L'instant Manga #8 : Beelzebub

Publié le par Corbeau Moqueur

L'instant Manga #8 : Beelzebub

Beelzebub est un manga dessiné et écrit par Ryuhei Tamura et publié dans le magazine Weekly Shonen Jump de l'éditeur Shueisha, puis compilé en 28 tomes par la suite. Comme beaucoup de shonen une série d'animation a également vu le jour (en 2011) grâce au Studio Pierrot (Point culture: le mot Piero veut dire clown en japonais et dérive évidemment du français, Pierrot, qui était un type de clown utilisé par la Commedia dell' arte). Cette série a rencontré un jolie succès au Japon (tu m'étonnes) et son auteur semble à l'heure actuelle s'en contenter, le reste de ses publications étant des one shot de notoriété moindre.

Contrairement à ce que le titre laisse entendre, il n'est nullement question d'exorcisme, par contre on a bien des démons, ainsi que des gangstas, des lycéens, des pervers, des filles en jupettes, des bébés, des vieux sages, des melons et des cocotiers, bref tout ce qu'on trouve dans un manga WTF. Beelzebub est pas un nekketsu très classique sur la forme, mais qui se moque éperduement des codes habituels du manga, que ce soit à traver son (anti)héros, les nombreuses ruptures du 4ème mur et son humour. Il faut vraiment rentrer dedans, à titre personnel j'ai mis pas mal de chapitres à accrocher (et la traduction désastreuse de japscan n'aidait absolument pas), mais une fois qu'on est entré dans le délire, ça se lit très très bien. 

Bon j'ai assez teasé le pitch donc le voici : on suit la vie tumultueuse de Tatsumi Oga, un délinquant et "lycéen" au "lycée" d'Ishiyama, craint par un nombre croissant d'élèves et de raclures en tout genre. Un jour (au bout de trois pages) alors qu'il s'amusait à torturer un groupe de lycéens qui avait cherché à le tuer, il apperçoit le corps d'un vieil homme flottant sur l'eau dégueulasse d'un fleuve, le ramène sur la rive et hausse un sourcil en voyant le corps du brave homme se scinder en deux pour éjecter un bébé aux cheveux verts, Beel (ou Bell, selon l'humeur des traducteurs). Jusque là rien d'étonnant, à part les cheveux verts de Beel, sauf que ce dernier n'est rien de moins que le fils du Roi des Démons Beelzebub III. Deux pages plus loin, Oga apprend qu'il a été choisi pour être son père et doit donc élever le gosse, jusqu'à ce qu'il ait atteint l'âge de détruire l'humanité (son père biologique étant trop flemmard pour le faire lui même). Oga ne sera pas seul, puisque la nourrice de Beel va venir mettre son grain de sel dans son éducation, lui révélant au passage qu'il mourra s'il se sépare de Beel sur une distance de plus de 15 mètres et que le seul moyen de confier "sa grandeur" à quelqu'un d'autre consiste à trouver une personne encore plus forte et plus mauvaise qu'Oga.

L'instant Manga #8 : Beelzebub
L'instant Manga #8 : Beelzebub
L'instant Manga #8 : Beelzebub

Initialement, Beelzebub n'était qu'une simple blague de comptoir entre Tamura Ryuuhei et son éditeur, ce qui explique en grande partie le scénario très conceptuel du manga. Sauf que cette blague, l'éditeur l'a pris au sérieux et s'est précipité dans le bureau de Toshiaki Iwashiro (auquel Tamura a été l'assitant pour le manga Psyren) pour lui demander son accord... qu'il a accepté. A partir de là, difficile de revenir en arrière avec la formule "c'est une blague", donc le mangaka a dû commencer à mettre ses fantasmes sérieusement sur le papier. Quoi qu'il en soit Beelzebub fait partie de ces mangas où moins il y a de logique mieux c'est et cela passe par le scénario, les différentes intrigues, les personnages (surtout les personnages) et les dialogues. Malgré la présence de démons (que cotoient avec calme et violence des lycéens furyo), le manga se rapproche davantage d'un Gintama que d'un Ao no Exorcist, principalement à cause de son humour.

Un humour assez bizarre parfois, mais qui s'appuie en grande partie sur le non-sens le plus total dans chaque chapitre et repose sur des mécaniques récurrents (le "dah" de Beel et sa nudité en tête). Mais ça marche, surtout lorsque le manga s'appuie sur des éléments de pop culture et que les bastons tournent au n'importe quoi. Le point fort de ce manga réside surtout dans ses personnages, qui développent à leur façon l'intrigue. Chacun d'entre eux a son propre style et leurs relations sont agréables à suivre. Et puis rien qu'aux noms de certains personnages et à leurs personnalités, le manga se démarque très facilement du nekketsu répandu et ne cache absolument pas son côté déjanté.

Alin Dolon (ou Alain Delon, quand les traducteurs ont la flemme) est pratiquement le porte-étendard du bazar ambient : un démon dôté d'un pouvoir de transfert démoniaque, lui permettant (lorsqu'il s'ouvre en deux) de faire passer n'importe quoi/qui entre les différents mondes. Pour ne rien arranger il a le béguin pour Furuichi, l'ami d'Oga et le seul personnage à être faible et ne pas savoir se battre. D'ailleurs comme il suit tout le temps Oga, il se retrouve sans arrêt malgré lui au milieu des bastons à cause des autres personnages, qui eux ne demandent pas grand chose pour péter des dents. En plus de ça, c'est un dragueur raté qui jouit d'une image de pédophile. Voilà, c'est que des trucs comme ça, même les personnages qui paraissent classe de prime abord ont en général un tique et des défauts pas possibles.

L'instant Manga #8 : Beelzebub
L'instant Manga #8 : Beelzebub
L'instant Manga #8 : Beelzebub

Si la trame narrative est très simple (prétexte surtout à la comédie et aux gags), le manga contient un grand nombre d'écarts et multiplient les intrigues saugrenues pour aborder différents thèmes propres au monde l'enseignement secondaire (voyage scolaire, tournoi sportif, saint valentin) et de l'adolescence (jeux-vidéos et amourettes). Mais ne vous attendez pas à quelque chose de profond, c'est du pure divertissement et si vraiment certains ont vu quelque chose de satirique ou réflexif dedans, ben c'est qu'ils ont vraiment une vie de merde. Même les personnages ne sont pas développés : leurs motivations, on s'en carre et leurs passés, idem. Quant au coup de crayon du mangaka, ça casse pas la baraque (d'ailleurs il n'essaye même pas), mais c'est carré et bien dessiné : les perspectives sont bien rendues et les personnages ont chacun leur character design

Il y a quand même un défaut que j'ai noté dans ce manga, c'est la raréfaction des gags au fil du développement de l'intrigue (qui prend de plus en plus d'ampleur, mais qui reste classique) et la répétition de ces derniers jusqu'à l'overdose. Du coup, comme il y a moins d'humour, le manga se prend limite au sérieux, ce qui fait que quand on commence à essayer de dénicher une quelconque profondeur dans le manga, ça fait mal, parce que hormis son côté déjanté, Beelzebub est un nekketsu très classique dans ce qu'il propose... voire moyen. Si on regarde les combats c'est classique et finalement très convenu, mais l'humour véhiculé au travers d'eux fait qu'ils restent efficaces. Alors forcément lorsque l'humour se met en retrait, c'est tout de suite moins fun. Bon là je pinaille, en vrai il est pas chiant le manga, c'est juste que des fois c'est du réchauffé et ça se sent.

Par ailleurs, le manga a un début et une vraie fin (qui correspond parfaitement à l'esprit du manga), même si le combat final (dans la même veine que Dragon Ball) est vite expédié (3 chapitres !!). L'animé je ne l'ai pas vu, le manga me suffit amplement. En revanche, je sais que la fin de l'animé a modifié l'intrigue et supprimé un certain nombre de scénettes. Bref, tout ça pour dire, que j'ai vraiment bien kiffé ce manga et que je le recommande à tous le monde. Dans la lignée de ce truc, vous pouvez aussi lire Gintama

L'instant Manga #8 : Beelzebub
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