Blair Witch (un found footage sans plus)

Publié le par Corbeau Moqueur

Blair Witch (un found footage sans plus)

C'est un remake ? Non, rien qu'une suite ou plutôt la suite du film culte Blair Witch Project, le found footage légendaire qui est parvenu à légitimiser le genre auprès de l'industrie cinématographique avec seulement 60 000 dollars. Longtemps caché (car présenté sous le titre de The Woods) ce Blair Witch 2.0 veut marquer un nouveau départ dans la production des found footage et tenter de rayer définitivement la suite du film de 1999 : Blair Witch 2 la forêt des ombres où la production avait tout simplement viré le principe de la caméra à l'épaule. Mais n'est Daniel Myrick qui le veut et cette version de 2016 souffre invariablement du syndrôme de la comparaison.

Du moins pour la majorité des critiques, parce que film culte ou non, je dois avouer que je n'ai pas vu le film de 1999. Non, Blair Witch Project trône fièrement parmi ma collection de films numériques, mais je ne l'ai pas visionné (à part les séquences les plus connues, dont la fin fait partie). Néanmoins je connais et apprécie pas mal de found footage (REC, Chronicle, Cloverfield, The Visit...), donc je suis pas non plus né de la dernière averse. Or la première chose que je remarque avec ce film c'est qu'il manque déjà d'originalité dans sa trame (Le frère de Heather Truc part à la recherche de celle-ci 17 ans après sa disparition, accompagné de ses amis geeks et deux autochtones du coin. Sauf que le mythe de la sorcière n'est pas un canular et en 15 minutes, ça devient rapidement le bordel) et cruellement d'authenticité. Par authenticité je veux dire de profondeur et de réalisme dans sa production, afin de se rapprocher au maximum d'un véritable documentaire. 

Outre son concept encore peu répandu (mais que l'on trouvait déjà dans Cannibal Holocaust ou C'est arrivé près de chez vous), le film de 1999 s'était entouré d'une aura de mystère sur internet en diffusant des rumeurs sur la bobine et la disparition réelle des trois étudiants du film. Les réalisateurs et l'équipe technique ne ce sont d'ailleurs pas arrêtés là en donnant très peu d'indications à leurs acteurs amateurs (laissant ainsi la part belle à l'improvisation) et limitant les rapports avec ces derniers. Ces conditions de tournage particulières (qu'a d'ailleurs connu Shelley Duvall dans Shining, mais en beaucoup moins funky) ne sont pas innocentes au succès du film. Sauf que ce nouveau Blair Witch n'a rien de tout cela et en passant à un cadrage plus maîtrisé et un budget plus conséquent, on perd l'impression de regarder un enregistrement trouvé (un simple texte en début de film nous l'annonce clairement). Evidemment le réalisateur ne pouvait pas non plus se permettre de se contenter d'un simple camescope ou d'un smartphone, on est en 2016 et ce genre de radinerie se fait rapidement dessouder par les critiques.

Il n'empêche que ce film manque d'originalité. Peu après la séance, je suis tombé sur un article bien mensonger de 20minutes sur les différences entre les deux films, qui a le mérite de montrer tout ce qui coince dans ce film. Outre le fait qu'il y est effectivement moins de buzz autour du film et plus de budget, il n'y a absolument pas d'humour dans ce film (normal c'est un film d'horreur), juste quelques vannes pourries, une saucisse et des faux jumpscares prévisibles. De même si le film laisse moins place à l'imagination que le premier opus, il n'y a pas non plus de gore ou de scènes trashouilles, à croire qu'eux et moi n'avons pas vu le même film. Par contre les fans seront peut-être heureux de savoir qu'on voit la "sorcière"... trois fois... et pendant moins d'une seconde à chaque fois... allez vous faire foutre sérieux ! On serait quand même en droit d'en attendre plus en 2016 avec la technologie déployée par les protagonistes.

Pas de soucis, vous ne risquez pas de voir la sorcière dans cette B.A.

Car 2016 oblige, les protagonistes ont recours à une multitude d'objets électroniques pour filmer chacun de leur fait et geste (camescope, appareil photo, oreillette camera, voire drone). Si l'ensemble apporte beaucoup plus de netteté, de stabilité et une meilleure colorimétrie comparativement à son prédecesseur, reste que certaines scènes ressemblent toujours à un joyeux bordel où les acteurs courent dans tout les sens comme des demeurés. Et puis, et là c'est le problème inhérent au genre, les personnages passent leur temps à se filmer sans raison (je vais pisser - pense à allumer ta caméra, on veut rien rater !). On a bien une vague explication à propos d'un documentaire fumeux, mais grosso modo, c'est comme si vous vous amusiez vous à filmer votre quotidien. Le pire dans tout ça, c'est qu'en dépis de son 1h30 de métrage, j'ai plus eu l'impression d'assister à un film de 2h, tant certains plans sont inutilement longs et chiants. En plus de ça, James Truc fait un petit facecam toutes les 10 mintues pendant le premier tiers pour nous dire combien il est désabusé de ne pas voir sa soeur (tu t'attendais à quoi mec ? Entrer dans la forêt et voir ta soeur agiter un drapeau 300 mètres plus loin ?).

Ces longueurs entâchent en plus les bonnes idées dont fourmille le film avec en tête la boucle temporelle supprimant au passage le cycle jour/nuit apportant une bouffée d'angoisse supplémentaire et accentuant le caractère oppressant de la forêt. De même, la séquence prenant place dans la cabane de la sorcière (une cabane au fond des bois... l'obsessionnel élément horrifique d'Hollywood) est la plus maîtrisée du film, même si elle se présente comme une extension du final du premier film. Après, le dernier tiers du film n'est absolument pas le seul moment horrifique du film, car ce nouveau Blair Witch fait peur et pas qu'un peu. Cependant c'est surtout en reproduisant les moments forts de son aîné qu'il est le plus efficace posant la question alors de sa légitimité. Par ailleurs les acteurs ne sont pas non plus exceptionnels et on a franchement du mal à s'attacher à eux.

Bilan c'est certainement pas un film qui va révolutionné le genre. Malgré une dernière partie efficace, un Blair Witch auquel il manque le mystère et l'originalité n'est à l'heure actuelle qu'un found footage de plus, qui plaira peut-être aux néophytes, mais probablement pas aux fans du premier film.

Pour ceux qui ne craignent pas le spoil (ou ne veulent pas s'enfiler le film) voici la fin du premier Blair Witch

Publié dans le coffre à bobines, Films

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