Misfits (je ne suis pas un héros !)

Publié le par Corbeau Moqueur

Misfits (je ne suis pas un héros !)

Cinq jeunes adultes condamnés pour des raisons aussi diverses que variées à des travaux d'intérêt général, sont frappés par la foudre dès leur premier jour. Suite à ce petit tracas, ils se rendent compte que Dame Nature les a doté de super-pouvoirs. Cool, mais c'est pas comme si ça allait fondamentalement changer leur quotidien, il faut lessiver les murs, le sol et les toits, ramasser les détritus, danser avec les vieux voire plus, se droguer, trier les déchets... Bref, sans un pouvoir savonneux, il faut mener une vie signée David Cage. Sauf que leur agent de probation a lui aussi été frappé par la foudre et y a grillé quelques neurones, puisqu'il va tenter de les assassiner sauvagement. Légitime défense oblige, un bon coup d'extincteur bien placé va répandre sa cervelle sur le carrelage du centre communautaire. Nos 5 godelureaux se retrouvent avec un premier macchabée sur les bras et un meurtre sur les épaules, qu'ils vont tenter de camoufler à la suite d'une série de mésaventures qui va les amener à se faire confiance les uns les autres et faire d'étranges rencontres.

Misfits est une série qui date un peu maintenant, puisqu'elle est sortie en 2009 et s'est achevée en 2012. Pour autant, elle a fait son petit effet dès les premières épisodes en partie grâce à la publicité virale exploitant les réseaux sociaux du public cible, mais surtout grâce à ses personnages particulièrement emblématique et de la jeunesse britannique (décadente diront certains), et du public cible. Anti-héros, mouais (en tout cas dans les 2 premières saisons), mais surtout ados branleurs (wankers) aux actions excessives, ce qui ne manque pas d'éveiller l'intérêt. Un intérêt qui a d'ailleurs été renouvelé durant un total de 5 saisons et malgré un essoufflement certain dans les deux dernières saisons, la série n'a cessé de s'améliorer au fil de sa diffusion (malgré l'évasion graduelle du casting originel).

D'emblée oubliez les séries Marvel Netflix, voire carrément la production cinématographique des super-héros, Misfits c'est pas du tout ça. Les pouvoirs des protagonistes s'articulent autour d'eux et de leur personnalité respective (le timide devient invisible, la bavarde lit dans les pensées, la pouffiasse déclenche des envies perverses...). D'autre part ce ne sont pas les pouvoirs qui font la force de la série, mais les personnages. Misfits est particulièrement réussi au niveau du traitement de ses personnages et des dialogues, qui sont extrêmement bien écrits, car remplis de pocket jokes, de punchlines agréablement vulgaires et d'allusions graveleuses, sortant essentiellement de la bouche de Nathan Young (Robert Sheehan).

La fine équipe initiale
La fine équipe initiale
La fine équipe initiale
La fine équipe initiale
La fine équipe initiale

La fine équipe initiale

Ce personnage au nom très sympa est devenu en à peine un épisode la star de la série, son attitude perpétuellement nonchalante, son sarcasme, son refus d'autorité et son franc-parler reflète la jeunesse britannique actuelle (en tout cas c'est ce qu'on dit) et surtout en font un personnage à l'attractivité ambivalente, qui escamote facilement les 4 autres Misfits (qui pourtant ne sont pas en reste). Alors évidemment lorsqu'il a annoncé son retrait de la série à la fin de la deuxième saison, vous imaginez bien que ça a fait des vagues.

La série aurait d'ailleurs pu s'arrêter là, mais non, quand ça marche on continue. C'est ainsi que dans la troisième saison est arrivé un nouveau personnage au pouvoir bien à lui : Rudy. A sa manière, le personnage est tout aussi barré que Nathan, même si ses allusions et ses lignes de dialogue ne sont pas franchement les meilleurs et prennent un gros coup dans l'aile dans l'ultime saison. Les autres Misfits quittent d'ailleurs la série à la fin de la saison 3 (sauf Curtis, qui se fait éjecter salement dans la 4ème saison) et laissent la place à une nouvelle équipe, pas forcément en-dessous de la première, mais victime d'une baisse de régime dans les deux dernières saisons (à mon sens uniquement la 5ème d'ailleurs, la 4ème ayant quand même deux épisodes particulièrement déjantés et mémorables).

Mais quelque soit la saison, les acteurs sont excellents et leur développement aussi ingénieux, qu'imprévisible. Au passage, préférez la VO à la VF, non que cette dernière exceptionnellement mauvaise, mais parce que l'anglais parlé dans cette série possède un accent bien particulier (peut-être de banlieue). En français, on a pas l'accent chav de Kelly, ni les "r" si particulier de Finn et ce serait dommage de se coltiner une VF assez caricaturale et des sous-entendus mal traduits.

2ème service
2ème service
2ème service
2ème service
2ème service

2ème service

La série peut aussi se targuer d'avoir une photographie plutôt bien léchée, ce n'est d'ailleurs pas pour rien si les cadrages soignés couplés à des angles de vue bien trouvés parsèment chaque épisode et offrent aux décors une grande valeur. C'est vrai que c'est un peu 50 nuances de gris : l'eau est trouble, le ciel est souvent blanc, les vitres sont mates, les néons priment sur les lampes halogènes, bref l'ensemble est froid, cubique et déprimant, ce qui accentue l'humour dévergondé de la série et son caractère assez trash.

Dommage que les plans sur les bâtiments soient souvent les mêmes (avec un filtre instagram par-dessus)... Par contre, il y a un truc qui m'a pas mal dérangé dans cette série : le flou. Un personnage parle à un autre, PAN du flou derrière, un personnage est assis, du flou autour de lui, un autre regarde dans le lointain, du flou, il marche, flou, flou, et encore du flou. Oui c'est artistique, oui c'est beau, mais c'était nécessaire d'en mettre sur pratiquement chaque plan ? La prochaine fois, limitez un peu l'efficacité des objectifs à bascule, les gars...

Chez Misfits, on aime le flou...
Chez Misfits, on aime le flou...
Chez Misfits, on aime le flou...

Chez Misfits, on aime le flou...

Je suis un peu plus mesuré avec la bande-son. Autant la musique du générique (Echoes de The Rapture) s'inscrit parfaitement dans le cadre de la série, de même que les nombreux titres de rock, punk et trance ; autant les compositions originales, plus atmosphériques, cassent nettement moins le granit. Le vieux synthé façon Gégé dans le garage et son copain Pedro au looper fait vraiment artisanal, mais d'un autre côté ça apporte une atmosphère pesante qui colle bien avec un certain nombre de situations. Et puis à partir de la saison 2, des thèmes plus grandiloquents (violons virevoltants et choeurs ampoulés à l'appui) ont commencé à se manifester. En fait, tout comme la réalisation elle-même, la bande-son s'est améliorée significativement au fil du temps.

Côté scénario, la série se démerde plutôt bien. Si la première saison fait surtout office d'introduction, chaque saison à sa propre ligne directrice. D'autre part les protagonistes introduits dans chaque épisode et les situations aussi inattendues que bien trouvées, participent au renouvellement de la série. Les pouvoirs souvent délirants ni sont d'ailleurs pas pour rien. Certains épisodes vont même très loin dans le délire, je pense notamment à l'épisode spécial Noël de la saison 2, qui matérialise les 3 clichés de la religion catholique (tout va par trois là dedans) en moins de 40 minutes, avec la sanctification par l'absurde, le capitalisme religieux et la main leste des curés, avec en bonus le micro-pénis de Jésus (d'où l'absence de descendance... malin).

Paroxysme du délire : un lapin blanc en costard psychopathe armé d'un club de golf.

Paroxysme du délire : un lapin blanc en costard psychopathe armé d'un club de golf.

Il faut quand même admettre que vers la fin, l'ensemble commençait sérieusement à partir en sucette. Pour moi la saison 4 n'a absolument pas amorcé le déclin. C'est plutôt dans la cinquième que les choses se sont dégradées : l'humour devient de plus en plus lourd, les allusions de Rudy sont de plus en plus scato (cul = drôle), la direction scénaristique est un peu aléatoire et finalement la fin elle-même est mal mis en scène. Techniquement la série aurait pu parfaitement se terminer à la fin de la saison 2 (avant l'épisode spécial Noël) ou la saison 3, mais il semble que la course au pognon n'ait pas de scrupule. Et c'est dommage, puisque la diffusion a dû décevoir pas mal de fans ou le public en général, alors que les scénaristes avaient les moyens de terminer en beauté. C'est pas mauvais, c'est même plutôt bon, mais comparativement au reste de la série c'est en-deçà, heureusement ils se sont arrêtés pendant qu'il était encore temps.

Voilà, pour tout vous dire je n'avais jamais entendu parler de cette série avant qu'une personne fort sympathique me la conseille... un an plus tôt. Oui ben ça va ! Des séries je me suis mis à en regarder plein ces derniers mois et j'avais "un peu" oublié Misfits. Je dois bien admettre que c'est vraiment une très bonne série avec un bon rythme, des personnages agréables à suivre (un peu trop sages dans les deux dernières saisons) et des dialogues percutants. Honnêtement, si vous ne connaissez pas, foncez. Un "remake" ou portage américain prévu depuis 2011 va voir le jour sur la chaîne Freeform et je veux pas faire mon conservateur, mais ça va nettement moins cartonné que la version anglaise, puisque la version US (qui semble n'avoir rien compris aux raisons du succès) risque d'être moins trash et plus affable que sa consœur et franchement dans Misfits, ça passe pas.

L'agent de probation est en quelque sorte le running gag de la série, celui-ci est un peu particulier mais bon dieu qu'est ce qu'il chante bien !

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