Victoria (la sexualité est un humanisme)

Publié le par Corbeau Moqueur

Victoria (la sexualité est un humanisme)

La publicité et la majeure partie des avis critiques de ce film sont totalement aberrants. Victoria est vendu(e) comme une comédie française taillée dans le même moule que des Lolo, l'amour c'est mieux à deux et autre un homme à la hauteur, alors qu'il n'en est rien. Le film est en fait une comédie (très) dramatique, asphixiante tant dans sa mise en scène que dans ses propos, où le comique (la plupart du temps pince sans rire) réside dans le verbal et le côté burlesque de certaines situations. Victoria se rapproche en fait beaucoup de Tout de suite maintenant, sorti fin juin 2016.

En fait on rit peu dans ce film, qui tend davantage à se rapprocher du drame pur et dur, à travers la descente aux enfers d'une avocate chevronnée au bord de la dépression nerveuse et en pleine crise sexuelle. Un aspect qui ne risque pas de transparaître dans la bande annonce voulant visiblement ratisser le public le plus large possible, ni même dans son affiche (avec la petite note pute à clic de Télérama qui va bien, pour une fois qu'ils aiment quelque chose ceux là...)

Une bande annonce racoleuse au possible

Victoria Spick est avocate pénaliste. Elle mène une vie de solitude tant professionnelle que sentimentale et peine à s'occuper de ses deux filles. Invitée au mariage de son ami Vincent, elle retrouve purement par hasard Sam, un ex-dealer qu'elle a autrefois défendu et tiré d'affaire. Une rencontre impromptue qui va évidemment servir de ressort scénaristique, puisque le lendemain Vincent est accusé de tentative de meurtre par sa récente compagne, avec pour seul témoin le chien de la dame... Evidemment Victoria accepte (malgré elle) de défendre son ami (givré) et embauche Sam (qu'elle a croisé à nouveau purement par hasard) comme "homme de l'ombre" (en fait comme stagiaire pas payé). Un procès qui marque le début d'une longue descente aux enfers pour l'avocate, dont son ex, un blog, un chien, une guenon et un lapin ne sont pas innocents.

A défaut d'être une "comédie hilarante", décalée et jouissive, la réalisatrice réussit là où beaucoup s'y sont cassés les dents, c'est à dire concilier film grand public et film d'auteur. Si Victoria est effectivement accessible pour la majorité des spectateurs, sa réalisation et son écriture le (la ?) hissent parmi des métrages plus intimistes. Le film est réaliste, un certain nombre de plans manient brillamment le hors-champs et la singularité (l'émotion et le ressenti passent par le corps de Virginie Efira et non sa seule expression faciale) et l'originalité de certaines situations (comme le procès) démarquent le film des conventions habituelles.

Ici pas d'humour facile ou de bêtise ras des pâquerettes, mais des dialogues bien écrits où les allusions sexuelles (explicites ou non) et les propos salés fusent sans complexe. Ceci étant, difficile de crier au chef d'oeuvre, puisque quelques baisses de régime alourdissent le film et mettent en exergue son ton amer. Victoria aurait pu faire un four monumental, si ses acteurs n'étaient pas aussi éclatants. Virginie Efira (la sosie française de Jodie Foster) monopolise l'écran (au sens propre et figuré), est sujette à des critiques dithyrambiques (elle subjugue, elle enchante, elle aimante, merveilleuse, à la folie, elle dévisse un pot de cornichon d'une main, que des conneries mercantiles quoi) et est contrebalncée par un surprenant Vincent Lacoste.

En somme un bon film, qui doit beaucoup à l'interprétation de ses acteurs mais auquel il manque l'étincelle de génie et l'originalité qui le hisserait au rang des pépites inoubliables. Bon et puis il y a aussi des longueurs, j'ai vraiment eu plus l'impression d'assister à une projection de 2h que d'1h36 ! Malgré tout, ça mérite le coup d'oeil, si vous savez appréciez les films français qui savent se démarquer des archétypes pondus pour les prime time de TF1.

Publié dans le coffre à bobines, Films

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