Grave (Saignant s'iou plaît patron)

Publié le par Corbeau Moqueur

Grave (Saignant s'iou plaît patron)

Dans la famille de Justine, tout le monde est vétérinaire, végétarien et sainte nitouche. Justine, elle, a 16 ans, pourtant déjà bachelière et par conséquent sur le point d'entrer dans l'école de vétérinaire. Elle rejoint ainsi sa soeur rebelle qui y est déjà depuis un an. A peine installée, le bizutage commence (signe qu'on est en Belgique et non en France) et la jeune fille va peu à peu s'éveiller aux "vertus" de la vie, à savoir l'alcool, la clope, le sexe et surtout la chair... 

J'ai vu de nombreux films dans de nombreux genres différents. J'ai visionné de nombreux slashers hardcore. J'ai vu beaucoup de films d'horreur. J'ai vu aussi de nombreux films qui laissent une empreinte durable dans l'esprit du spectateur (The Chaser, Mulholland Drive, Midnight Express) et pourtant je n'ai jamais vu un film capable de vampiriser autant l'oxygène d'une salle de la sorte. Viscéral, c'est peut-être le premier mot qui me vient à l'esprit quand je re-pense à ce film, qui personnellement m'a coupé l'appétit après la toute dernière phrase de l'ultime tête à tête (la meilleure fin du monde). Il y a énormément de chose à dire sur ce film... et en même temps pas grand chose, car voyez-vous je ne vais pas  ternir mes souvenirs d'une analyse fastidieuse des détails et des plans travaillés qui forment le film (InThePanda le fait bien mieux que moi).

Avec sa colorimétrie recherchée, sa luminosité poisseuse et son atmosphère délétère anxiogène, Grave est peut-être le film qui va ressusciter le cinéma de genre en France, en tout cas c'est ce que semble croire les critiques, qui sont pourtant la source de son effondrement, mais j'y reviendrai plus tard. Car le film est une grosse baffe dans la gueule jusqu'à la toute dernière image. La bestialité y côtoie la sensualité insidieuse et le malaise, l'ambiance oppressante. La réalisation est juste magistrale, surtout venant d'un premier long-métrage avec autant d'illustres inconnu(e)s. Le film alterne les plans fixes, les plans larges (souvent centrés sur un simple détail) et quelques plans séquence, tout en travaillant sur les contrastes et la couleur rouge (le résultat ressemble parfois à It Follows ou à Suspiria). 

Il en découle souvent du malaise, qui fait rire les néophytes (Transfuge parle même de comédie initiatique... on peut pas plus se planter que ça), malgré tout l'histoire est à prendre au premier degré, puisque c'est en cela qu'elle justifie l'assouvissement des pulsions et la progression même de la violence. C'est quand même beau ce que je dis parfois, mais actuellement j'ai surtout l'impression de passer pour un vieux prof de philo de fac qui veut se donner un genre... En fait le film génère une pression très importante, que ce soit à travers l'évolution (l'éveil ?) de son personnage principal (l'actrice est d'ailleurs juste géniale), sa bande-son (composé par Jim Williams... un total inconnu) et l'inversement de ses valeurs (un médium d'humiliation peut devenir un objet de désir). Pression qui finit évidemment par exploser et ne trouve finalement que son apogée dans l'épilogue le plus glaçant qu'il m'ait été donné de voir à ce jour.

Très honnêtement j'étais pas chaud bouillant lorsque j'ai vu l'affiche, les récompenses (ces foutus jurys qui s'offrent des trucs entre eux) et le buzz médiatique, d'autant plus que le cinéma d'horreur et la France, ça empeste 30 km à la ronde. Il m'a juste fallu voir les 10 premières secondes de la B.A. pour m'en prouver le contraire et pourtant, je ne m'attendais pas à quelque chose d'aussi épouvantable. La grande question est : comment ? Comment ce film a pu réussir à sortir en France, alors que la scène du cinéma d'horreur y est une galère sans nom ? Miraculeusement certains y arrivent... c'est bien, c'est chouette pour eux même... maintenant imaginez la difficulté quand on est une femme (Julia Ducornau) ! On est pas sexistes, mais des réalisatrices y en pas lourd en France, admettez (sur l'instant personne ne peut en citer deux ou trois sans hésitation). L'existence de Grave sur nos écrans est proprement un exploit (la co-production belge y est évidemment pour quelque chose, les belges étant plus ouverts que nous)... et pourtant le film ne va pas recevoir tout le succès qu'il mérite, dans la mesure où la distribution s'est faite à la radinerie.

Non, mais attendez, faut pas déconner non plus. Déjà qu'on l'autorise à toucher à caméra la p'tite dame, on va pas distribuer sa bouillasse dans plus de 100 salles. Elle va retourner faire la vaisselle et laisser des pros comme Christian Clavier montrer les vrais valeurs de la France maintenant.

Wild Bunch Distribution

En parallèle de ça, toutes les comédies familiales à deux ronds sortent dans trois fois plus de salles (A bras ouverts, notamment et c'est triste, pour ne pas dire affligeant). Faut pas s'étonner après que il n'y a que des films de merde qui fassent des entrées en France... faudrait penser un jour à se pencher sur le reste.

Mais on s'en fout de tous ça, nous ce qui nous intéresse c'est le pognon. Nous on s'en fiche des retours tant que ça rapporte. Les bouseux fréquentent toujours les cinémas non ? Bon bah alors tout va bien, vous savez tant qu'il y a du monde tout va bien pour nous. Dites, ça enregistre toujours là votre truc ? Non parce que je vois le voyant et on a un peu dév

SND

Enfin, même en mettant tous ses aspects honteux de côté, Grave est excellent à lui seul. Donc oui, énorme coup de coeur qui j'espère ne va pas tomber dans l'oubli et donner un nouveau souffle au cinéma d'horreur français, même si en soit Grave n'est pas vraiment un film du genre. C'est plus oppressant, plus viscéral et malgré tout justifié, d'ailleurs j'en profite pour dire en passant qu'en fait il y a finalement peu de scènes gores, alors que la médiatisation tourne principalement autour de ça. Sans aller jusqu'à parler de publicité mensongère (le peu qu'on voit est finalement suffisant), le film marque par sa réalisation, son actrice principale (et même ses seconds rôles qui sont tous très convaincants... à par l'enseignant qui est une véritable caricature ambulante) et sa construction narrative. Tout ce mélange fait que c'est un film que vous devez absolument aller voir. Ça peut ne pas vous plaire, mais vous n'y resterez pas insensible à coup sûr, je vous le garantie.

La chasseuse sachant chasser sans son chien qu'elle a mangé
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Publié dans le coffre à bobines, Films

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