Mocking Spoil : Rare Exports : A Christmas Tale

Publié le par Corbeau Moqueur

Mocking Spoil : Rare Exports : A Christmas Tale

Attention, film bizarre en approche. Rare Exports, traduit en français sous le nom douteux de Père Noël Origines, est un film de dark fantasy finlando-franco-norvego-suédois (ça ne s'invente pas), réalisé par Jalmari Helander et sorti en 2010. Il fait suite à deux courts-métrages tout aussi subversif du même bonhomme et sortis respectivement en 2003 et 2005. Le scénario du premier était déjà assez conceptuel, le but étant de capturer des vieux barbus nudistes en Laponie, afin de faire d'eux des Pères Noël exemplaires, moyennant un entraînement intensif à base de gestes tendres et de mots doux à l'égard des enfants. Il va sans dire que le réalisateur n'avait pas bu que de l'eau pour écrire un truc pareil et pourtant, loin de s'en contenter, le quidam en a sorti un second, parlant cette fois non de la capture et de l'éducation des Pères Noël, mais de sa livraison et des consignes de sécurité à suivre pour éviter tout accident malencontreux lors de la réception du spécimen.

Il semble que ces deux objets étranges aient rencontré un certain succès, puisque l'équipe a trouvé le moyen d'en faire petit long-métrage (1h15). Quelque part le titre français n'a d'ailleurs pas tout faut, puisque l'histoire se situe en fait avant les événements des courts-métrages. Le film en lui-même est très bizarre, puisqu'il est tout public et pourtant ne s'adresse à personne en particulier, les images étant trop plaisamment sanglantes et malsaines pour un enfant et en même temps les rebondissements trop mièvres et nawak pour un adulte. Son ambiance particulière, sa photographie exemplaire et ses enjeux bizarres épargnent au film le statut de navet et lui confèrent une aura singulière. Pas assez cruel pour être un film d'horreur, ni assez gentil pour être un conte ou assez drôle pour être une comédie, nul doute que c'est un film qui ne peut que diviser. Le hic c'est que dans la durée, le film ne raconte pas grand chose et le boogeyman qu'on a tant envie de voir est pratiquement absent du métrage, sans compter que les acteurs sont loin d'être exceptionnel. Alors est-ce que ça vaut le coup d'oeil ? Vous allez très vite le savoir.

Une bande-annonce à l'ancienne. A noter : en VF, les américains parlent anglais et les finlandais parlent français.

Le film commence donc non loin des frontières russo-finlandaises, sur la montagne Korvatunturi (célèbre pour être la résidence du Père Noël) et plus précisément dans un bureau bordélique. Pas n'importe lequel, puisqu'il s'agit de la direction d'un énigmatique site de fouille américain, qui d'après les savants calculs d'un millionnaire excentrique, pense que le village du Père Noël se trouve figé dans la glace quelques centaines de mètres sous la roche. Ce millionnaire est justement dans le bureau à discuter avec le responsable de l'avancée des recherches et il semblerait qu'il y ait du vrai dans ses caprices, puisqu'après avoir creusé une centaine de mètres dans la pierre, les ingénieurs bourrus ont trouvé d'étranges copeaux de bois et une quantité considérable de glace. Ravie de voir ses rêves se concrétiser, ce richissime individu, que j'appellerai Gripsec au vu de son faciès de gobelin, s'empresse de distribuer les consignes de sécurité absurdes du deuxième court-métrage, que vous pouvez visionner ci-dessous, si vous comprenez un minimum d'anglais :

Il débite aussi un petit speech d'encouragement aux 5 pauvres employés en charge d'excaver à coup de dynamite la tombe du Père Noël en moins de 24 jours (l'usage de la dynamite n'entrait visiblement pas dans les consignes de sécurité), sans se douter que deux gamins insupportables étaient tranquillement en train de les espionner derrière les caisses d'explosif. Ces gamins finlandais se sont en quelque sorte les héros du film, enfin surtout l'un d'entre eux, Pietari, dont les yeux perpétuellement plissés laissent présager une myopie précoce. Personnage étrange que ce Pietari, car s'il en est presqu'encore à sucer son pouce durant les 55 premières minutes du film, il devient soudain la tête pensante de la fine équipe (qui sont en fait les mêmes acteurs et personnages que dans les courts-métrages). L'autre c'est Juuso et s'il semble mature de prime abord, il devient une sorte de sidekick sceptique, mou et sans consistance passé le premier quart d'heure.

Le héros charismatique du film

Le héros charismatique du film

Bref, les gosses repartent sans se faire repérer et sortent par un trou de la clôture grillagé qu'ils ont bricolé. Si Juuso n'en a rien à carrer du mic mac des ricains, Pietari est beaucoup plus inquiet pour le sort du Père Noël. Il n'en faut pas plus à son meilleur ami pour lui casser ses rêves en lui sortant sans prévenir que de toute façon ce grand guignole n'existe pas et que c'est tout simplement l'ami Jean-Claude qui se déguise pour leur faire plaisir à chaque Noël. Dépité, Pietari n'a pas dit son dernier mot et s'enferme dans sa chambre durant tout le générique, pour chercher les origines du monsieur tout rouge.

Pas sur Internet, grand dieu non, si l'on en croit ce film, les finlandais n'ont même pas l'électricité, s'éclairent à la bougie et mangent des biscuits secs à tout les repas. Non, il va faire ses petites recherches dans sa bibliothèque personnelle. Et très franchement, je sais pas qui l'a constitué cette bibliothèque, mais certainement pas le gosse, parce tout les bouquins sentent à plein nez les vieux parchemins griffonés par son tonton l'alcoolo, un soir d'Halloween. On y voit un vieillard fouettant les enfants, un autre les mangeant vivant, encore un autre cette fois cornu les passant à la marmite... C'est bien connu que laisser des livres aussi morbides dans la chambre d'un enfant encore en âge de bercer son doudou, favorise la créativité. Je plains l'éducation parentale de cette maisonnée.

C'est sympa les livres pour enfant là-bas.

C'est sympa les livres pour enfant là-bas.

Justement le paternel fait irruption sur l'écran au petit matin. Vêtu en permanence comme un pêcheur, ce dernier vit de la chasse aux rennes qu'il dépèce dans son établi à grand coup de hachoir. Il est d'ailleurs tellement absorbé par son carnage, qu'il se fiche comme d'une guigne que son fils débarque dans son établi en pull et en slip pour lui demander s'il n'était pas monté sur le toit la nuit dernière. Car oui hein, au petit matin Pietari s'est rendu compte que quelqu'un est vraisemblablement monté sur le toit devant sa fenêtre, alors qu'il avait chargé son rennes en peluche de monter la garde. Pas plus intrigué que ça par l'étrange question de son fils, le père (qui se nomme Rauno) lui dit juste de se manier de s'habiller pour le rassemblement des chasseurs annuel, ce qui semble bien plus important que la potentielle présence d'un stalker sur leur propriété.

Après une petite balade en moto-neige, la micro-famille s'en va retrouver le reste des figurants en pleine cambrousse. Rauno juge d'ailleurs qu'il est temps pour son fils de passer à l'âge adulte (sic), puisqu'il lui donne un fusil de chasse pour se joindre au festivité, rappelez-vous le gamin en est toujours à parler à ses peluches et à croire au Père Noël. C'est aussi l'occasion de présenter le sidekick comique du film, Jean-Claude (en vrai c'est Piiparinen, mais ça manque de classe), technophile à ses heures perdues et pas peu fier de sa clôture électrique pour enfermer le bétail. Sauf que le bétail, il est pas là ou si peu : deux rennes efflanqués pour une bonne dizaine de chasseurs ça ne paie pas le loyer. Quelques kilomètres plus loin et comme par hasard non loin de la barrière autour du Korvatunturi, ils découvrent que les 3/4 des rennes de la région se sont faits massacrer. Si pour Pietari le Père Noël est fautif, pour le reste de la smala ce sont les loups venus de Russie devenus fous par le forage des américains.

Ce Noël s'annonce très gai.
Ce Noël s'annonce très gai.

Ce Noël s'annonce très gai.

Enfin, il en faut plus pour faire réagir les acteurs, qui restent très flegmatiques et décident d'aller rendre une petite visite aux pseudos "scientifiques", afin d'exiger une compensation financière. Mais voilà, autant les deux gamins descendent la montagneà pied en moins d'une heure, autant trois motoneiges qui partent au coucher de soleil arrivent au sommet à la nuit tombée. De toute façon qu'ils soient arrivés de jour ou de nuit ne change rien, puisque les américains ont déjà crissé leur camps. En revanche ils découvrent un trou abyssale et des plans suspects, indiquant clairement l'excavation d'un objet mystérieux.

Si j'étais eux je commencerai quand même à me poser des questions.

Si j'étais eux je commencerai quand même à me poser des questions.

Plus désappointés que jamais, ils... rentrent chez eux... et vont se coucher. Bah oui, pourquoi s'énerver, c'est bientôt Noël. Il n'y a que Pietari qui tente quelque chose : il plante des agrafes sur la porte du 24 décembre de son calendrier de l'avent et fait part à un Juuso hilare de ses récentes découvertes. Malgré les illustrations flippantes des livres de sa chambre, la photographie flouté d'un objet non identifiable au fond du trou de la montagne et les origines de cette dernière (le père coca c'est des conneries, en fait c'était un monstre qui faisait régner la terreur sur la région, jusqu'à ce que les villageois du coin le piègent dans un lac gelé, puis l'extraient dans un gros bloc de glace, avant de l'enterrer sous une pile de gros rochers, ce qui a donné le tunturi que l'on connait), Juuso se tape juste sur les cuisses, jusqu'à ce que Pietari lui suggère de révéler leur petit escapade au sommet de la montagne. C'est vrai, après tout c'est un peu leur faute si les loups ont réussi à franchir la barrière pour s'attaquer aux rennes et puis pour éviter la colère du Pè... 

- Tu dis rien ou je te tue !
- Mais...
- T'as aucune idée de ce que ton père va faire s'il apprend qu'on est responsable de la mort de son gagne-pain.
- La police...
- On s'en fout de la police, c'est la Laponie ici.
- ... Et ?
- Rien, j'ai lu le script, donc je sais la police s'en fiche des gosses.

Après ces menaces, Juuso rentre chez lui en motoneige, bien content de son petit effet ; tandis que Pietari et Rauno passent à table et quel repas mes amis : du lait et des biscuits au gingembre. Whoua, ça c'est de l'ambiance festive. Heureusement les souvenirs de la défunte mère font office de cache-misère, Pietari allant même jusqu'à souligner combien son père est un fin cuistot, quasiment l'égal de sa mère. Cette joyeuse ambiance prend toutefois du plomb dans l'aile lorsque Pietari est envoyé sèchement au lit... armé de son fusil. Ah Rauno, tu es irrattrapable.

Pendant ce temps, on retrouve la valeureuse équipe de forage en pleine effervescence près d'un hangar. Il semblerait que le responsable ait quelques problèmes avec Papa mortel et tente de le faire savoir à Gripsec dans un dialogue téléphonique de sourd. D'un côté on a le millionnaire qui demande en boucle si le cargo est prêt, tout en insistant sur les consignes de sécurité et de l'autre le responsable qui s'égosille dans le blizzard pour insister sur les difficultés de l'opération en cours. Mais comme chacun sait, crier c'est mal et en moins de deux secondes l'intégralité des ingénieurs disparaît ne laissant que leur casque de chantier derrière eux, tandis qu'une paire de jambes nues se matérialise au premier plan.

Quelque chose me dit que Noël s'annonce mouvementer...

Quelque chose me dit que Noël s'annonce mouvementer...

Un écran noir plus tard, on se retrouve le matin du 24 décembre, dans la maison de Pietari et de son paternel. Celui-ci s'affaire en cuisine, ou plutôt arrive à la bourre en cuisine, puisqu'il a laissé le pudding un peu trop longtemps dans le four. Légèrement énervé et surtout très flegmatique, il s'en va donc allumer un feu dans la cheminée, pour se rendre compte avec une certaine frayeur que son fils a placé un piège à loup dans celle-ci pour éviter tout cambriolage. C'est sans doute la cerise qui fait déborder le vase, puisqu'il s'énerve pour la première fois véritablement et prive Pietari de sortie. Pour ce qui a à faire dans le coin de toute façon... Malgré tout il est obligé de lever la punition, puisque l'intéressé doit aller... faire la petite commission. Parce que oui, en Finlande profonde, il n'y a pas de toilette chez soi, donc pour expulser le surplus alimentaire il faut faire ça dehors, même par -15. 

Sauf que cet instant de poésie est brusquement interrompu par la découverte de la disparition de l'appât du piège tendue contre les loups (érigé la veille au matin) : une fosse bardée de pics. Et plus de pics uniquement, puisqu'un être humain s'est joint à la décoration. Evidemment Rauno tente d'épargner cette vision sanglante à son moujingue en lui interdisant tout les 3 mètres à ne pas le suivre, puis en le ramenant sans ménagement dans la maison sous prétexte qu'ils n'ont pas déjeuné. Après lui avoir filé une bonne grosse poignée de biscuits secs de la veille, il s'en va extraire le cadavre de la fosse avec un Jean-Claude en tenue de circonstance, c'est-à-dire déguisé en Père Noël. Bon officiellement ces précautions n'ont servi strictement à rien puisque Pietari a pu tout regarder depuis sa fenêtre.

Une fois le corps transporté dans l'établi, les deux hommes découvrent que l'étrange macchabée se nomme Brian Jonathan Greene, si l'on en croit ses papiers et surtout qu'il pourrait bien amortir le massacre du troupeau de rennes. Ni une, ni deux, les voilà qui commencent à aiguiser les couteaux et mettre en marche la scie mécanique, avant de s'interroger sur la normalité d'un macchabée qui bouge et qui respire... Encore plus étrange, le macchabée vivant semble renifler quelque chose. Une chose qui se trouve derrière la fenêtre et se trouve être... Pietari, qui n'est évidemment pas resté dans la maison et au contraire s'est glissé dans la fosse pour se rendre compte que le macchabée qui n'en est pas un, transportait avec lui une poupée en bois très artisanale. 

Comme chacun sait maintenant, le Père Noël est une ordure.

Comme chacun sait maintenant, le Père Noël est une ordure.

Parfois la fuite vaut mieux qu'un long discours et c'est précisément ce que fait Pietari après avoir vu le vieux vicelard dans l'établi. Rauno qui est décidément un bon père prend sa voiture pour le courser, laissant Jean-Claude seul avec un vieillard dans le plus simple appareil. Pietari n'a cependant pas perdu son temps, puisqu'une fois arrivé sur la route il a trouvé le moyen de se faire embarquer par la voiture du shérif qui passait par là à ce moment précis. Agacé, mais non moins pensif, Rauno se voit contraint de suivre le shérif jusqu'à la propriété la plus proche (c'est-à-dire quelques kilomètres).

Propriété qui se trouve être la ferme d'un chasseur peu causant déjà rencontré auparavant, que l'on nommera Didier. Celui-ci a deux problèmes, qui n'en sont en réalité qu'un seul ; des individus se sont introduits dans ses bâtiments pour faucher les sacs de pommes de terre et surtout le sèche cheveux de sa femme. L'originalité ici, étant que ce n'est pas le contenu des sacs qui intéressait les voleurs, mais simplement les sacs. Accessoirement il a aussi un troisième problème, mais ça c'est Pietari qui va le découvrir : son fils Juuso a disparu, laissant dans son lit une poupée similaire à celle que le vieillard avait sur lui. Une découverte qui n'alerte et n'inquiète absolument personne, pas même le père ; à la place le shérif commence à déballer à Pietari ses mésaventures cochonnes de jeunesse. Quant à Didier c'est très simple :

- Il sera de retour à la nuit tombée.
- Attends Didier, des individus s'introduisent chez toi en pleine nuit pour voler tes sacs à patates. Ton fils a disparu le lendemain matin et tu trouve ça normal ?
- Non, mais Rauno, Juuso a un fusil donc mathématiquement il n'a pas pu se faire enlever
- Ah oui, c'est juste.
- Tu vois Pietari, moi de mon temps mon fusil, il aurait servi à autre chose, si tu vois ce que je veux dire...
- Shérif, un peu de tenu, il est encore trop jeune.
- Vraiment ? Alors pourquoi lui avoir donné un fusil ?

- Ah, mais c'est que... euh... voilà, quoi.
- Mais encore...
- Glgngnglgngngneuh.
- Ah la vache, vous argumentez trop bien. Néanmoins, je vais vous demander de me suivre pour euh... inspection du véhicule.
- Tout de suite shérif, j'arrive. Dis moi, Didier, tu parles anglais ?
- Euh... oui, pour quoi faire ?
- J'ai besoin d'un interprète.

Notez combien la disparition de Juuso est très secondaire pour les adultes, ce qui les intéressent surtout à l'heure actuelle c'est communiquer avec le croulant de Jean-Claude. Et justement Jean-Claude il s'emmerde là, garder un vieillard le jour de Noël c'est pas la joie, surtout quand le-dit vieillard est en tenue d'Adam dans un abattoir. Néanmoins il y a quand même moyen de s'amuser, puisqu'il s'est rendu compte que les biscuits au gingembre le font réagir. Tellement réagir, qu'après avoir fait le guignole pendant une minute, Jean-Claude se fait mordre la lobe de l'oreille en s'approchant un peu trop près du clochard. C'est donc avec une oreille ensanglantée que Didier, Pietari et Rauno le retrouve à la nuit tombée, car en Finlande urgence et vitesse sont des notions ambivalentes, comme chacun sait.

Il n'y a donc pas une minute à perdre, Rauno envoie son gosse se coucher (ce qu'il ne va évidemment pas faire) et charge aussi sec Didier de communiquer avec l'étrange bonhomme recroqueviller au fond de l'établi, celui-ci s'exécute et demande : Comment trouvez-vous la région ? Alors soit Didier n'a pas trop compris les enjeux de la situation, soit il a légèrement (trois fois rien) omis de dire que son niveau d'anglais s'est arrêté à la fin du collège. Loin d'abandonner il continue sur sa lancée à coup de It's rainning. Where is my umbrella ? Maybe in the kitchen, or maybe in ze batteroom... 

La direction d'acteur est encore une fois assez perfectible.

La direction d'acteur est encore une fois assez perfectible.

Mocking Spoil : Rare Exports : A Christmas Tale

Mais ils sont tous interrompus par Pietari, qui entre temps a appelé toutes les maisons voisines pour savoir si ses camarades étaient encore chez eux (c'est fou il y a un téléphone, incroyable !). Ils se trouvent que non. Seule conclusion : tous les enfants du village voire de la région ont disparu, mais ce n'est qu'un léger détail comparé à la disparition de l'électroménager des gens apparemment. Pietari a donc décidé de tout avouer et demande à son père de sortir pour le frapper une quinzaine de fois. Celui-ci semble vaguement énervé à propos de l'escapade sur la montagne, mais pour ce qui est des gosses nada, rien à faire.

En un sens, il a vraiment d'autres choses à faire puisque le vieux nudiste s'est mis en mouvement pour faire une nouvelle fois preuve de violence. Toutefois son comportement change du tout au tout lorsque Pietari fait irruption dans l'établi : ses yeux changent de couleur et un sourire de carnassier semble se dessiner sur son visage. Face à ce comportement ultra-douteux, son père s'empresse... de l'empoigner pour s'approcher ensemble du vieillard. Là c'est même plus du laxisme, c'est de l'irresponsabilité ! Sous la menace parentale et pédophile, Pietari déclare que ce mec à l'engin apparent est le Père Noël que les américains ont décongelé et qui accessoirement les a espionné des jours durant.

Rectification : le Père Noël est un clochard pédophile naturiste.

Rectification : le Père Noël est un clochard pédophile naturiste.

Bon à ce niveau là, n'importe qui aurait appelé les flics, mais eux non. S'ensuit alors une scène creepy où après l'avoir ligoté, le quatuor s'assoit devant lui pour le regarder d'un oeil torve en grignotant des biscuits secs. Leurs rêveries sont interrompues par le grésillement d'un Walkie-Talkie, contenue dans la veste du responsable qui semble avoir voyagé avec le Père Noël. L'interlocuteur n'est nulle autre que Gripsec qui s'inquiète quelque peu de l'état de son cargo... puis de la situation de ses employés, lorsque Rauno décroche. Celui-ci a d'ailleurs une brillante idée : négocier une rançon en échange du Père Noël.

Tout est dit.

Tout est dit.

Pour une fois, ils font les choses vites et bien, puisque 3 secondes plus tard une voiture avec un Père Noël en cage, un enfant de 10 ans en tenue de hockey et trois adultes flegmatiques traversent le blizzard. Pourquoi Pietari s'est joint à la fête nulle ne le sait et en fait tout le monde s'en fiche... à part le Père Noël qui lui fait des oeillades depuis la vitre arrière. Une fois au lieu de rencontre, qui s'avère être le hangar où l'équipe de forage a mystérieusement disparu, Didier a la curieuse surprise de trouver le sèche-cheveux de sa femme qui traînait sur le sol et s'empresse de le fourrer dans son slip (inutile de dire que ça va gratter pour la séquence qui va suivre). C'est alors que Gripsec arrive en hélico et commence un dialogue étonnement concret, en dépit de son manque de cohérence linguistique.

Notez aussi les lunettes de soleil complètement inutiles de Jean-Claude.

Notez aussi les lunettes de soleil complètement inutiles de Jean-Claude.

- Qu'est-il... mais qui êtes vous ? Et où sont mes hommes ?
- Dis, quelque chose vite.

- Yeah, yeah, nous sommes des hommes, alors faisons affaires.
- Affaires ? Mais de quelle nature ? 

- Merde, combien on lui demande les gars ?
- Assez pour compenser la perte du troupeau.
- Plus, plus, 1 million.
- On est pas dans la vérité si je mens, Jean-Claude.

- 85 000 dollars.
- Hey, en ce cas où est le cargo ?

Je crois qu'au mot cargo, les trois pèlerins auraient dû un peu tiltr quant à la taille du Père Noël, mais la normalité n'étant pas de mise chez eux, ceux-ci se contentent de lui apporter la cage sous le nez. Pour assurer le coup, ils ont cru trouver bon d'affubler le Père Noël du déguisement de Jean-Claude, pour un résultat des plus crapuleux. Pendant que Gripsec palpe le Père Noël, Pietari qui ne sait décidément pas obéir aux ordre est allé se promener et découvre que le hangar porte un énorme numéro 24 sur ses portes. Coïncidence ? Certainement pas pour Pietari et celui-ci s'empresse de se glisser dedans. Dans le même temps, les yeux du Père Noël ont viré au jaune, ce qui fait vivement réagir Gripsec. En effet, le Père Noël derrière les barreaux ne l'est finalement pas, c'est en réalité un de ses elfes et si l'on ne suite pas scrupuleusement certaines règles, ces derniers peuvent vous éviscérer en moins de deux.

Mocking Spoil : Rare Exports : A Christmas Tale
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C'est d'ailleurs précisément ce qui se passe, puisque le ton monte entre les finlandais, malgré les gesticulations de Gripsec et après avoir fait sauter les plombs, les elfes (des vieillards à poil armés d'outils de jardinage) passent à l'attaque. Les finlandais étant à l'honneur, ceux-ci arrivent à s'en tirer sans problème (oubliant pratiquement la sécurité de Pietari) et se permettent même de tirer trois coups de feu en direction de leurs assaillants, par contre les amerloques voient leurs cachets prendre fin : le pilote est étripé et Gripsec se prend une pioche sur le crâne pratiquement en hors-champ. La fine équipe parvient à s'enfermer dans le hangar, ils y retrouvent sans surprise Pietari et accessoirement le vrai Père Noël. Celui-ci se dresse devant eux dans toute sa splendeur : un géant avec des cornes de boucs, emprisonné dans un bloc de glace.

La question de savoir comment les ingénieurs ont pu l'extraire d'un trou de 400 mètres de profondeur avec de simples pelleteuses est un mystère et d'ailleurs il y a plus urgent : les elfes kleptomanes tentent de le décongeler avec tout les appareils chauffant qu'ils ont emprunté (à long terme) la nuit dernière dans les maisonnées (et qui au passage fonctionnent miraculeusement malgré la panne de courant). Il se trouve qu'au milieu de tout ce fatra se trouve aussi...

- Mes sacs à patates !
- Didier il semble qu'il y ait aussi...
- Oh ils ont enfermé Juuso dans l'un d'entre eux !
- Oui, les enfants ont tous été kidna
- Les salauds ! Je ne leur pardonnerai jamais !
- Nom d'un caribou les enfants allaient servir d'offrande à ce monstre !
- Au diable les enfants ! Des sacs tout neuf quoi !

*SCRAM*
Les elfes essaient d'entrer, Jean-Claude débranche moi tout ça, Didier reprends tes sacs et leur contenant et Pietari ne bouge pas !

Il est vrai que j'avais une vision plus agréable du Père Noël.
Il est vrai que j'avais une vision plus agréable du Père Noël.

Il est vrai que j'avais une vision plus agréable du Père Noël.

Comme il est coutume dans ce genre de situation, tout le monde s'affole et court partout : Jean-Claude envoie valdinguer tout les radiateurs qui traînent, Didier libère son fils et gueule des trucs en finnois, Rauno tente de barricader la porte... bref la situation semble bloquer et rien avance. Et là, Pietari passe à l'âge adulte, tandis que son Q.I. monte à 160, parce qu'il a un plan. Après avoir tiré un coup de feu pour monter à tout le monde qui c'est qu'est le chef, il déblatère : on est coincé dans un hangar avec un monstre sur le point de se réveiller, que les elfes défendent bites et ongles. Le toit est en ruine, donc on évacue par hélico les enfants dans les sacs avec ces gros filets qui traînent, comme ça les elfes vont courir après l'hélico, ce qui vous donne le temps à vous (Rauno et Didier) de faire sauter le Père Noël avec les explosifs inutilisés que le scénario a laissé traîner là.

- Whoa, génial ce plan !
- Merci Jean-Claude.
- Mais du coup qui pilote l'hélico ?
- Toi bien sûr Jean-Claude.
- Hein ?
- La technologie ça te connait non ? Donc ça va pas être bien compliqué pour toi.
- Hé attends un peu, j'ai
- Pietari, mon fils, depuis quand c'est toi qui donne les ordres ?
- Depuis que tu m'as donné un fusil.
- Justement je pense que finalement tu n'es pas encore tout à fait prêt, pas vrai Didier ? Oui, donc on va réfléchir à ton plan deux secondes, faire un vote, multiplier par pi et te dire ce qu'on en pen
- MERDE PAPA ! PERSONNE NE COMPREND RIEN A TON RAISONNEMENT ! Juuso m'a passé le script avant de disparaître, donc c'est moi le chef et vous obéissez point barre.
- Mais...
- En plus j'ai un fusil !
- Ah oui c'est juste. Ce plan est parfait, qu'est ce qu'on attend ? Jean-Claude arrête de te tripoter la nouille et sors.

- J'ai pas dit oui.
- J'en appelle au pouvoir du script !
- Oï, j'y vais ! 

On en arrive à la séquence la plus surréaliste du film, où Jean-Claude, qui semble ne plus avoir de balle dans son fusil est fichu dehors avec pour seul "arme", une poignée de biscuits au gingembre (que Didier avait aussi planqué dans son slip, à côté de sa revue porno), tout le monde ayant déjà oublié que la seule réaction d'un elfe devant ces biscottes a été de bouffer une partie de son propriétaire. C'est donc dans une séquence pas du tout pompé sur Leprechaun (avec justement Gripsec), que Jean-Claude tente de gagner l'hélico et ça marche. La friandise est tellement bonne, que les elfes en lâchent leurs armes.

Au passage l'acteur est toujours soucieux d'en faire trop.

Au passage l'acteur est toujours soucieux d'en faire trop.

Tant qu'à continuer dans le délire, Jean-Claude est aussi un excellent pilote puisqu'il parvient à faire décoller l'hélico comme un as éméché. Pendant ce temps, Didier et Rauno ont chargé la marmaille (toujours dans les sacs) dans d'énormes filets, y compris Juuso, malgré les objections de ce dernier et se font donc héliporter hors du hangar. Encore une fois, ça marche, il faut toujours écouter les enfants. Tandis que l'hélicoptère part à la poursuite du fond vert, les elfes lui courent après dans la toundra. Pietari, qui s'est accroché au filet et décidément adore les sensations fortes, propose même à Jean-Claude de narguer les elfes en leur tournant autour. Le nombre de fois où le gosse (ou en tout cas son cascadeur qui fait bien 30 cm de plus)  aurait dû s'écraser 20 mètres plus bas dans cette séquence est inouï, m'étonnerais que le père n'ait pas de compte à rendre à la police une fois Pietari de retour à l'école.

Ils parviennent finalement à appâter les "elfes" dans l'enclos à rennes, mais diantre ! Le portail est toujours fermé, ces grands machins haut de 2 mètres n'arriveront jamais à passer par dessus une clôture haute d'1m50 ! Pietari ne voit donc qu'une seule solution : se sacrifier pour la bonne cause. C'est ainsi que malgré l'avance considérable que Jean-Claude ait parvenu à obtenir face aux "elfes", il préfère laisser Pietari sauter du filet, pour aller ouvrir le portail, enclencher la clôture électrique et laisser les "elfes" qui s'en viennent, le peloter.

ça va vous avez pas trop froid, les gars ?
ça va vous avez pas trop froid, les gars ?
ça va vous avez pas trop froid, les gars ?

ça va vous avez pas trop froid, les gars ?

Heureusement pour lui, suivant la logique du on tue le boss, tout le monde meurt, Didier et Rauno sont parvenus à faire exploser le Père Noël avec pas moins d'une bonne centaine de bâtons de dynamite (souci du détail : ils lui ont quand même coupé les cornes afin de les vendre visiblement sur Le bon coin), ce qui a pour effet de causer un beau feu d'artifice et de mettre tous les elfes au chômage, ces derniers étant complètement démunis sans leur patron. Au petit matin, le trio d'adulte nous montre une fois encore combien l'irresponsabilité est ancrée dans leurs gènes, puisque Jean-Claude a laissé Pietari dans l'enclos au milieu de cette troupe de nudistes, sans penser une seule seconde que ces fous furieux pouvaient à tout instant sortir de leur état apathique.  Donc au petit matin, Didier, Rauno, Juuso et Jean-Claude déboule tout sourire en voiture du côté de l'enclos, sans se soucier outre mesure du mécontentement de Pietari.

Celui-ci a d'ailleurs un nouveau plan. A 85 000 $ le père noël, combien s'élèverait la cagnotte si on en vendait 198 au reste du monde ? Parce que oui, plutôt que de foutre au trou cette bande de vieux décérébrés, quoi de mieux que de les éduquer et les entraîner à être de futurs pères noël professionnels ? C'est ainsi qu'on rejoint la logique des deux courts-métrages, puisque les elfes sont ainsi douchés et entraînés une année durant, jusqu'à obtenir le fameux bonnet d'aptitude rouge et blanc. Le premier à l'obtenir est d'ailleurs le faux-macchabée. Après avoir signé une première vente avec la Tanzanie (véridique) et empaqueté un"père noël" dans une caisse, le film se conclue sur l'ouverture des portes du hangar de stockage et l'apparition d'un avion cargo, piloté par un Jean-Claude pas peu fier de son engin.

Mocking Spoil : Rare Exports : A Christmas Tale
Mocking Spoil : Rare Exports : A Christmas Tale
Mocking Spoil : Rare Exports : A Christmas Tale

Voilà, quand je disais que le film était bizarre, vous avez maintenant une petite idée du pourquoi. Sans être un chef d'oeuvre, le film n'est pas mauvais, loin de là (surtout avec titre français aussi série Z et un budget aussi étriqué), cependant le jeu limité des acteurs, le rythme mollasson de la trame et son climax inconcevable plombent toutes ses bonnes idées. Si le film assassine tout simplement le conte merveilleux et la fin très abracadabrante vaut le détour, le réalisateur aurait dû boire l'intégralité de sa deuxième bouteille pour aller encore plus loin dans son délire ; parce que si le scénario fonctionne dans des courts-métrages, il aurait fallu plus de substance pour tenir un peu plus d'une heure.

En fait le film est trop plat et manque de profondeur pour véritablement réussir à faire passer la pilule. Reste au demeurant que la bande-son est curieusement de qualité, au même titre que la réalisation et la photographie. Donc amis de l'originalité et du bizarre, Rare Exports est un film atypique (hybride improbable de The Thing et de la production de Jean-Pierre Jeunet), dépaysant mais néanmoins contrasté, à ne pas mettre entre toute les mains, sauf peut-être en période de Noël.

 Je vous souhaite d'ailleurs un JOYEUX NOEL, rempli de cadeaux, de musique, de séries, de cinéma, de numérique et de biscuits au gingembre ! Arrêtez de travailler si vous pouvez et visionnez ce film, si vous voulez !

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