Arrival (le film parfait de l'année ?)

Publié le par Corbeau Moqueur

Est-ce un oeuf ? Un cornichon ? Ou une lentille ?

Est-ce un oeuf ? Un cornichon ? Ou une lentille ?

Alors que Lois Lane s'est reconverti dans la linguistique et enseigne dans une université américaine peu débordée, des lentilles géantes volantes apparaissent un peu partout sur Terre. Mais Lois, elle s'en bat le clitoris ! C'est donc toute oisive qu'elle se rend dans son amphi, pour constater avec effarement que celui-ci est vide. Las de subir un énième abandon, elle se replie dans son bureau pour regarder avec morgue les news internationales sur son vieux PC. C'est ainsi qu'elle fait la connaissance du colonel Whitaker. Le militaire au regard torve fait irruption dans son bureau, magnétophone à la main pour lui ordonner de traduire, là, maintenant, tout de suite, un échange verbal avec les envahisseurs. Etant évasive, il lui file une équipe d'experts et l'envoie à la rencontre des aliens sur le site le plus proche, en compagnie d'un professeur de maths. Inutile de dire qu'ils ont intérêt à rapidement trouver un moyen de communiquer, parce que les réactions dans le reste du monde sont assez extrêmes...

Eh bien voilà, enfin. Enfin un film de SF qui innove. Alors que la majeure partie des productions actuelles sur ce genre de thématique se concentre sur l'action nerveuse et le patriotisme dégueulasse à un rythme effréné ; Arrival (ou Premier Contact en français) est beaucoup plus posé, plus intimiste aussi et se penche non sur les humains, mais sur la compréhension, l'ouverture aux autres, les points de vue, la réflexion, bref tout ce qui a trait au langage. C'est intelligent, original, ça marche et surtout ça fait du bien. Le réalisateur a fait un pari risqué, ça va faire un peu écho à ce que j'ai déjà dit pour Alliésmais à l'heure actuelle le cinéma c'est de l'intensité, de l'action, de l'émotion, bien formatés et finalement assez fatigant. 

Arrival est beaucoup plus intimiste dans son scénario et son développement, de même qu'il est très contemplatif (et ce n'est pas un défaut), que ce soit dans les prises de vue, dans son rythme calme et son ambiance sonore, qui est vraiment impressionnante. Autant le dire tout de suite, pour tout ce qui est bande-son, visuel et scénario, c'est de la virtuosité. Le scénario très intelligent, offre beaucoup de possibilités qui sont non seulement bien exploités, mais amènent en plus un twist vraiment surprenant dans la troisième partie. Même si le film prend son temps pour poser ses personnages, les développer, ainsi que la trame et le mystère qui l'entoure, on ne s'ennuie pas et ce, grâce à une ambiance singulière (et ne pouvant plaire à tout le monde) qui nous fait ressentir l'histoire à travers le personnage principal.

Il y a tout un travail qui est mené, pour nous faire ressentir les émotions, le point de vue ou ce que regarde Lois Lane (bon en vrai c'est Louise Banks mais depuis BvS, ça pardonne pas), grâce à des caméras objectifs, un découpage particulier mais un montage de maître et surtout une bande-son magistrale. Johann Johannsson a fait un boulot de dingue, qui paie pas de mine pris isolement, mais qui apporte vraiment un truc en plus au film, que ce soit avec son côté très atmosphérique, l'usage des voix et d'effets plus percutant.

Ce film a énormément de points forts, je vais donc pas tous les lister pour en retenir notamment un : le reste du monde. D'habitude c'est les Etats-Unis et point barre (qui a dit Independence Day), dans ce film on voit les réactions de l'arrivée des envahisseurs à travers les différentes populations, les médias et les gouvernements. Et si les militaires mènent la barque, ce sont véritablement les travaux scientifiques et linguistiques qui prédominent et ce, à travers différents pays.

C'est bien fait, réaliste (je suppose) et apporte pas mal d'éléments de réflexion supplémentaire (pas de gouvernement et/ou de représentant unique pour la Terre entière, pas de langage unique - si on met de côté l'espéranto -...). La direction d'acteur est également irréprochable, même si là encore je trouve le personnage principal bien trop nunuche dans la troisième partie. Troisième partie, ou en tout cas dernière ligne droite, qui aurait mérité d'être un peu plus longue... mais bon, certains diront que l'absence d'action est également un défaut.

La direction artistique est irréprochable
La direction artistique est irréprochable

La direction artistique est irréprochable

Vraiment, je m'y attendais pas et je pense que c'est mon gros coup de coeur de cette fin d'année. La bande annonce si elle est intrigante, ne donne pas spécialement envie et l'annonce entourant ce film était assez minimaliste. Pour l'anecdote, il y avait pas moins de 5 ou 6 logos de production avant ce film, ce qui montre qu'il est vraiment difficile aujourd'hui de trouver des fonds pour tenter quelque chose en SF. Alors j'espère sincèrement que ce film va marcher et que ça va peut-être faire bouger les choses.

En fait, je dirai qu'Arrival se situe dans la lignée ou la continuité de Gravity (que je n'ai pas du tout aimé, mais qui mérite son succès), qui tentait quelque chose sur la forme, plus que sur le fond, mais ça n'engage que moi. Ce film a énormément de bons points et pour une première incursion dans la SF, Denis Villeneuve a fait très fort. Je vous encourage donc vivement à vous déplacer pour le yeuter, parce que c'est sans doute le film le plus original et inventif que j'ai pu voir depuis un bon moment maintenant.

Arrival (le film parfait de l'année ?)

Publié dans Films, le coffre à bobines

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