Kong : Skull Island (le roi de la jungle fait son show)

Publié le par Corbeau Moqueur

Kong : Skull Island (le roi de la jungle fait son show)

La guerre du Vietnam vient de s'achever et deux illuminés profitent de la liesse générale pour convaincre un sénateur de mettre sur pieds une équipe de "recherche" sur une île non découverte. Après l'argument implacable de circonstance (il faut le faire avant les russes), ils embauchent une équipe militaire de stéréotypes, un ex-colonel cliché et une photographe de guerre pour... les nichons et partent sur l'île du crâne en compagnie de Lando Calrissian et Nick Fury. Evidemment, ils font ça en fanfare et attirent l'attention du roi de l'île en diffusant à toute blinde du Paranoïd en bombardant l'île (pour la science mec !)... et se font déglinguer en moins de deux par un gorille de 30 mètres de haut. C'est con... et c'est que le début de leurs emmerdes, puisqu'ils feront aussi la connaissance des Osselaits Rampants et autres bestioles très sympathiques.

Pas de remake, mais un nouvel épisode pour le singe le plus connu de toute l'histoire du cinéma. Gorille plus grand, contexte plus ambitieux et bestiaire plus gigantesques, avec un nouveau cross-verse ou univers cinématographique, puisque les studios Legendary et Warner continuent leur association née en 2014 pour opposer deux figures "monstres" du cinéma : Godzilla et King Kong en 2020. Ridicule ? Pas plus que ce qu'on nous propose ces-dernières années. Qui aurait cru que voir le Géant vert, un viking, une rousse, une armure volante et un type dans un costume moulant au couleur de l'Amérique serait terriblement crédible à l'écran ; de même qu'un extraterrestre en collant, un clown bling bling, des robots géants qui parlent ou une émission de Cyrille Hanouna qui cartonne. Il faut accepter le délire de notre époque jusqu'au bout, messieurs dames.

Le hic avec les films de Kaiju (ou de gros monstres) depuis toujours et surtout maintenant, c'est que côté scénario et personnages, on est plutôt mal loti. Rappelez-vous Pacific Rim : très beau, ça pas de souci, par contre d'une licéité à toute épreuve avec en prime des raccourcis scénaristiques frisant le ridicule. On retrouvait aussi ce problème dans le dernier Godzilla, avec certes des effets spéciaux nickel et des séquences qui claquent (le parachutage entre les bestioles), mais de l'autre des personnages typés (c'est le moins qu'on puisse dire), un scénario insipide, du bullshit scientifique à toute les sauces (quantique, biologique, géologique et j'en passe) et des ficelles tirant des incohérences au petit bonheur (-on va lui larguer une bombe H sur le coin de la gueule à cet enculé. - Mais vous avez bien vu que l'énergie le renforçait. - Oui mais c'est le seul plan qu'on a. WTF !!)

Vous comprenez pas l'anglais ? C'est pas grave, l'histoire on s'en fout.

Kong ne déroge pas à la règle et part tranquillou avec son gros sac d'archétypes, sa trame narrative crétine et ses putain de soldats qui lancent des vannes sans s'arrêter, sauf quand on parle de Billy ou du seigneur, là c'est sacré, là y a du respect. Les personnages n'ont donc strictement rien à nous offrir et ce n'est pas la prestation plus qu'honnête (comme d'habitude) de Samuel L. Jackson qui haussera le niveau, ni celles de John Goodman ou de John C. Reilly. Par contre pour tout ce qui est ambiance, visuel et mise en scène, alors là c'est nickel, Kong est le blockbuster idéal. Le rythme est soutenu, le bestiaire est superbe, le montage est très bien ficelé et les combats déboîtent ! Pour ce qui est d'en mettre plein la vue, Kong a totalement réussi son pari, parce qu'à la différence de Godzilla où l'ambiance était plus pesante, le gorille déchaîne sa colère dans une folie meurtrière sans retenue.

Les bastons sont spectaculaires (la séquence de l'ossuaire et le combat final dépotent) et le film enchaîne les moments de bravoure sans sourciller (le bombardement). Visuellement le travail est dingue, la 3D est d'ailleurs très bien intégrée et si vous avez la possibilité de le visionner en Dolby Atmos, vous allez en prendre plein la gueule (comme pour le dernier Mad Max). A aucun moment ce nouveau Kong ne se rattache explicitement avec l'univers de Godzilla (à part dans une scène post-générique gratuite et dispensable), on a un début, un développement, une fin et surtout une ambiance particulière. Car oui, n'en déplaisent aux critiques (Figaroooo, toujours aussi pute-à-clic), ce film dégage quelque chose. Un gigantisme, une ambiance rétro mâtinée d'influences et de références et une violence bestiale visuellement éblouissante.

A défaut d'être original et encore moins d'être profond, ce blockbuster ose insuffler de l'énergie nouvelle (et libératrice) au film de monstre et pose les bases, sans pour autant nous les imposer, d'un univers visuellement décapant. L'affrontement entre les deux icônes des monstres ringards de la culture populaire s'annoncent très prometteurs... mais qui ne sera probablement pas aussi épique que la version de 1962.

A noter la version de 2014 n'est pas la dernière apparition de Godzilla au cinéma, puisque les japonais en ont pondu une nouvelle l'an dernier, pour un résultat... très rétro. (Si ça vous intéresse son rival Gamera a aussi une droit à une nouvelle adaptation la même année).

Publié dans le coffre à bobines, Films

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