Les Figures de l'ombre (une histoire spatiale en noir et blanc)

Publié le par Corbeau Moqueur

Coup de Coeur du moment pour ma part

Coup de Coeur du moment pour ma part

Nous sommes en pleine guerre froide et alors que les russes en sont déjà à leur neuvième satellite dans l'espace, les ricains rongent leur frein et leurs rein,s tout en priant leur dieu capitaliste de ne pas se prendre un missile balistique sur le coin du pif. Prêt à tout pour rattraper leur retard, la direction va même jusqu'à braver les lois et embauchent trois femmes au caractère bien trempé dans leurs rangs masculin. Trois génies scientifiques qui vont permettre aux Etats-Unis de prendre la tête de la conquête spatiale, mais longtemps restées dans l'ombre. La raison ? Pour leur malheur, elles sont nées du mauvais côté de la ségrégation raciale...

La réussite de ce biopic stéréotypé, bien trop sage et idéaliste dans sa rétrospective de l'Histoire, vient en grande partie de ses acteur(ice)s et l'efficacité de son écriture. Certes la reconstitution tant politique que sociale passe comme une lettre à la poste, les costumes sont sublimes et par souci d'authenticité, le réalisateur a privilégié l'argentique, offrant un certain cachet esthétique à la pellicule. Sur ce point là, rien à redire, en revanche pour l'originalité de la forme c'est pas génial. Le récit est cousu de fils blancs, la narration est très convenue et traîne d'ailleurs derrière elle quelques longueurs, conséquence d'un équilibre perfectible entre la vie privée et la vie professionnelle des trois demoiselles. Et si le film pointe du doigt de nombreux pans d'une réalité intolérable et pourtant pas encore tout à fait révolu dans l'esprit de certaines personnalités, son optimisme lui donne des airs de feel good movie un peu opportuniste.

"La NASA avait un problème"... la NASA a toujours des problèmes.

Je ne vais pas revenir sur ce qui crève l'écran : la conquête des droits de la femme dans la ségrégation raciale (une femme dans les années 60 n'est ni plus, ni moins qu'une bonniche, mais si en plus elle est noire, c'est juste un animal de compagnie), tout le monde fait son beurre là-dessus, surtout avec un film sorti lors de la journée internationale des droits des femmes. En revanche ce qui est plus qu'admirable avec ces Figures de l'Ombre, c'est qu'à aucun moment ses actrices ne tendent à faire de l'ombre (justement) aux seconds rôles, qui sont en grande partie tenus par des hommes, mais avant tout des blancs. 

Difficile de nier que Taraji P. Henson brille dans sa performance à tous niveaux, ses deux comparses un peu écrasées par sa présence ne sont pas en reste chacune à leurs manières, mais les autres têtes du casting sont tout aussi judicieusement dirigées... notamment Kevin Kostner... ça fait tellement longtemps qu'on l'a pas vu sur le grand écran et il joue toujours aussi bien. Et ce juste équilibre entre les personnages fonctionne très bien, en grande partie grâce à la répartie du trio, mais aussi par la juxtaposition des différentes thématiques du film.

Les Figures de l'ombre (une histoire spatiale en noir et blanc)
Les Figures de l'ombre (une histoire spatiale en noir et blanc)
Les Figures de l'ombre (une histoire spatiale en noir et blanc)

C'est une comédie, en même temps un drame (la ségrégation c'est jamais funky) et tout autant un film historique. Non seulement le mélange a bon goût, mais en plus il apporte de la surprise, ce qui est plutôt laborieux avec la ségrégation et la course aux droits des noirs qui sont visiblement des thématiques qu'Hollywood affectionnent ces-dernières années (pour se racheter une conduite ?). Ici la conquête spatiale et la conquête des droits raciales sont juxtaposées équitablement, d'autant que la mission des trois femmes s'ancrent dans un contexte historique très fouillé (La guerre froide, l'élection de Jean François Kennedy, les agissements de Martin Luther King...). Le tout dans une ambiance sonore recherchée avec un thème principal plutôt efficace et empreints jazzy qui accompagnent bien l'action. C'est pas du La La Landmais ça fait bien son office.

Pour autant, malgré ses évidentes qualités et ses oscars mérités, le film risque de bider. Non par son classicisme, mais par la programmation qui l'enveloppe. Pour son malheur, les Figures de l'Ombre est sorti au milieu de blockbusters qui, il faut l'admettre, sont très efficaces (Logan et Kong : Skull Island) et en ça, le risque du four est grand, surtout que les séances ne font pas salle comble. Peut-être que l'arrivée du printemps du cinéma va changer la donne...

Publié dans le coffre à bobines, Films

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deparla 13/03/2017 10:37

Tout à fait le genre de mélo américano-américain que j'aime voir pour me faire du bien, sans espérer aucune originalité dans le style je suis sure très léché, le script efficace et des acteurs talentueux (ce qui est confirmé ici dans votre chronique). Je suis sure de passer un bon moment.