50 nuances plus sombres (La fessée ! La fessée ! La fessée !)

Publié le par Corbeau Moqueur

50 nuances plus sombres (La fessée ! La fessée ! La fessée !)

Les mêmes et on reprend. Quelques jours après sa rupture, Anastasia Steele n'a plus de voiture, plus de petit-ami louche, plus de portable et nage en plein brouillard. Mais elle n'oublie pas pour autant ses airs de godiche, son rire de pouf et son intelligence au rabais, puisqu'elle est sans doute la seule à ne pas se rendre compte que son patron (Jack Hyde) est un gros pervers ou qu'une fille-zombie la suit dans son quotidien. Le soir venu (oui, il se passe un jour, c'est tout), durant le vernissage d'une expo de José, son ami par interim, elle rencontre son doux ex-amant. Celui-ci exige un nouveau contrat, avant de chouiner et de la supplier de lui laisser une deuxième chance dans une brasserie (après la fantastique réplique : J'accepte de dîner avec toi... parce que j'ai faim). Syndrome de Stockholm oblige, elle accepte, marquant le début d'une romance girly pratiquement sans aucun enjeux et d'une chiantise à toute épreuve.

Je ne sais pas quelle la pire des sodomies entre voter Macron (ou Fillon) à la prochaine présidentielle et voir ce film. D'un côté, c'est doucereux mais vous regretterez d'avoir opté pour la capote en papier de verre pour les cinq années à venir, et de l'autre ça arrache bien comme il faut, avec en prime l'impression durable d'avoir perdu 2h de sa vie. Le premier film mettait la barre assez haut, pourtant ils ont réussi à faire plus chiant et inintéressant avec ce deuxième volet. C'est simple, à l'instar du livre, il n'y a aucun enjeux. Je dois même avouer que j'avais complètement oublié le contenu du bouquin à part Leïla, Mrs Robinson et une glace à la vanille sur des draps. Il ne se passe quasiment rien, les personnages n'arrêtent pas d'entrer et de sortir dans différents endroits, les événements s'enchaînent sans vraiment de justification (le bal) et c'est encore plus soft que le premier.

Et autant il y avait une certaine recherche dans le premier film, notamment tout ce qui lui donnait une esthétique de pub de parfum géante ou sa photographie réussie. Autant dans celui-là le nouveau réalisateur n'en avait juste rien à foutre et nous balance des plans insipides à la chaîne (j'ai pas dit moches, j'ai dit insipides), des choix de couleur douteux et un montage rasoir. En un sens je le comprends, on pouvait difficilement rendre intéressant un livre déjà complètement nul à la base, mais quand même il pouvait au moins donner un peu de consistance à l'ensemble (c'est un peu le but d'une adaptation). Mais c'était sans compter sans la présence de Niall Leonard au scénario... le mari d'E.L. James (sa seigneurie nous épargne sa présence heureusement, elle est sans doute trop occuper à plagier quelque chose d'autre en ce moment), prêt à tout pour plomber encore davantage le film.

No comment

Si 50 nuances plus sombres tente pas mal de jouer la carte de l'humour, les dialogues sont tellement téléphonés et les répliques tellement clichées que les 3/4 des calembours tombent à plat. Putain, c'est complètement nul dans l'écriture, je me suis même demandé si c'est pas un stagiaire de 12 ans qui s'est occupé des dialogues. Et puis en plus, le jeu des acteurs est toujours aussi instable ; alors c'est moins pire que dans le premier, mais on a toujours cette sale impression que l'interaction entre les deux personnages principaux ne colle pas. Dakota Johnson est toujours à la masse, faut dire qu'avec son personnage elle est pas aidée, mais elle fait encore plus godiche qu'avant, surtout qu'elle a maintenant un petit rire de pouf, particulièrement irritant dès la première seconde. Jamie Dornan pour sa part entre mieux dans son slip, en revanche son sourire niais qui lui tartine le visage dans beaucoup trop de circonstances et sa manie de faire jouer ses muscles pour impressionner les dames, sont passablement affligeants. Les autres, on s'en fout. Il y a quelques nouveaux personnages qui ne servent à rien (Mrs Jones ou Hannah) ou qui devraient servir (Leïla, Mrs Robinson, Hyde), mais on s'en cogne d'une force.

Le côté thriller qui est vendu dans ce film occupe à peine 15 minutes de temps et se résout complètement à l'arrache... comme dans le livre en fait... non, ici c'est même pire, parce que la mise en scène a deux de tension. Sérieusement, le dénouement de l'affaire avec la pédophile est digne d'un vaudeville, les personnages arrivent de manière mécanique et les dialogues sont incohérents (et surjoués... mon dieu), car visiblement piochés tels quels dans le livre, sans se soucier une seconde des choix précédents du réalisateur. Dois-je revenir sur les personnages ? Non, je crois déjà avoir tout dit à ce niveau-là, sauf peut-être pour la mère de Christian Grey qui s'incruste un peu n'importe comment entre son fils et sa future bru (il semble que toute la famille ait des troubles psychologiques). Mais surtout, quelle est la nature de l'entreprise de Christian Grey ? Et comment on peut être attiré par un connard pareil ? Et au fait, comment Kim Basinger a pu atterrir là-dedans ?!

Pour se concentrer encore davantage sur les deux tourtereaux, il y a du flou partout

Pour se concentrer encore davantage sur les deux tourtereaux, il y a du flou partout

Mais plus important, qu'en est-il du mini-revolver de Christian ? Rien, mais on a quand même droit à une paire de nichons (Alleluïa !), Jamie Dornan à poil (oui, enfin !) mais dans l'obscurité (...), faut pas déconner non plus et surtout pas de BDSM, à part une petite fessée par ci, par là et des liens sur notre moule préférée. Sur les six scènes de cul du film, il n'y en a qu'une seule qui se veut un peu "osée"... et c'est de la merde ! Tu parles d'un sadique. Tout est dit, enlever le seul truc vaguement original de 50 nuances de Grey donne juste un film pour filles, un chick flick dans la plus pure tradition qui soit : tu as trouvé l'amour c'est tout ce qui compte. 

D'ailleurs ça tombe bien parce que 80% du public était de sexe féminin, les mecs présents avaient quant à eux été pris en otage par leur copine (même s'il y avait aussi un trio de gars et un mec à la cinquantaine... DSK ?). Comme le premier, ça gloussait à la moindre occasion, des fois même pour rien, voire pour des plans justement intéressants (le dominant à genoux, certes c'est grotesque, mais ça a du poids). Mais bon dieu, si le film est dédié au public féminin, c'est épouvantable. C'est carrément sexiste, déjà, ensuite c'est vraiment prendre les femmes pour des connes : des gros sadiques voulant posséder les femmes comme de simples objets et leur faire rentrer tout et n'importe quoi dans le derrière, ou leur en foutre tout simplement plein la face, avec pour prétexte un traumatisme d'enfance... est-ce qu'à un seul moment, il y a des personnes qui ont trouvé l'idée séduisante ?

Kim Basinger très concernée dans son rôle de pédophile
Kim Basinger très concernée dans son rôle de pédophile

Kim Basinger très concernée dans son rôle de pédophile

Je crois qu'on s'est mal compris sur la définition de "nuance plus sombre"...

Je crois qu'on s'est mal compris sur la définition de "nuance plus sombre"...

Et comme pour le volet précédent, Danny Elfman était présent pour l'OST, mais vous tracassez pas, ses compos occupent à peine 20% de la galette (c'est d'ailleurs simple, il en a plus rien à foutre lui non plus), le reste c'est des titres de dance, pop et techno particulièrement insupportables et renforçant encore davantage le côté commercial du film. Quelle idée vraiment d'adapter quelque chose d'aussi vide et inintéressant que 50 nuances de Grey ? Les deux heures oscillent entre le grotesque, le déjà-vu et l'absurdité ; parce que oui, en plus d'être chiant, il y a toujours des passages complètement cons (l'hélico est magnifique à ce niveau là, le bateau est pas mal aussi) ou à la moralité douteuse (le BDSM est le mal !).

- Christian, une de tes anciennes soumises me pourchasse, est entré par effraction dans ton appartement, a détruit ma voiture et a tenté de s'ouvrir les veines. Je pense qu'on devrait appeler la police.
- Non pas la police, elle a juste besoin d'aide. Mes hommes la cherchent en ce moment même.
- Tes hommes ? Christou, quelle est la nature de ton entreprise exactement ?
- Ne m'interroge pas femme !
- Hum-hum, d'accord. Et que feras-tu une fois que tu l'auras retrouver ? Lui faire des tresses et lui donner un bain ?

- Hum, en voilà une bonne idée...

D'ailleurs je déconne pas, c'est pratiquement comme ça que le "problème Leïla" est réglé. En tout cas, n'allez pas voir ça, c'est tellement ennuyeux et involontairement drôle qu'on a surtout le sentiment de s'être fait pénétrer par l'industrie cinématographique entière. J'aimerais vraiment que le film fasse un gros bide et qu'ils ne puissent pas réaliser le suivant, ce serait une belle victoire et ça montrerait surtout à quel point cette saga est vide et tout juste aussi intéressant qu'un Harlequin.

"Ces mots vont droit jusqu'à ma bite"... snif, quelle beauté littéraire... mais pour moi ce chef d'oeuvre va droit dans la cuvette.

Publié dans le coffre à bobines, Films

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