Les animaux fantastiques (la surprise de l'année)

Publié le par Corbeau Moqueur

Les animaux fantastiques (la surprise de l'année)

Contrairement à ce que nous indique nos manuels d'histoire, les années 20 c'était pas la joie. Le monde était sous la menace du sorcier Grindelwald et New York faisait face à une crise prématurée. Une entité mystérieuse semait le chaos dans les rues de la ville et un groupuscule fanatiques des Non-Maj' (équivalent américain des Moldus) essaie tant bien que mal de dénicher la communauté des sorciers. Et au milieu de ce grand pandemonium, il y a Newt Scavander (Nobert Dragonneau en français), sorte de zoologiste dont tout le monde rêve et venu en parfait touriste faire son marché sur le territoire américain. Malgré son statut renommé, il est très noeud noeud et ne va pas tarder à se faire remarquer par le Ministère local (le MACUSA) en libérant accidentellement les bestioles qu'il avait stocké dans sa valise. Accompagné d'une télépathe aguicheuse, d'un moldu apathique et d'une aurore intérimaire, il va tenter de (re)capturer ses animaux et se retrouver contre son gré dans une trame narrative dans laquelle il n'avait pas souhaité être.

Retour dans l'univers de J.K. Rowling, cette fois-ci non plus sur le sol britannique mais en territoire américain et près de 70 ans avant les événements de la saga Harry Potter. Dans ce qui s'annonce comme étant une nouvelle trilogie, nulle école de sorcellerie (juste une allusion), nulle petits malandrins fugueurs à écouter placidement et nulle prophétie fumeuse à l'horizon. Non, ici on a l'auteur des Animaux Fantastiquessa petite bande, un "nouvel" antagoniste surpuissant et l'univers qui a fait rêvé ma génération. La bonne nouvelle c'est que ce qui semblait être un énième produit dérivé commercial sur le sorcier balafré, est en fait un très bon film, avec un décor très riche et une trame considérable. Le bémol, c'est que le film propose trop de contenu, ce qui a des conséquences sur l'articulation des différentes intrigues du métrage et du traitement des personnages.

L'univers, tout le monde le connaît et même en étant parfaitement ignorant, le film ne prend personne pour des jambons, puisque l'utilisation des éléments magiques se fait en générale logiquement (en générale parce qu'il y a des trucs bizarres quand même) et est mis en scène de manière concrète (c'est à dire moins d'explication sur le fonctionnement des choses et plus de pratique). Comme on est sur le sol américain, les choses sont un peu différentes et le film fourmillent de bonnes idées novatrices à ce niveau là, que ce soit à travers la relation entre les Moldus et les sorciers, les problèmes de société ou le MACUSA. Pour rester dans les bonnes idées, il y a tout ce qui est fan service. En général, ce genre de chose peut plomber un film en moins de deux (Star Wars VII), ici le travail est fait plus intelligemment, puisque ça passe par des références, des dialogues ou quelques éléments, sans compter les créatures fantastiques en elles-mêmes qui sont (trop) nombreuses et qui étaient, à l'inverse, évoqués dans les Harry Potter.

Puisque je parle des animaux en eux-mêmes, je vais parler de quelque chose qui m'a pas mal dérangé dans ce film, à savoir la cohérence du scénario. D'un côté on a tout un décor en proie à une crise majeure et de l'autre on a Scavander qui court après les créatures qui lui ont échappé. Les créatures sont bien faites, tout comme les effets spéciaux du film en général, le problème c'est que le zoologiste n'a pas l'air de savoir lui-même combien de bestioles il possède dans son zoo portatif et combien lui ont échappé (et voilà on les a toutes, ah non il en reste une... encore).

D'autre part, à force d'en montrer trop, le film a un coté assez confus, à tel point que je me suis demandé si une des créatures provenait vraiment de sa mallette (celle qui est invisible, qui pour ne rien arranger à un comportement assez inexplicable malgré justement des tentatives d'explications). Ce côté confus, vient de la superposition des deux trames (voire trois) narratives, en fait comme il n'y a pas vraiment de lien direct entre les animaux de Scavander et les ravages de New York, voire carrément la trame principale de la trilogie, le personnage se retrouve projeter là-dedans un peu n'importe comment. Ce qui est d'ailleurs emmerdant, dans la mesure où les animaux en eux-mêmes servent au bouquin de Scavander, mais absolument pas la grande histoire de cette nouvelle saga.

la star du film ?

la star du film ?

Ce qui m'amène à parler des personnages en eux-mêmes. Finalement le casting est judicieux, Eddie Redmayne est plus que convaincant dans le rôle du zoologiste maladroit, ce qui est une bonne surprise parce que je le voyais vraiment mal dans le rôle. Les autres acteurs sont pleinement investis et mine de rien il y a un sacré casting : Colin Farrell (inattendu), Samantha Morton, Jon Voight, Katherine Waterston et... Johnny Depp (2 répliques, vive le cachet). Je retiendrai personnellement Ezra Miller pour son rôle difficile et Dan Fogler, qui représente 80% de l'humour du film (avec succès, ses gimmicks sont excellents). Dommage maintenant que les personnages ne suivent pas toujours, le gros moldu qui comprend rien ça va une fois, deux fois, trois fois, bon maintenant ça suffit, on a compris, arrêtez d'appuyer le trait. Pareil pour les deux sorcières qui accompagne Scavander, leur développement respectif est bancal. On comprend par exemple grosso modo que la télépathe appartient à une "race" différente et puis... et puis c'est tout.

Celui de Colin Farrell est vraiment étrange, on comprend pas vraiment ses motivations, ni comment fonctionne sa magie (un coup à la baguette, un coup sans, à l'image de l'utilisation de la magie dans ce film) et le twist qu'il nous dédie à la toute fin sort, mais vraiment, de nulle part. Plus problématique, Grindelwald. Ce personnage est évoqué dans le 7ème Harry Potter et moi même je m'étais dit c'est dommage qu'on ne le voit pas plus que ça, c'est d'ailleurs ce que pas mal de fans pensaient aussi. Le voeu est réalisé puisqu'il est l'antagoniste de cette nouvelle saga. Sauf que, le personnage a vraiment (et je pèse mes mots) l'introduction la plus mauvaise qui soit. En fait, il aurait été plus judicieux de ne pas le mettre dans ce premier film et se contenter de nous teaser sa présence, là c'est vraiment il arrive, il repart et c'est tout. D'ailleurs, je vois vraiment pas à quoi Scavander va servir après ce premier film. A la fin il a atteint son statu quo et l'histoire pourrait s'arrêter là. 
J'ai dans l'idée que ce gros cafouillis narratif soit dû à pas mal de revirements dans le script (souvenez-vous initialement ce devait être un seul film).

Non ce n'est pas un fusil à pompe

Non ce n'est pas un fusil à pompe

Tout ça c'est pour les défauts, parce qu'après qu'on soit fan ou non de l'univers d'Harry Potter ce film a toutes les qualités pour plaire à tout le monde ; c'est juste qu'à terme, je ne vois pas comment on pourrait faire une suite avec le personnage de Scavander. Après niveau effets spéciaux, direction d'acteur, photographie, univers, il n'y a rien à redire, c'est très bon. La 3D est d'ailleurs très bien rendue (en grande partie grâce aux animaux) et je suppose que si on va le voir en "2D" on doit vraiment avoir le sentiment de rater quelque chose (en tout cas ça l'est). Autre point, la musique. Classique, mais efficace (l'accompagnement des différentes séquences est très réussie) et quelques thèmes sympas ressortent (celui jazzy du moldu apporte une touche d'authenticité au décor), pour faire le lien James Newton Howard (qui remplace John Williams maintenant semble-t-il) a d'ailleurs réutilisé le thème d'Harry Potter.

Il semble aussi que J.K. Rowling est envie de suivre l'âge de son lectorat d'antan, parce que la trame est finalement plus mature. Les décors cette fois urbains, sont plus sombres et oppressants et s'inscrivent dans la lignée des derniers Harry Potter. David Yates a fait du très bon boulot côté réalisation et a poussé le souci du détail très loin. Par contre à côté de ça, l'humour est assez potache et passe par le niffleur et le moldu, qui a d'ailleurs pratiquement volé la vedette de Scavander, tant son traitement est plus abouti. Il aurait d'ailleurs été plus intéressant de découvrir la sorcellerie américaine à travers Scavander (un britannique à New York) et non à travers le moldu (du déjà vu again).

En fait, ce film m'a effectivement donné envie d'en voir plus, mais pas plus de Scavander qui n'a pas été suffisamment développé (juste deux trois dialogues superficiels sur sa femme, une Lestrange pour le fan service). Je me demande d'ailleurs vraiment si les animaux vont servir à quelque chose dans la suite... Ah et sinon, vous avez peut-être remarqué que j'emploie le nom anglais et non l'appellation française (qui apparemment est un nom de plume). Dans ce film et comme dans toute l'Oeuvre de J.K. Rowling finalement, la version française a tout traduit, que ce soit les noms ou les créatures, ce qui évidemment n'est pas des plus judicieux. A vous de voir maintenant si vous préférez la traduction française ou les termes de l'auteure.

En tout cas, l'univers est là, solide et détaillé, la trame est posée (laborieusement, mais posée quand même). C'est un bon divertissement, beaucoup plus convaincant que ce pseudo 8ème Harry Potter (qui pour le coup est un gros objet commercial sans intérêt), reste à savoir maintenant ce que la suite nous réserve.

Parce que la saga carbure trop au "ta gueule c'est magique !"

Publié dans le coffre à bobines, Films

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