Rock'n'Roll et Alibi.com

Publié le par Corbeau Moqueur

Parce que ce ne sont pas deux grands films que la postérité retiendra, un double article suffira, d'autant que ça permettra aussi de comparer l'humour français, que l'on trouve si raffiné.

C'est moche de vieillir

C'est moche de vieillir

Guillaume Canet a 43 ans, il porte des gros pulls en laine, des chukka boots, un moule bite et vit heureux dans sa petite vie rangée avec sa femme et sa tête blonde. Sauf qu'il va se mettre bille en tête de changer tout ça, lorsqu'une jeune actrice superficielle va gentiment lui dire qu'il est un peu ce qu'on appelle un ringard maintenant et que du coup, il a un peu chuté dans la liste des acteurs qu'on aimerait se farcir en boîte. Pour éviter de dépérir dans l'opinion public, il va aller loin, très loin et en fait trop loin, surtout aux yeux de son entourage.

Ce film aurait pu s'appeler Copains d'avant que ça n'aurait rien changer à son message et son contenu, tant ça semble être la réunion de la grosse bande de potes de l'ancienne génération en-devenir. Je ne sais pas ce que ça risque de donner pour Chacun sa viemais quelque part le film est déjà déprimant rien qu'en voyant le microcosme du cinéma français se lamenter sur son sort et son avenir. Au demeurant l'autodestruction de son réalisateur et acteur principal déverse une bonne dose d'oxygène là-dedans, rien qu'en mettant sa vie de merde sous les feux de la rampe. Et puis ce qui est bien c'est que tout le monde en voit de toutes les couleurs, quelque part la réussite du film (parce que oui, le film est réussi) est porté par l'investissement des participants, qui ont accepté avec le sourire et les jambes bien écartées d'en prendre plein le boule (même Johnny file un mauvais coton).

Mais l'autocritique c'est bien beau, si la forme ne tient pas la route ça va droit dans le mur. Dans les faits, c'est un peu bancal, certes la satyre n'y va pas avec le dos de la cuillère et l'humour fonctionne plutôt bien, même si au demeurant on rit surtout jaune (tout en étant quelque peu peiné pour l'acteur dans la seconde partie), mais le film bascule dans l'absurde dans des séquences disco surprenantes. Pour faire simple, l'équilibre entre fiction et réalité n'est pas l'un des plus solides qui soit et certaines séquences complètement fantaisistes arrivent sans crier gare. Ceci étant, il faut bien ça pour faire tenir un pitch aussi vide durant 2h bien tapée ! Honnêtement ces deux heures, on les sent clairement nous passer dessus et ce n'est pas le dénouement improbable (et dérangeant) qui en aura facilité l'écoulement.

En plus de ces 15 minutes de trop, le film est assez déprimant, non que la crise existentielle d'un acteur constamment assisté soit des plus attristantes, c'est juste que la remise en question est finalement plus sombre que ce quoi les apparences laissent penser et bien que cela reste distrayant, il semble que le réalisateur se soit un peu perdu en court de route. Malgré tout, ces quelques écarts sont contrebalancés par une bonne direction d'acteur (Marion Cotillard en tête) et une mise en scène efficace, à défaut d'être transcendante (même s'il y a quelques sursauts d'originalité, notamment le plan séquence des premières minutes, louchant fortement sur Birdman).

Quelque part, j'ignore si j'ai vraiment apprécié Rock'n Roll, sa dimension dramatique pesante et sa dernière ligne droite dérangeante, détonnent grandement des comédies françaises actuelles, mais l'alchimie a du mal à passer dans mon cas, probablement à cause de sa durée trop étirée... C'est pas un grand film, mais ça peut toujours être sympa en période creuse... ce qui n'est pas le cas cette semaine.

Fourzytoulespiéandans

Fourzytoulespiéandans

Greg est comme Guillaume Canet, il a tout pour être heureux, la jeunesse en plus, l'intelligence en moins. Avec son pote Augustin, il a fondé une boîte douteuse créant toute sorte d'alibi pour n'importe qui (de Norman à François Hollande), de manière à couvrir leurs intérêts (surtout des adultères). Sauf que Greg va tomber amoureux d'une blonde avec de gros problèmes psychiatriques (détestent les hommes qui mentent, même pour une simple partie de Monopoly) va chambouler sa vie. Comme dans toute comédie française qui se respecte, il va lui cacher ses activités, avant de se retrouver dans la merde, puisque son futur beau-père se trouve être un de ses clients...

Rappelez-vous Babysitting, cette comédie française débridée pour ado façon Superbad (le trash en moins) qui avait plutôt bien cartonné en 2013, eh bien disons qu'Alibi.com c'est à peu près pareil, sans la caméra gigotante. Difficile de trouver de la subtilité ou une quelconque légèreté dans un film qui mélange les influences et les références au camion benne, en revanche c'est sacrément barré... et efficace. Il semble que Philippe Lacheau (le seul homme capable de museler Nicolas Benamou) ait mis tout ce qu'il n'avait pas trouvé le moyen de caser dans les deux Babysitting, pour un résultat des plus distrayant, à défaut d'être un fleuron du cinéma français.

Tout es dit

Au moins, à la différence de Rock'n'Roll on ne s'ennuie pas de la première image, à la fin du générique, le film est imprévisible, le rythme est vif et le contenu est très généreux. Bref, c'est n'importe quoi tout du long et le pire c'est que ça marche. Après est-ce que c'est un bon film, peut-être pas, mais est-ce que Babystting en est un, j'en sais rien non plus, donc voilà. L'humour ne fonctionne peut-être pas tout le temps (certains traits tombent complètement à plat), mais la direction d'acteur est en grande partie bonne, même si dans mes souvenirs il y avaient un acteur qui jouait aussi bien qu'une pelle à tarte, mais je sais plus qui c'est (Julien Arruti ?).

La réalisation est fun, dans la mesure où les références s'enfilent comme des donuts sur une broche (le dernier Fast and Furious est là, pas besoin d'aller voir le prochain) et la bande à Phiphi ne se refuse rien. Le hic c'est que ça traverse inévitablement des zones à risques (avec aplomb), notamment en s'attardant sur la "question" des migrants et des roms, tout en faisant une embardée vers le mauvais-goût (un caniche molesté et une scène de cul libéré). D'autre part, si certains gags tombent à plat c'est aussi à cause de la romance insipide entre les deux godelureaux qui en plus d'être prévisible, est ridiculement cliché. D'ailleurs en s'inscrivant dans la lignée des canons du genre, ne fait pas vraiment honneur au caractère débridé du film. C'est un peu ballot.

Mais là je peux le dire franchement, peut-être avec la même audace que le Phiphi, j'ai passé un bon moment, y compris dans le générique (la toute dernière image m'a d'ailleurs bien fait marré). A la différence d'A fond qui était un summum de bêtise dans l'écriture, la direction d'acteur et le fond même du pitch, Alibi.com ne prend pas le diable par la queue et se contente de prendre la recette des bons vieux vaudeville, en y injectant une bonne dose d'ocytocine dans le fondement. Alors oui, c'est un bon divertissement sans aller chercher midi à treize heure trente sans se prendre la tête. Donc amis de la subtilité, passez votre chemin.

Rétropédalage en règle

Rétropédalage en règle

Bonus : Des places numérotées ? WTF !

Je risque de me souvenir de Rock'n'Roll surtout pour ça : des places numérotées au cinéma. Apparemment c'est la grande mode de la franchise GaumontEt quelle merde, sérieusement ! Franchement si ça passe, ça va être comme pour les compartiments non-fumeurs dans les trains, ce sera non sans violence, mais très franchement j'espère vivement que ça va aller s'écraser sur le même mur que pour les fauteuils premium. Dans tous les cas, j'ai eu la surprise de me voir attribuer un numéro de siège et de rang pour ma séance. Problème : la salle en elle-même était à moitié vide, les numéros de rangée n'étaient pas indiquer et accessoirement les personnes ayant achetées leurs places directement au cinéma... n'avaient tout simplement pas de numéro, donc fuck it. 

Mais dites, c'est pas un gros pas en arrière niveau convivialité ? J'imagine déjà la chose pour un blockbuster, si on fait la queue depuis une heure, on sera quand même forcé de s'asseoir devant ou au fond, parce que des personnes auront réservé les places du centre ? Honnêtement, vous pensez vraiment que ça va se faire sans anicroche un jour d'affluence ? Moi non plus et j'espère vraiment que cette initiative douteuse va gentiment se poutrer dans le côlon du PDG.

Publié dans le coffre à bobines, Films

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Angelilie 03/03/2017 20:56

beau blog. un plaisir de venir flâner sur vos pages. une découverte et un enchantement. au plaisir

Corbeau Moqueur 04/03/2017 19:01

En voilà un commentaire très agréable, en plus cela apporte de la poésie dont je suis dénuée. Merci.