Logan (Virage faux-cul chez Marvel)

Publié le par Corbeau Moqueur

Logan (Virage faux-cul chez Marvel)

2029, les mutants ont pratiquement tous disparu, l'humanité est toujours plus stupide et Logan, alias Wolverine, n'est plus que l'ombre de lui-même. Âgé d'un peu plus de 150 ans, le glouton emblématique de Marvel fait finalement face au poids de la vieillesse et joue au chauffeur pour s'occuper de celui qui fut l'un des télépathe les plus puissants du monde. Sa vie peu glamour et vaguement rangée va toutefois voler en éclat lorsqu'une expérience génétique, poursuivie par des scientifiques fous, va venir gratter à sa porte.

Il aura fallu près de 17 ans pour qu'enfin quelqu'un ait pu faire un film à la mesure de l'un des personnages les plus célèbres de Marvel. Virage à 90 degré pour le studio donc, avec une ambiance sombre (enfin), une violence méritée, un casting réduit et des personnages approfondis dans ce road movie crépusculaire. Un succès mérité, pourtant bien teinté d'ironie, lorsque l'on connaît le point de vue de la Fox, de Marvel, mais aussi du public vis-à-vis de la tendance funky des films de super-héros de ces dernières années. 2017 est donc l'année du changement, mais toujours sans se soucier de la cohérence des propos passés visiblement.

Tourmenté, le personnage l'a toujours été, mais aucun réalisateur n'a vraiment tenté de pousser la démarche d'introspection au maximum. Avec Logan, les fans ont enfin droit au film que le mutant turbulent méritait. Viscéral, désabusé et, appuyé par le rated-R, violent, les sacrifices du réalisateur ont enfin payé et Hugh Jackman peut donc tirer sa révérence avec classe pour son dernier passage dans la peau du mutant tatillon. Une page se tourne et une nouvelle génération prend la relève. Sauf qu'avec un film aussi bien fichu, il est finalement dommage que l'acteur range les griffes, alors que son personnage venait enfin d'avoir le traitement qu'il méritait.

Logan met l'humour en retrait et laisse libre cours à la violence, en hésitant pas à malmener les personnages et dégommer les antagonistes tout comme les protagonistes. Les griffes du tandem deviennent enfin écarlate et le vieillissement du héros éponyme est diablement bien retranscrit. Et c'est ce style là qui colle au personnage, voire à l'univers des X-Men qui s'y prête très bien, ce qui éviterait de ré-utiliser la même machine à chaque épisode depuis plus de 15 ans. Certes, le film n'est pas exempt de défauts, le scénario utilise quelques raccourcis faciles et/ou passages déjà-vu (la traditionnelle virée chez l'habitant, un grand classique), tandis que certains personnages sont trop peu exploités. Mais un peu à l'instar du dernier Zelda, on oublie ces défauts au profit des thématiques beaucoup plus matures abordées (suicide, massacre, euthanasie, captivité... que des choses joyeuses), de la longévité imprévisible des personnages et l'univers impitoyable du film.

La photographie est aussi de qualité.
La photographie est aussi de qualité.

La photographie est aussi de qualité.

Le métrage est aux antipodes des précédents Wolverine et rompt totalement avec l'univers formaté des X-Men, renvoyant ces-derniers dans le domaine de l'irréelle et de la fiction. Les exploits passés des mutants sont ici racontés et déformés dans des comics, tandis que le monde s'inscrit dans un futur plausible (illustré par petites touches) avec un Wolverine beaucoup plus animal. Cette rupture avec la saga s'accentue encore davantage dans les combats, très terre-à-terre et privilégiant le corps-à-corps, en comparaison des affrontements planétaires des X-Men (pas vrai Apocalypse ?). Ici les mutants de tout âge n'hésitent pas à tuer, d'ailleurs le film fait montre d'une rare violence primaire, davantage proche d'un John Rambo que d'une production labellisée Marvel (seul Deadpool y allait aussi franchement, mais son ironie et son humour graveleux soulageaient le résultat). 

Logan (Virage faux-cul chez Marvel)Logan (Virage faux-cul chez Marvel)

Un virage adulte qui fait donc du bien et donne un second souffle à une franchise qui commençait sérieusement à me taper sur le système. Les fans les plus pointilleux gueuleront quand même à l'adaptation libertine, notamment pour ce qui est du traitement de X-23, mais vous savez quoi, qu'ils aillent se faire foutre... y a des moments, où faut arrêter d'être tout simplement con. Il est vrai toutefois, que tant qu'à mettre la famille de Wolverine à l'écran, j'aurais préféré voir son fils biologique, Daken (et cela aurait pu être possible... mais grossier scénaristiquement parlant). Mais c'est justement jouer au con, donc ce changement de génération est très bien aussi.

D'autant que les relations entre les personnages sont loin de tomber dans la redite coutumière. Hugh Jackman donne le meilleur de lui-même, apportant au personnage tourmenté de Logan une fragilité physique et sentimentale jusqu'alors totalement inexploitée et merveilleusement mise en application avec le professeur Charles Xavier (Patrick Stewart également dans un dernier tour de manège) et X-23 (Dafne Keen). Le premier, devenu aussi gâteux que Dumbledore avec l'âge, est tout aussi méconnaissable que Wolverine et fait preuve d'une complicité touchante, tandis que la seconde porte avec elle une nouvelle génération pleine de promesse.

Pas de scène post-générique chez nous (les ricains ont eu droit à un teaser de Deadpool 2), mais une ambiance crépusculaire augurant le meilleur pour la franchise, avec en prime un tournant résolument dark pour le studio Marvel. Un clap de fin retentissant donc pour le mutant griffu (qui risque de nous manquer rapidement ceci-dit), avec en prime une bien belle révérence pour les acteurs qui ont fait démarrer la saga, au début des années 2000.

Publié dans le coffre à bobines, Films

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