolument pas rencontrer un succès populaire. Dans le cas contraire, non seulement on sera tombé bien bas, mais en plus ça risque de donner tout un panel de productions du même acabit dans les années à venir, chose dont le cinéma français devrait bien se passer.

Publié dans Films, le coffre à bobines

Commenter cet article