L'instant Manga #11 : Toriko

Publié le par Corbeau Moqueur

Etre gros c'est bien

Etre gros c'est bien

Toriko est un shonen, atypique et plutôt mastoc, qui s'est terminé il y a un peu plus d'un mois maintenant. Il était prépublié depuis mai 2008 dans l'hebdomadaire habituel de Shueisha et a été compilé dans un total de 43 tomes, autant dire d'emblée que ça va faire mal au portefeuille. La version française, toujours en retard, en est quant à elle à son 33ème tome publié par Kazé depuis septembre 2011. Son mangaka, Mitsutoshi Shimabukuro, doit en grande partie sa renommée à ce manga, qui sera pour un bout de temps le Jupiter de son Oeuvre, même si il a aussi terminé Ring, une courte saga de 24 chapitres (3 tomes donc) sur le sport (rien à voir donc avec Koji Suzuki).

Il est possible que Toriko n'aurait pu voir le jour, en effet entre 1997 à 2002, Mitsutoshi bossait sur un gag manga à succès : Seikimatsu Leader den Takeshi !, avec laquelle il a d'ailleurs reçu le prix Shogakukan en 2001. Sauf qu'un an plus tard, la série a été purement et simplement annulée, tandis que son mangaka se retrouvait derrière les barreaux. Mitsutoshi c'est en fait un peu notre Strauss-Khan à nous, le quidam ayant payé une mineure de 16 ans pour procéder à un échange de fluides dans un lieu discret. La peine a toutefois était suspendu et en 2008 (oui il a quand même mis du temps à s'en remettre), il a fait son coming-back avec Toriko. 

Le succès n'est d'ailleurs pas négligeable, puisque le manga a eut le droit à un animé, des OAV, des jeux-vidéos et une multitude de produits dérivés, à commencer par un cross-over avec One Piece publié en 2011, car en dépit de l'incident précédemment cité, Eiichiro Oda est un très grand ami de Mitsutoshi Shimabukuro. Ce n'est d'ailleurs pas le seul cross-over avec le manga n°1 de ces dernières années, puisque deux autres cross-over ont vu le jour dans les deux animés. Pour vous dire le succès de Toriko, un troisième cross-over (et dernier à ce jour) inédit a été diffusé en 2013 au Japon, réunissant les univers de Toriko, One Piece et Dragon Ball Z.

C'est pas avec Fairy Tail que ce genre de chose risque d'arriver... malheureusement ?
C'est pas avec Fairy Tail que ce genre de chose risque d'arriver... malheureusement ?

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Alors qu'est ce qui différencie Toriko de la majeure partie des shonen ? Sa thématique, son univers et son scénario principalement, même si ces trois éléments sont en fait très liés, voire dépendants les uns des autres pour que la magie opère. Toriko est un manga sur la nourriture. Pas sur la cuisine en tant que telle, mais belle et bien sur les aliments, la bouffe, le frichti, la cuistance, la tortore, les boissons, les breuvages tout autant, l'alcool aussi, au même titre que les petis remontants, mais surtout la tambouille, l'appétit, la faim, la boustifaille et l'importance des cinq sens (et éventuellement un sixième et un septième) lors de la dégustation.

Clairement, il est important de ne pas avoir faim en lisant Toriko, puisque chaque scène de dégustation est une ode à la nourriture, tant dans l'écriture qu'à travers le dessin, l'apparence de l'aliment, sa texture, son odeur et son goût étant détaillé à l'extrême, en grande partie pour faire ressentir au lecteur les mêmes sensations que ses protagonistes. Les choses auraient pu s'arrêter là et transformer le manga en poésie hallucinogène de bêtise vorace, si le monde du manga ne carburait pas non plus à la-dite nourriture.

Imaginez donc un monde façon One Piece parsemé de paysages en tous genre et de créatures géantes. Bien maintenant, imaginez que l'intégralité de l'environnement soit comestible et que les personnages aussi barges qu'originaux s'en mettent sur la gueule avec des techniques également inspiré de la boustifaille. Voilà le monde de Toriko. Je vais un poil spoiler pour une fois en vous révélant d'emblée que ce monde imaginaire est en fait notre bonne vieille terre, dans un futur plus ou moins lointain. Celle-ci a développé son propre appétit (ou sa propre conscience) et a multiplié sa superficie par dix. Dans ce futur totalement inenvisageable, la nourriture est partout. Elle est le moteur de(s) religion(s), de la politique, de la société, des forces militaires, de la science et même des arts martiaux.

L'instant Manga #11 : Toriko
L'instant Manga #11 : Toriko
L'instant Manga #11 : Toriko
L'instant Manga #11 : Toriko

Autant dire que si le postulat de départ est bien WTF, il offre des possibilités scénaristiques immenses et un background très détaillé. Toujours est-il que si voir des gens manger ou cuisiner plaît à tous le monde dans la réalité, en faire un manga de 43 tomes aurait lassé n'importe qui passé 50 pages. L'intrigue du manga se centre principalement sur son héros éponyme (Toriko), ainsi que son partenaire cuistot, Komatsu, un personnage fade et soumis, qui le suit partout comme un mollusque qui refuserait de se détacher de son rocher. Toriko donc, un chasseur d'ingrédient  à la recherche du "menu parfait", composé de tous les meilleurs plats du monde voire plus. Il recherche tout particulièrement "God", un ingrédient ultime tellement savoureux que les dirigeants du monde l'ayant goûté en temps de guerre, ont arrêté les frais et en supplément ont laissé tout leurs vis derrière eux. Son aventure est toutefois parsemé de combats violents, conséquence d'une nature hostile, d'un climat nébuleux et de personnages intrigants, au même titre que de rencontres étonnantes.

God en action, remake fumeux de la Pomme d'Eve
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On sait qu'on a franchi un cap lorsqu'on voit ça (j'allais quand même pas vous montrer la bête).

On sait qu'on a franchi un cap lorsqu'on voit ça (j'allais quand même pas vous montrer la bête).

Le scénario ne paie certes pas de mine comme ça de prime abord, pourtant c'est l'un des gros points forts du manga. En effet, celui-ci est pleinement intégré dans l'univers et interroge des thématiques que l'on ne voit que rarement dans les shonen (religion, existence et politique en tête). Toriko prend d'ailleurs une tournure beaucoup plus cosmique dans les cinq derniers tomes en revisitant - à sa manière - la création de l'univers. Cependant à vouloir multiplier les intrigues, les éléments scénaristiques, les personnages et accessoirement les enjeux, le manga s'est clairement perdu en chemin. En conséquence, le combat final aux proportions titanesques, devient incompréhensible au bout de 10 chapitres. Qui fait quoi ? Qui veut quoi ? Qu'est ce qu'il fait ? Il est encore en vie lui ? Oh il a servi a quelque chose ! Ils ont toujours pas fini ces cons-là ? sont autant d'interrogations existentielles qui se bousculent dans la tête des lecteurs.
Malgré une très belle conclusion et un bon épilogue, il est possible que le mange connaisse une suite, dans la lignée des éléments soulevés dans la dernière partie du manga. Qui vivra verra donc.

L'instant Manga #11 : Toriko

Bref, là où des mangas de bouffe et de cuisine sont sérieux et/ou réalistes (autant que les mangakas le peuvent), Toriko est complètement barré. La pillule passe d'ailleurs miraculeusement bien grâce à la cohérence de son univers, ses personnages originaux et bien développés, ses combats dantesques (à l'échelle de la planète à la fin du manga), très violents au passage et ses nombreuses phases d'exploration. C'est bien simple, l'ensemble est si détaillé qu'on vit littéralement l'aventure avec les personnages. 

Le truc maintenant, c'est que nombre de personnes ont du mal avec le dessin de Toriko. Il est vrai qu'il est très old-school et que le rendu des personnages est kitsch, j'ai moi-même eu du mal à terminer le premier tome à cause de ça. Cependant, le découpage est moderne et la patte artistique de l'auteur met en avant l'univers hallucinatoire de son oeuvre. En définitive, c'est en quelque sorte un mal pour un bien, surtout qu'au fil des chapitres le trait va s'alléger et les personnages vont gagner en charisme. En somme Toriko c'est comme un plat renommé à l'apparence peu racoleuse, il faut goûter ça au moins une fois dans sa vie et si vous aimez pas, tant pis, dans le cas contraire vous aurez du mal à ne plus vous en passer.

Gardez quand même à l'esprit que les combats ne font pas dans la dentelle.
Gardez quand même à l'esprit que les combats ne font pas dans la dentelle.
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Gardez quand même à l'esprit que les combats ne font pas dans la dentelle.
Gardez quand même à l'esprit que les combats ne font pas dans la dentelle.
Gardez quand même à l'esprit que les combats ne font pas dans la dentelle.

Gardez quand même à l'esprit que les combats ne font pas dans la dentelle.

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Luciana 05/01/2017 19:37

Salut, as-tu prévu de parler de One Piece dans un de tes articles ?
Sinon, surtout n'arrêtes pas "l'instant manga" , je viens pratiquement là pour ça (même si je suis pas abonné

Corbeau Moqueur 05/01/2017 21:50

One Piece est effectivement prévu, mais pas tout de suite et à vrai dire je sais pas trop quand. L'ennui avec One Piece c'est qu'il y a énormément de chose à dire dessus (il faudrait presque parler par exemple de la théorie de Campbell), sans compter que le manga est très riche et qu'il dispose de sa propre mythologie. Tout ça pour dire que One Piece est inscrit dans l'agenda.