L'instant Manga #9 : Gintama

Publié le par Corbeau Moqueur

Bienvenue à Bordelland !

Bienvenue à Bordelland !

Gintama est un shonen, écrit et dessiné par Hideaki Sorachi et publié par Shueisha dans le Weekly Shonen Jump depuis le 8 décembre 2003. La série comporte à ce jour 65 tomes au Japon et 40 en France sous la bannière de l'éditeur Kana (édition initiée en 2007). Si en France l'iconographie du manga est en grande partie portée par la sainte Trinité et les cas particuliers (One Punch Man pour n'en citer qu'un), Gintama est extrêmement connu au Japon, puisqu'il figure en 5ème position des mangas les plus vendus de tout les temps (soit derrière One Piece, Naruto, Bleach, Full Metal Alchemsist). Par ailleurs ses chiffres de ventes dépassent allègrement les 2 millions d'exemplaires et le manga a connu une ribambelle de produits dérivés : Light novels, jeux vidéo, OAV, animé (plus de 315 épisodes actuellement), deux films d'animation et j'en passe.

Et dire que ce manga devait initialement être deux one shot et puis basta. En fait, peu après être diplômé, Hideaki Sorachi a cherché du travail avant de se rabattre sur sa passion d'enfance : le manga. Il a fait un one shot (Dandilion) qui l'a fait connaître et eut son petit succès. Avant de se jeter à corps perdu dans le "scénario" de Gintama tel qu'on le connaît maintenant, le mangaka souhaitait réaliser une oeuvre un peu dans la même veine qu'Harry Potter, sans binoclard balafré mais avec une école de sorcellerie comme élément principal. Sauf qu'après plusieurs essais, ça rate et il finit par prendre la base du scénario pour faire Gintama. Le manga n'a d'ailleurs pas embrassé immédiatement le succès et faillit s'arrêter au bout de quelques chapitres. Son entourage n'y croyait d'ailleurs pas plus que le public en affirmant que sa connerie n'allait pas durer plus de deux tomes (sympa les potes). Heureusement, passée la première année et l'univers bien mis en place, le succès a commencé à se manifester, pour finalement exploser en 2005.

L'instant Manga #9 : Gintama
L'instant Manga #9 : Gintama
L'instant Manga #9 : Gintama

De prime abord, le scénario de Gintama est assez funky et a tout du nekketsu ordinaire... Pfft, oh vous êtes loin du compte, mais alors très loin. La force de Gintama est un peu similaire à Beelzebub dont j'ai parlé la dernière fois : l'humour. Alors on a les bases d'un scénario, qui s'inscrit dans une uchronie totalement abracadabrantesque, avant de disparaître durant environ 10 tomes.

Au Japon, durant l'ère Edo (1600 - 1868), des extraterrestres appelés les Amantos ont débarqué sur Terre avec une technologie très avancée et à la suite d'une guerre particulièrement meurtrière ont fini par vaincre les samuraïs et interdire le port du sabre. Le monde a depuis subi une futurisation radicale dans laquelle culture traditionnelle et anachronismes (internet, TV, véhicules motorisés et antigravitationnels, jeux vidéo et autres joyeusetés) se cotoient pacifiquement. Sauf que certains humains s'obstinent à toujours porter leur sabre dans leur moindre déplacement et c'est le cas notamment de Gintoki Sakata, un ancien samuraï particulièrement excentrique, que les avancées technologiques n'ont pas arrangé. Purement par hasard, il aide une binoclard (non balafré) à se débarrasser d'une bande d'Amentos, puis la sœur de celui-ci, suite à quoi Shinpachi Shimura (le binoclard) deviendra son employé dans son agence à tout faire. Ils seront plus tard rejoints par Kagura, une adolescente extraterrestre à la force surhumaine, ainsi que Sadaharu, un chien aussi gros qu'une vache. La joyeuse bande va devoir accomplir (ou non) tout un tas de missions pour gagner son riz et côtoyer plusieurs organisations plus ou moins amicales vis-à-vis des Amentos.

Avec un tel scénario vu et revu, on imagine déjà le héros devenant de plus en plus fort, castagnant de l'Amento à la chaîne et se faisant moult amis... Mais en fait non. Une fois l'univers posé, le scénario est éclipsé par l'humour du manga. Au bout d'un ou deux tomes, j'étais moi-même en train de me demander ce que j'étais en train de lire. Gintama est en fait un gag manga, qui carbure à l'humour absurde, souvent via la répétition, ainsi que la parodie de la culture otaku et la culture japonaise traditionnelle. Certaines revues occidentales considèrent d'ailleurs que l'humour du manga est "bizarre" et "étrange", conséquence de la parodie de la société japonaise, à laquelle les lecteurs étrangers s'identifient peu et des blagues difficiles à comprendre (souvent à cause d'une traduction très littéraire des éditeurs).

Quel scénario complexe !

Quel scénario complexe !

Mais moi j'aime bien l'humour débile, je dois être un peu japonais sur les bords, mais les ninjas bigleux ou souffrant d'hémorroïdes, les shinigamis suicidaires, les chats qui parlent et sa battent avec leur queue, les globules despotiques, les gorilles, les voleurs de culottes, les revenants attardés et les ruptures du quatrième mur me font bien marrer. Sans compter que les parodies des mangas et autres autres artefacts de la pop culture japonaise sont un bonheur pour n'importe quel otaku : One Piece, Bleach, Naruto, Dragon Ball, Kuroko's Basket, Gundam, Albator, Saint Seiya, Le voyage de Chihiro, Assassination Classroom, Death Note... il y en a pour tous les goûts et c'est vraiment cool. Alors autant le dire tout de suite, si l'humour un peu pipi caca popo et la sexualité désenchantée vous rebute, passez votre chemin. Parce que oui, dans Gintama il y a du cul, ce qui est assez curieux pour un shonen, il n'empêche qu'il y en a, le manga n'hésite par ailleurs pas à aborder des thématiques plus graves ou mélancoliques au fil des chapitres (avec en tête l'obsessionnelle urgence des sociétés actuelles).

Et puis d'un coup, alors qu'on se farcit un singe lanceur de merde, un concours de jeux vidéo débile (avec des références à peine voilées) et une bataille de boule de neige effrénée... BAM, un arc absolument épique, de quelques chapitres à un ou deux tomes, qui conservent l'humour de la série et se paient le luxe de placer quelques séquences émotionnelles et de grosses effusions de sang. Et ça marche, le scénario est abouti, la mise en scène réussie, sans compter que l'effet de surprise en maximise l'impact et que les révélations vont bon train. D'autre part les personnages qu'on a eu tout le loisir de suivre au fil des chapitres, se retrouvent littéralement métamorphosés, notamment Gintoki, qui s'il est un raté dans son quotidien, devient outrageusement bad-ass lorsqu'il dégaine son sabre. Les personnages bénéficient d'un bon développement durant ces arcs et une plus grande profondeur, par conséquent on prend plaisir à les suivre et on s'attache à eux.

L'instant Manga #9 : Gintama
L'instant Manga #9 : Gintama
L'instant Manga #9 : Gintama

Des personnages, il y en a énormément. Le manga est un creuset improbable de la culture japonaise, si bien que chaque personnage (y compris les secondaires) bénéficient d'une personnalité unique. Outre le quatuor de base, on peut citer parmi les gueules atypiques Isao Kondo le commandant du Shinsengumi, la police spéciale du Shogunat (basée sur une véritable organisation) et son image de gorille qui lui colle à la peau, Toshiro Hijikata et sa passion pour la mayonnaise, Sougo Okita le psychopathe, Kotaro Katsura qui fait une fixette sur son nom et endosse toute sorte de déguisements (son favori, Captain Katsura est un plagiat à peine voilée d'Albator) ou encore son "animal" Elizabeth, le mystère de la série...

La charismatique Elizabeth

La charismatique Elizabeth

J'ai quand même un faible (comme beaucoup) pour Taizo Hasegawa, que tout le monde appelle Madao (un acronyme japonais peu flatteur, signifiant littéralement : vieil homme inutile et chômeur), qui passe du statut d'agent spécial à celui de clochard malchanceux. Tout comme j'ai aussi un faible pour le Shogun. Visiblement Hideaki Sorachi s'est dit que tant qu'à aller dans la parodie, autant le faire jusqu'au bout et le Shogun prend cher, très cher même. A chaque fois que ces deux personnages sont présents, on sait qu'on va bien se marrer, même si ils ne constituent qu'une ou deux gouttes d'eau dans un océan nawak.

L'animé est tout aussi efficace que le manga. Sa mise en scène est simple mais efficace durant les épisodes normaux et envoient franchement la purée durant les arcs plus sérieux. Sa diffusion a commencé en 2006 et n'a pas cessé depuis de s'améliorer (je ne sais pas en revanche s'il a été arrêtée pendant un temps, mais les personnages du manga ont plusieurs fois chambré la chose dans certains chapitres). Certes l'arrivée du 16/9 s'est faite attendre (et Gintoki a cassé pas mal de béton dessus dans un épisode), mais les derniers épisodes sortis à l'heure actuelle en ont clairement à revendre.

D'autre part, à l'instar du manga, la rupture du quatrième mur est tout aussi présente et adaptée au format vidéo, ainsi dans certains débuts d'épisode, les personnages déconnent sur les spectateurs et la production durant un plan fixe sur la maison ou eux-même pendant 5 minutes faciles. L'autre gros point fort de la série d'animation (en plus de l'humour adapté) réside dans sa bande-son, car outre les doubleurs pleinement investis dans leur tâche (en tout cas en japonais), la musique est de qualité et les openings sont clairement au-dessus de la moyenne (et il y en a beaucoup, 17 si je me trompe pas)

Allez savoir pourquoi, mais la 5ème s'est naturellement imposée à moi.

Bref, Gintama est un manga atypique que je ne serai que conseiller à tous ceux qui apprécient ou découvrent l'univers du manga, surtout que la série est très populaire au Japon et qu'on l'ignore royalement en France. Par contre si vous êtes un doux éphèbe honnête et vierge de tout péché, vous allez devoir mettre la main à la poche, voire carrément saigner votre portefeuille : 40x6,85 = ouille. Vous pouvez aussi visionner l'animé, que certains jugent supérieure (remarque subjective), si vous voulez regarder quelques épisodes en tout tranquillité rendez-vous ici (j'aime pas le capitalisme et Shueisha est plein aux as) et pour quelques chapitres du manga, rdv ici.
Au passage, le personnage de Gintoki est d'ailleurs tellement célèbre, qu'il bénéficie d'une place au soleil dans nombre de cross over vidéoludiques, notamment J-Stars Victory VS +. 

Jeu pas terrible, mais opening qui dépote

Commenter cet article