Doctor Strange (la nouvelle star de Marvel ?)

Publié le par Corbeau Moqueur

Il est venu marchander

Il est venu marchander

Steven Strange, personnage cynique, à l'ego surdimensionné et l'esprit étriqué est un neurochirurgien talentueux menant une vie arrogante dans son hôpital, en privilégiant les interventions susceptibles de lui apporter une notoriété déjà bien enflée. Sa vie bascule la nuit où il fracasse sa Lamborghini et perd l'usage de ses mains. Après avoir dilapidé son argent, passé ses nerfs sur sa copine, insulté ses aides-soignants et perdu toute espoir de guérison, il va mettre son ego de côté et apprendre les arts mystiques teinté d'occultisme et de karma shaolin pour recouvrer l'usage de ses mains et sauver au passage la planète bleue.

Très attendu depuis sa première annonce, Docteur Strange est un personnage et un univers que je ne connaissais absolument pas avant de voir ce film... que je n'attendais d'ailleurs pas plus que ça. Pourtant, après les scènes planquées dans et après le générique, on ressort plus que satisfait de sa consultation. Déjà la première chose qui saute aux yeux aussi bien dès les premières scènes : la mise en scène décoiffe. En fait, ce qui m'intéressait le plus dans ce film c'est cette espèce d'imbroglio visuel à la Escher dans lequel les personnages se déplacent, interagissent et combattent. Dîtes-vous que si vous avez trouvé ça sous-exploité dans Inception, vous allez en avoir pour votre argent ici, surtout en 3D, tant le film regorge de paradoxe visuel en tout genre et exploite la profondeur de champ en conséquence. Pas de doute, visuellement c'est le plus beau de tous les Marvel à ce jour.

Ce qu'on aurait aimé voir plus souvent dans Inception
Ce qu'on aurait aimé voir plus souvent dans Inception

Ce qu'on aurait aimé voir plus souvent dans Inception

Si la mise en scène dans les séquences de bougeotte est excellente (quoiqu'un peu confuse dans la dernière ligne droite), elle est plus sujette aux incohérences dans sa narration. Celle-ci est classique (et efficace), mais donne lieu à des raccourcis scénaristiques assez étranges (oh oh ho, jeu de mot) avec en tête les POWER UP sans queue ni tête du Docteur, sous la forme de montées en puissance incompréhensibles et de maîtrise des armes mystiques tout aussi inexplicable (Baston/fuite/branlée dans la grosse pomme sous LSD, 10 minutes plus tard, le Docteur revient et surpasse sans raison "l'antagoniste" du film, sans avoir suivi aucun entraînement supplémentaire). En deuxième position viennent des séquences purement incohérentes avec celles qui suivent (alias. la première défense du sanctuaire New Yorkais, sorte de manœuvre paresseuse juste bonne à filer la cape au bon docteur), c'est-à-dire le genre de moments gênants où on en vient à se demander "pourquoi ils n'ont pas fait ça avant ?". Au demeurant c'est pas gênant, juste paresseux parce que clairement il y a des écueils qui auraient pu être évité. Enfin peut-être que je pinaille...

Comme c'est un Marvel, il y a pas mal de second degré, ce qui donne un ton plus léger à l'intrigue, qui elle se prend très au sérieux et risque de rebuter les critiques les plus fermées (qui a dit Télérama ?). Hum, voyons, un multiverse, une dimension maléfique gouvernée par une entité sur-puissante, un moine shaolin ninja pratiquant la magie, un docteur patate, un changement d'ethnie qui va diviser, des projections astrales, du bullshit occulte... je crois qu'on tient le bon bout pour le prochain Avengers ! Les blagues font un peu tâcheron par moment (souvent dû à la VF très plate, qui ne fait même pas l'effort de retranscrire les jeux de mots) mais dans l'ensemble ça fonctionne.

Privilégier la VO à la VF, qui est beaucoup trop lisse

Ceci étant Benedict Cumberbatch qui joue la carte de la comédie et/ou du super-héros bad-ass, j'avoue que j'ai un peu de mal. Alors oui, l'acteur ressemble pas mal au personnage du comics, mais avec sa tronche à mi-chemin entre une patate et une tortue, j'arrive vraiment pas à voir cet acteur dans le rôle d'un "gentil". Cet acteur excelle en tant qu'antagoniste et dans les personnages neutres, antisocial et distant, mais dans un héros (certes exécrable au début du métrage) j'avais quelques réserves je dois l'admettre. Comme d'habitude, il est dans son personnage donc pas de problème, mais... merde ! Benedict Cumberbatch en super-héros de Marvel, quoi ! 

Le comics, l'acteur en comics et l'acteur... y a un air, y a pas dire.
Le comics, l'acteur en comics et l'acteur... y a un air, y a pas dire.
Le comics, l'acteur en comics et l'acteur... y a un air, y a pas dire.

Le comics, l'acteur en comics et l'acteur... y a un air, y a pas dire.

Pour continuer avec le casting, on a droit au méchant le moins classe de Marvel (en tout cas pour un nouveau super-héros, c'est quand même la loose). Entouré de sous-fifres bon à se faire poutrer par un gamin de 8 ans, il est typiquement le genre de personnages qu'on verrait plutôt dans un rôle neutre (vous savez un espèce de mouchard ou de dealer douteux à double facettes). L'acteur essaie d'ailleurs de faire tout son possible pour donner un air maléfique à son personnage, mais les lignes de dialogues qui lui sont échus, ses yeux charbonneux, son maquillage qui vire et les situations dans lesquelles il se retrouve imbriqué, lui donne juste le statut de sous-fifre de Dormammu à la fin du film.

A l'inverse Dormammu, qu'on voit trop peu, mais finalement suffisamment longtemps une fois face à la caméra (grâce au principe de la boucle temporelle), est le véritable antagoniste du film. Bien qu'ayant le statut d'antagoniste sur-puissant dans l'univers Marvel, un simple passage sur Wikipédia suffit pour savoir que c'est aussi une grosse victime, qui passe son temps à se faire avoinner d'un personnage à l'autre. Nulle doute cependant qu'on le reverra, puisque le but de Marvel avec ce film est d'introduire certes un nouveau super-héros, mais aussi et surtout les multiverses.

"Gni hi, je suis méchant", Alias la drag queen démoniaque

"Gni hi, je suis méchant", Alias la drag queen démoniaque

Les liens avec les autres Marvel s'établissent à travers différentes allusions, le (traditionnel) caméo de Stan Lee et l'une des scènes post-génériques (restez bien jusqu'au bout... avec vos lunettes 3D). C'est pas lourdingue, l'intrigue du film se laisse suivre avec plaisir et finalement Docteur Strange, super-héros de seconde zone, qui avait tout pour se planter lui et sa magie, a brillamment réussi son entrée dans le monde des super-héros et peut même chourraver la place d'honneur des étoiles trop rutilantes en place. Point noir du film, qui n'en est peut-être pas un : la bande son (signée Michael Giacchino) est littéralement une resucée des (derniers) Star Trek dans les passages grandiloquents. Inconscient ou non, cet "empreint" est un peu dérangeant à certains égares, pour le reste les influences orientales de l'OST apportent une touche de nouveauté dans une compo très stéréotypée.

Bref, à mon sens un très bon Marvel (qui l'eut cru, certainement pas moi en tout cas), introduisant toujours plus de bordel dans un univers de plus en plus carnavalesque. Je suis vraiment curieux de voir ce que le studio va faire des multiverses à l'avenir... Pour l'heure, on retrouvera donc le bon docteur dans Avengers : Infinity War en Avril 2018, sauf si peut-être les prochains Marvel lui accorde une petite place...

Voilà, ça va plus loin que moi, mais ça rejoint à peu près ce que je pense de l'ensemble du film.

Publié dans le coffre à bobines, Films

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