Split (Fin/20)

Publié le par Corbeau Moqueur

Split (Fin/20)

Casey, adolescente au passé douloureux, se fait enlever avec ses deux amies pintades après une fête foireuse par un inconnu lubrique. Cet inconnu, c'est Kévin ou Barry... ou Orwell, à moins que ce ne soit Edwig... ah mais c'est bien sûr, c'est Denis l'hypocondriaque, un homme pas comme les autres doté de 23 personnalités différentes, chacune avec sa propre physiologie. Mais voilà, une 24ème personnalité va rejoindre la partie et causer un grand pandemonium dans la psyché du pélerin et menacer les pintades, Casey, une psy, voire l'humanité entière...

Si je n'ai pas mis ce film parmi mes 10 attentes de l'année, c'est tout simplement parce que je n'avais pas remarqué que le Shyamalan reprenait du service dans un intervalle aussi court (il en va de même pour l'un de mes cinéastes préférés : Edgar Wright). Après le réussi mais non moins malsain The Visit en 2015, Split est la preuve que le réalisateur est capable de faire de (très) bon films avec un budget étriqué (9 millions de dollars, vive l'autofinancement) et surtout dans son style. Avec Split, M. Night Shyamalan renoue avec ce qui fît sa renommée : une ambiance angoissante / oppressante oscillant entre fantastique et réalité, portée par des plans excentriques et une mise en scène travaillée. Les cadrages insolites, les moments de flottement et gros plans bizarres à la Incassable font leur grand retour et il était tant. Avant The Visit, le dernier film de Shyamalan que j'avais vu en salle était le gros nanar qu'est La jeune fille de l'eau qui n'augurait rien de bon pour la carrière du cinéaste et ce ne sont pas le très plat Phénomènes, ou le désastreux After Earth qui m'ont rassuré outre mesure. Heureusement, il semble que ce soit du passé.

Surtout, surtout, allez le voir en VO si vous en avez l'occasion. Au passage la B.A. contient plein de scènes coupées.

Difficile de nier que la grande réussite du film provienne de James McAvoy. L'acteur occupe le centre de la caméra en permanence et incarne ses personnages à la perfection. Ses mimiques, sa gestuelle, ses intonations ont été minutieusement étudiées et son travail dans la globalité est phénoménal. Il est d'ailleurs impossible de profiter totalement de sa présence en VF. Sans être mauvais, le doubleur n'a pas fait l'effort de changer ad minima sa voix en passant d'une personnalité à l'autre (ce qui casse un peu le le tableau), sans compter que les autres personnages n'ont pas eu le droit à un traitement de faveur. Dans l'ensemble la direction d'acteur est bonne, ce qui fut grandement simplifié par le casting réduit du film (dont le caméo traditionnel du réalisateur), mais très franchement on se fiche comme d'une guigne de certains personnages (les pintades notamment), d'ailleurs passée la première heure, ça devient surtout une impasse mexicaine entre Casey, la psy et multi-bidule.

Le film n'est pas exempt de défauts évidemment, des maladresses dans les dialogues, un doubleur à côté ce genre de chose, mais j'ai surtout remarqué à plusieurs reprises l'ombre de la caméra, voire carrément toute l'équipe de tournage dans le reflet d'un véhicule (regarder le pare choc arrière de la voiture dans la scène de l'enlèvement, lorsque le père met les affaires dans le coffre... surprise !) ! Il faut aussi rentrer dans le délire du scénario, un peu comme dans tous les films du réalisateur finalement. Et qui dit Shyamalan dit twist de fou à la fin, eh bien non, mais en fait... putain oui c'est sûr !

Autant le dire d'emblée, si vous avez vu le reste des films de Shyamalan et/ou que vous ne voulez surtout pas vous gâcher la surprise, sautez directement ce paragraphe. Contrairement à ce que pensaient les trois bécasses du poulailler assises dans ma rangée, l'ultime séquence du film a du sens, beaucoup de sens. Elle peut même présager une suite, qui, si elle voit le jour, sera grotesque à tous les niveaux, mais serait au demeurant un sacré tour de force. Sans rien vous révéler toutefois, Shyamalan a créé son univers (le Shyamalan-verse, similaire à l'oeuvre de Stephen King), puisque la toute dernière séquence établit un lien entre Incassable et Split. Et ça c'est beau, parce qu'en une réplique, le cinéaste a réussi à opposer deux personnages ambivalents et étendre totalement son oeuvre.

Incassable... je l'ai vu trois fois et je ne l'ai jamais aimé, je ne le considère même pas comme un bon film d'ailleurs.

Au demeurant si l'on exclut les deux dernières séquences, la conclusion est un peu légère pour un thriller psychologique (mais qui n'en est peut-être pas un en fin de compte). Personnellement, j'en attendais plus et quelque part je suis un peu resté sur ma faim, j'aurais notamment apprécié voir plus de personnalités en action (8 contre 24 en théorie). Par contre tout le travail sur le son et l'ambiance est juste magnifique. Même si pour la première fois, James Newton Howard ne s'occupe de la compo, l'OST de ce film est de qualité et nous plonge tant dans la psyché détraquée du personnage principal, que l'univers glaçant de ce thriller psychologique plus que sympathique. Il va de soit après que Split ne plaira pas à tout le monde, c'est un fait ; certains seront frustrés de la lenteur de l'intrigue, du comportement des personnages, voire du scénario en lui-même, mais cela reste pour moi vraiment un bon film.

Publié dans le coffre à bobines, Films

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