Baby phone (petit rififi entre amis)

Publié le par Corbeau Moqueur

Baby phone (petit rififi entre amis)

D'un côté il y a Ben et Charlotte, un jeune couple devenu récemment parents, aux rapports de plus en plus tendus, de l'autre on a Simon, un impresario homosexuel obsédé par la réussite et Nathan, un monomane plus classique dans son genre ; tandis qu'au milieu on a les grands-parents néophytes. Tout ce petit monde va se retrouver le temps d'une soirée et capoter suite à quelques révélations transitées dans un baby-phone. 

Voici sans doute le type de comédie française que j'affectionne le plus, vous prenez un bonhomme, une bonne femme, un ou deux amis, un événement marquant (enterrement, naissance, fiançailles ou anniversaire), un cadre généralement fixe et habituellement on obtient une comédie plutôt sympa. Quand des films de ce genre sont adaptés de pièce de théâtre, c'est encore mieux, puisque les dialogues sont souvent bien plus percutants et l'écriture, plus travaillée. Sauf que là où des films comme Le Prénom, Barbecue, un air de famille, nos femmes ou Carnage commencent fort et continuent au demeurant de faire monter graduellement la pression ; Baby Phone est beaucoup plus lourdingue dans la démarche et si c'est marrant les 15 premières minutes, cela devient vite fatiguant à la longue.

Palala pam pam, voilà tout est dit.

Enfin quand je dis "la longue", je me comprends puisque le film dure 1h25 montre en main et malgré tout, certains passages sont tellement forcés, qu'on entre dans la quatrième dimension. La faute à une pression relâchée bien trop vite, des dialogues pas franchement folichons, des personnages bien trop stéréotypés et un manque cruel de fantasy, surtout lorsque le climax se réduit à un caca dans une couche. En plus de ses propres défauts, Baby Phone souffre inévitablement de la comparaison avec des films emblématiques du genre et autant dire que ça fait mal au ventricule.

Les 10 premières minutes sont consacrées à une présentation pas du tout clichée des différents protagonistes et si le réalisateur a voulu donner du relief à ces derniers avec cette magouille, on s'en serait bien passé tant ces minutes immobilisent le décollage de l'intrigue. Décollage qui arrive de la manière la plus outrancière qui soit, avec le ravalement de façade le plus faux-cul qui m'ait été donné de voir dans ce type de métrage.

- Ouh là là, t'as vu le gros pif du gosse ?
- Oui c'est sûr, tout le portrait de son papa.

- En plus ça va pas fort pour lui, déjà qu'il sent le boudin, il faut en plus qu'il joue les Salieri.
- Oh t'abuses, le pire c'est Charlotte, on dirait un sac, surtout depuis qu'elle s'attiffe avec l'excédent de stock de 
The Voice. 
- Et puis tant qu'à changer le sac, autant s'occuper de la poubelle qu'il y a autour, t'as vu la couleur criarde des murs ? Ouh c'est pas beau, ouh c'est d'un goût, ouh !
- Ouais, mais des fois on peut y trouver quelques joyaux, regarde moi ce petit bout de choux.
- Vu sous cet angle pourquoi pas, mais t'avoueras ce pif... et cette tête, on dirait un ballon de rugby qui fait l'avion !
- Ahahah, quel humour ! Ce soir tout est permis, pas vrai ?
- Ohohoho, on n'est pas couché !

La classe française

Après pour ce qui est des acteurs, chacun est juge, je n'ai jamais été séduit par le jeu de Medi Sadoun, mais dans l'ensemble c'est carré, reste que Barbara Schulz pourrait aussi bien être un meuble Ikea que ça changerait finalement pas grand chose au dénouement (on aurait juste pas droit à la même chute). Au demeurant, malgré le côté très "théâtre filmé", la caméra mouvante est assez troublante, sans parler du flou typique du cinéma français de ces dernières années. Et curieusement, malgré tout ces défauts, Baby Phone a quand même droit à une bonne bande-son (on en attendait quand même pas moins d'un film tournant autour de la musique) et... voilà quoi.

En fait, en dépit de sa dimension dramatique, le film est plus une scène de ménage qui s'est retrouvé compressée, puis étirée avant d'être détournée et complexifiée bizarrement, tout en contaminant tant qu'à faire les amis, la famille et une chanteuse qui passait par là. Finalement la chose que je retiens le plus moi dans tout ça c'est... COMPRESSE MOI CETTE BASSE JEAN CLAUDE ! Parce qu'au fond c'est surtout un problème de compression (1h25 c'est fourre tout), de fondamentaux (ça sent quand même le déjà-vu), mais quand même avec un chouia de dilatation à la clef (1h25 c'est plus un court-métrage, il faut aussi la tenir). 

Publié dans le coffre à bobines, Films

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Angeline 10/03/2017 14:51

très beau blog sur les films et télé. un plaisir de me promener ici.