L'instant Manga #10 : Psyren

Publié le par Corbeau Moqueur

L'instant Manga #10 : Psyren

Psyren est un shonen créé par Toshiaki Iwashiro, édité et publié dans le Weekly Shonen Jump (comme d'hab) du 3 Décembre 2007 au 29 Novembre 2010 et compilé dans un total de 16 tomes, que l'on peut intégralement retrouvé en France chez l'éditeur Kana. Jusqu'à présent j'ai surtout parlé de mangas assez renommés ou tout du moins plutôt aboutis ; eh bien ce manga est l'archétype du petit shonen sans prétention qui se contente d'exploiter les codes du genre à sa manière. Son auteur, loin d'être mauvais est surtout connu pour ce manga, Mieru Hito (un shonen court mais généreux, d'un total de 7 tomes) et Kagamigami (moins connu, mais non moins réussi en 5 tomes seulement). Il a également fait quelques one shot, mais semble avoir pris des vacances depuis 2015...

Son oeuvre la plus importante reste toutefois Psyren, qui part d'un postulat assez simple, la vie d'un lycéen bagarreur, pour déboucher sur des voyages et des paradoxes temporels, une planète en danger, une amourette et des super-pouvoirs. Pour être plus précis, le scénario est le suivant : Ageha Yoshina est un lycéen nekketsu tout ce qu'il y a de plus commun, si ce n'est qu'au lieu de se faire tabasser, c'est lui qui avoine les autres sous prétexte de résoudre les problèmes de ses camarades (moyennant quelques milliers de yens en supplément).  Déçu par la vie, il entend bien profiter de son existence au maximum et ce, malgré les actions un peu violente de sa soeur (ça me rappelle quelqu'un, mais qui...). Un soir en rentrant chez lui, il fait la connaissance de Nemesis Q, qui lui remet chaleureusement une carte téléphonique rouge sur laquelle figure le mot "Psyren".
Quelques jours plus tard il trouve une carte identique dans le portefeuille d'une de ses camarades de tout temps : Sakurako Amamiya, qui disparait peu après cette découverte. Après quelques recherches Yoshina se rend compte que cette carte peut se vendre jusqu'à 500 millions de yens, qu'elle est le seul moyen d'entrer en contact avec Psyren et son leader, Nemesis Q et qu'il est dangereux de clamer haut et fort qu'on en possède une. Ainsi après s'être fait courser par des flics louches, lacrymogèniser la face et répondu à un coup de téléphone, il se retrouve expédié dans un monde désertique avec une poignée de personnes civilisées et va devoir rapidement assimilé quelques règles élémentaires de survie...

Un début plutôt percutant
Un début plutôt percutant
Un début plutôt percutant

Un début plutôt percutant

A la croisée de Gantz et Deadman Wonderland, la manga est fun à lire, possède un grand nombre de personnages à la personnalité unique (mais pas pour autant originale), un coup de crayon propre à l'auteur, un encrage de qualité et un scénario abouti de prime abord. De prime abord parce qu'il est fort possible que le manga ait subi une fin prématurée. Une impression qui se ressent dans les 4 derniers chapitres, conséquence de l'arrivée de l'éditeur maléfique dans l'atelier du mangaka.

- Bon Toshiaki, j'ai une mauvaise nouvelle. La popularité a parlé et Psyren est toujours en chute libre, donc la rédaction a décidé d'arrêter la série.
- Hein ?!
- Désolé...
- Attendez, j'ai encore deux arcs de prévu, si je m'arrête avec le chapitre actuel les lecteurs auront toutes les raisons de nous détester, alors laissez-m...
- Ah, mais on est pas des monstres, on te donne encore un mois pour terminer le manga.
- Un mois ? Mais ça fait à peine 4 chapitres !
- Allons, tu es artiste, on va trouver une solution et puis Tamura-san a peut-être des idées aussi.
- Euh... je suis pas sûr que ce soit la meilleure idée du mo...
- Ah oui, tout à fait Sushi-sama, j'ai trouvé un twist imparable : 
Nemesis Q arrive et lance un compte à rebours. Arrivé à zéro tous les personnages se réveillent sur la planète Shqlux, où un oeil géant les regarde dans le ciel et leur annonce qu'il va détruire la Terre s'ils ne maintiennent pas en incubation l'oeuf de sa femme (Nemesis Q), contenant son fils (j'hésite en Blux et Buul pour le coup), qui sera le nouveau messie de la Te...
- Ouais OK, stop. Finalement tu gardes tes idées pour toi Tamura.
- C'est vrai Tamura-kun, tu veux vraiment couler 
Psyren pour de bon ?

- Ah dîtes pas ça sensei, j'ai plein d'autres idées et puis vous pouvez faire comme Toriyama sensei...
- N'est pas Toriyama qui le veut.
- Et puis c'est pas le sujet du jour, donc tu as des idées Toshiaki ?
- Eh bien je vais suivre l'idée de Tamura kun, Nemesis Q arrive en plein milieu de la tornade et renvoie les héros d'où ils viennent, afin de détruire le mal à sa source... Oui on va faire ça. Je vais trouver une fin plausible avec ça.
- Ah la bonheur ! Bon courage et Tamura... bon boulot.

L'instant Manga #10 : Psyren
L'instant Manga #10 : Psyren
L'instant Manga #10 : Psyren
L'instant Manga #10 : Psyren

La fin est en fait très expédiée et ne tient même pas vraiment debout dans le traitement de ses personnages durant la dernier ligne droite. Par ailleurs, si le scénario est original, son développement, lui, ne l'est absolument pas et s'inscrit directement dans la lignée de n'importe quel shonen. Beaucoup de situations sentent le réchauffé, mais on pourrait pardonner au manga ce genre de problèmes, si les personnages sont bien développés. Eh bien, hum, hey hey, le résultat est en demi-teinte. D'un côté, oui les personnages sont bien exposés et les relations qu'ils entretiennent tous sont abordés sous plusieurs angles grâce aux voyages temporel. Mais de l'autre, certains personnages (Hiryû Asaga, Oboro Mochizuki, Matsuri Yagumo) disparaissent purement et simplement du manga pendant plusieurs dizaines de chapitres avant de réapparaître par un Deus ex machina pompeux. Pour certains ça marche, mais pour d'autres pas vraiment.

D'ailleurs si la fin est vite expédiée, la trame générale n'est pas des mieux construites et quelque part heureusement que le manga s'est terminé au bout de 16 tomes, parce que dans la durée, il est fort probable que les choses auraient pu devenir un gros bric-à-brac scénaristique. Au delà de ça, les péripéties s'enchaînent à un rythme effréné, l'humour fonctionne et les bastons nerveuses font pleuvoir des châtaignes. C'est un bon manga, il faut juste fermer les yeux sur les faiblesses du scénario et l'indigence de la fin (une vraie fin cependant). Même s'il s'est bien vendu (et quoi qu'en dise la page française de Wikipédia), le manga n'a pas eu droit à une adaptation animée ; en revanche deux light novels et quatre drama audio ont été réalisés (c'est moins glorieux, mais ce sont quand même des produits dérivés).

Peut-être que ce n'est pas le manga de référence à mettre sous le sapin cette année, il n'empêche qu'il s'agit d'un sympathique shonen qui se laisse lire avec plaisir durant un week-end, sans avoir besoin de saigner (complètement) son portefeuille.

Une fin à la Alan Wake

Une fin à la Alan Wake

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