Le point sur... Amaranthe

Publié le par Corbeau Moqueur

Le point sur... Amaranthe

Vous aimez la pop ? Vous aimez le Heavy Metal ? Et vous aimez encore plus le Death Metal ? Alors, vous allez apprécier Amaranthe... je pense... quoique... L'arrivée d'Amaranthe sur la scène du Metal a soulevé autant de moqueries que de sourires compatissants (oui, c'est mignon mais vous allez pas faire long feu). Il n'empêche que le groupe est parvenu à s'imposer en préservant ses intentions (mélanger pop, metal, éventuellement metalcore et eurodance) et a sorti hier son quatrième album.

Le groupe s'est formé en 2008 sous le nom d'Avalanche, avant de prendre le doux nom potager d'Amaranthe en 2009 (Avalanche étant déjà pris). Il y a des suédois et des danois, mais leur particularité ne réside nullement là-dedans, pas plus que leurs rencontres, puisque c'est dans sa composition que le groupe se démarque des canons classiques. Amaranthe dispose de 3 chanteurs aux voix bien différenciées : Elise Ryd pour la voix pop, Jake E pour la voix plus Power (ou Heavy selon ses envies) et Andy Solveström pour le growl, remplacé maintenant depuis 2013 par Henrik Englund (tout lien de parenté avec Robert Englund serait purement fortuit). La caractéristique d'Amaranthe consiste à prendre des structures type pop, pour y rajouter le style du Death mélodique, du Power et/ou du metalcore. Dans les faits, le mélange est pas toujours réussi, des fois ça passe comme un timbre sur une lettre, d'autres fois comme une lettre à la poste (sans le timbre) et quelques fois la poste crame.

Les avis et critiques sur ce groupe sont très variés, tantôt on crie au scandale, tantôt à un sous-genre du metalcore, parfois on parle d'un style à part, mais des fois c'est simplement une démarche commerciale. En un sens c'est une démarche commerciale, comme le (la ?) pop-metal, mais il est vrai que la mise en scène des clips est souvent très proche de ce qu'on a coutume de voir dans l'eurodance ou le R'n'B moderne. Sans compter qu'avec un format FN accrocheur (rarement plus de 3 min) et une musique "plus dans l'air du temps tu meurs", on peut difficilement parler de prises de risque. J'ai moi-même du mal avec Amaranthe, certaines chansons sont effectivement réussies (Digital World, The Nexus, Invincible, Dynamite, Supersonic), mais d'autres sont complètement ratées (le mélange est mal dosée ou le growl ressemble à un petit roquet hystérique). Par ailleurs la démarche me plaît moyennement, certes ça permet d'attirer et/ou d'initier un public plus large au Metal, mais de l'autre ça gagne en popularité, ce que le Metal perd en profondeur.

A vous de juger

Comment dire, le Metal c'est quand même un style qui est pas toujours facile à appréhender, surtout pour un dérivé du rock. Alors il y a des groupes qui proposent effectivement des sonorités putassières et des paroles à la mord-moi-le-noeud, mais c'est pas pour rien si le genre jouit d'une image assez dark : c'est lourd, ça a de la substance et ça déboîte. Et quand on voit ce que fait Amaranthe, il y a de quoi être hérissé. Ceci étant, il y a aussi matière à s'interroger, après tout beaucoup de genres musicaux se mélangent et le Metal n'en est pas exempt (je pense notamment à Enter Shikari, ou au genre metalcore lui-même).

Alors après tout pourquoi pas, sauf qu'une voix féminine aussi electro-pop, c'est du jamais vu entendu et franchement je suis aussi tenté de dire que ça n'a rien à faire là, sauf à la limite en première partie voire simplement pour chauffer la salle... Et dire qu'Elise Ryd a failli être la remplaçante de Tarja Turunen, je me demande franchement ce que ça aurait pu donner... Je ne remet absolument pas en cause le talent de la chanteuse, qui en plus a montré à travers de nombreuses collaborations et interventions qu'elle a parfaitement sa place dans le genre, c'est juste que les sonorités globales, propulsées le plus souvent par sa voix sonnent plus comme de l'eurodance sur lequel les accents Metal viennent déteindre. Mais c'est un débat qui n'a pas fini de s'étendre et de diviser, donc merde !

Dans le genre trois voix différentes, cette chanson de Kamelot est tout aussi éloquente : Amaranthe + Arch Enemy + Kamelot

Leur premier album, sans doute leur plus difficile à ce jour, a divisé et posé les bases de leur style. Le deuxième a été incendié par nombre de critiques, notamment la Grosse Radio, qui considérait visiblement que le groupe n'avait plu à exister passé le premier album. Le troisième est à mon sens une bonne purge : un bon développement, tout en préservant leur petit confort. Et enfin est arrivé Maximalism, que j'ai écouté entièrement et qui... m'a causé quelques facepalm et en même temps, m'a surpris à fredonner quelques refrains dans les jours qui ont suivi (Supersonic en tête). Donc, vous l'avez compris, les deux derniers albums seront à l'honneur pour la suite.

Glip... C'est du Metal, j'y crois... surtout avec la chorégraphie des danseuses.

Le point sur... Amaranthe

Je ne dirai que Massive Addictive est leur meilleur album, puisque j'ai à peine écouté deux-trois chansons du premier et les deux singles du second, mais c'est celui qui a un peu développé le style du groupe. Disons qu'à l'inverse de ses prédécesseurs où les voix se retrouvaient souvent empilées comme des boîtes de conserve, l'instrumentation de cet album est plus carrée et aérée. Globalement, l'album est plus équilibrée, même si l'ensemble a un air de déjà-vu et que certaines chansons sont redondantes (Unreal et Ordinary Abnormality). D'ailleurs, l'album propose une ballade absolument optionnelle (Over and Done) car bien trop chouinante et forcée dans les intonations des deux voix claires et franchement bateau dans l'instrumentation. Malgré tout, même en s'ancrant dans un cadre pop, le groupe ne se limite pas à l'insipidité de certaines productions pop actuelles (qui a dit toutes ?!).

En un sens, j'imagine mal Sia chanter là-dessus.

Quelques titres sortent du lot : Digital World et Drop Dead Cynical qui non content de disposer d'un refrain entêtant et de sonorités electro-pop, ont quelques petits éléments indus, même si l'ensemble sonne quand même sacrément comme du metalcore sous le dance-floor. On peut retenir aussi Dynamite pour son solo et son sympathique pont vocal + basse lourde, Trinity pour ses éléments piqués au metalcore et l'équilibre judicieux entre les voix. Ce qui est dommage avec cet album, voire même le groupe, c'est l'immédiateté de la musique. Pas besoin de seconde écoute pour appréhender un peu le contenu, tout est d'emblée carré et sans surprise : riffs efficaces, solos appliqués, escadrille de samples, couplets et refrains interchangeables. En fait, ça manque d'originalité. J'ai pas écouté beaucoup de chansons des deux premiers albums et pourtant je sens la redite, nulle doute qu'Amaranthe va devoir se bouger un peu pour éviter de lasser les fans et le grand public.

Rouge = plus violent ? Pas sûr...

Rouge = plus violent ? Pas sûr...

Maximalism est un album nettement moins mesuré que son prédécesseur. Il semble que le groupe soit las des multiples attaques et du besoin perpétuel de défendre sa place, alors ils se sont fait plaisir. Déjà, Amaranthe a fait littéralement exploser ses ambitions mélodiques : plus de synthé, plus de guitares, plus d'électro, plus de heavy, un peu de R'n'B, des chansons courtes et entêtantes. Bref tout est plus gros et l'album porte bien son nom. Pas vraiment d'originalité cependant, mais pas non plus de grosses longueurs puisqu'il semble que le groupe ait pris un tournant plus métallique.

On retrouve la traditionnelle structure en couplet, refrain (x2), point, refrain, mais même si ça reste classique, ça reste efficace : les lignes mélodiques sont abouties (même si les intonations Elize Ryd me hérisse toujours) et les chœurs sont énergiques. Alors oui, c'est pas parfait, il suffit de voir et d'écouter That Song pour reconnaître que les parti-pris ne sont pas toujours judicieux. Et puis je veux bien être gentil, mais quand c'est too much, c'est too much : regarde cette rythmique, c'est efficace et ça fera penser à Queen (la Grosse Radio va s'en donner à coeur joie, étant donné que ses chroniqueurs adorent voir du plagiat partout), rajoute une choré de pouf ça aguichera les gens et tiens on va mettre un solo, parce que c'est du metal, faut pas déconner, ah et puis tiens on va prendre des plans urbains, ça fera branché.

Le clip n'est pas d'eux. Je précise c'est tout.

Dans la même veine, on peut noter aussi Limitless et Endlessly (malgré le solo de gratte ventripotent), qui sont bien en-deçà du reste. Mais si on écarte ces titres, eh ben c'est du bon boulot, je dois bien admettre. C'est toujours aussi catchy certes, mais c'est plus lourd (Faster, Fury) et si la chanteuse a toujours tendance à éclipser ses deux confrères, elle donne plus de relief à sa voix. Les chansons Boomerang et Supersonic sont pour moi leurs titres les plus accrocheurs, entraînants et débordant d'énergie à ce jour. Mention spécial pour Supersonic et son growl limite slamé, ainsi que la voix plus lyrique d'Elize Ryd.

En somme, c'est moins pop, plus Metal et plus electro, ce qui honnêtement me va. Maximalism ne va pas rebuter les fans et va peut-être attendrir les headbangers (bon ça j'en doute), en tout cas c'est sans doute leur meilleur album à ce jour. Reste maintenant à espérer qu'ils ne fassent pas machine arrière dans l'épisode suivant. 
Juste comme ça, Amaranthe sera à Paris le 3/11 prochain pour sa tournée massive, en compagnie de Smash Into Pieces et... Sonic Syndicate... il n'y a que moi pour penser qu'Amaranthe s'accorde mal avec les deux autres (surtout le dernier)...

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