Ben-Hur (faire du vieux avec du moderne)

Publié le par Corbeau Moqueur

Ben-Hur (faire du vieux avec du moderne)

Et hop, un énième Ben Hur voit le jour, cette fois-ci plus fidèle au roman éponyme datant de 1880 que personne n'a lu. L'objectif est donc d'égaler le classique de 1959 que beaucoup d'universitaires et de théologues ont passé au scalpel et au bistouri... Et hop, un film qui part à la corbeille. Plus sérieusement, ce péplum n'est pas raté, mais il entre dans la catégorie de ces nombreux films qu'on oublie sitôt après les avoir visionnés. Un navet ? Hum, j'irai pas jusque là, mais c'est diablement chiant, très lourd dans la diffusion de son message biblique et très américanisé dans sa vision des choses.

Ben-Hur... pour moi c'est un film muet tourné en 1907 avec une course de char accompagné d'un orchestre carillonant, rendant la course presque guillerette. Le film de 1959 je n'ai pas eu la chance (ni la patience) de le télécharger voir, mais je connais sa renommée. Or, après le film que j'ai visionné, je sens que ce 5ème Ben-Hur n'a pas le panache, ni la qualité de son homologue vieux de 57 ans. Ben-Hur c'est l'histoire du prince Judah Ben-Hur, un pacifiste sceptique qui n'a jamais rien fichu de ses 10 doigts, à part des courses de chevaux avec son frès adoptif Messala, jusqu'au jour où celui-ci l'envoie en galère et trucide sa famille (suivant les ordres de ces chers romains qu'on a tous admiré dans nos vieux cours d'histoire utopique). Sauf que le bougre est tenace et après 5 années en mer, il trouve le moyen de revenir dans sa ville natale (Jérusalem) pour chercher vengeance.

De l'amour, des romains, un vieux cheikh, avec ça on est bon pour clip de Myrath
De l'amour, des romains, un vieux cheikh, avec ça on est bon pour clip de Myrath
De l'amour, des romains, un vieux cheikh, avec ça on est bon pour clip de Myrath

De l'amour, des romains, un vieux cheikh, avec ça on est bon pour clip de Myrath

Il y a beaucoup de choses qui ne vont pas dans ce film. Déjà, la mise en scène est très pataude, on sent que les producteurs ont louché du côté de beaucoup d'oeuvres différentes pour essayer de satisfaire tout le monde. C'est comme si les mecs s'étaient pointés un beau matin dans les studios avec un sac rempli de vieilles VHS, pour demander au réalisateur de faire du neuf avec du vieux. Du coup on se retrouve avec un gros pâté beaucoup trop lent dans lequel on ressent les traces de GladiatorLa Passion du ChristQuo Vadis et on s'emmerde comme pas possible tout le long du film.

Le tout manque clairement d'ampleur, d'ambition, de tension et de fantaisie surtout. Les acteurs sont sérieux comme des évèques durant un conclave et la direction d'acteur est franchement permissive. Par ailleurs, le film oscille sans arrêt entre péplum bourrin et introspection (tué, pas tué, qui est le mal ? Où est la paix ? L'amour est-il la solution ultime ?), c'est d'ailleurs comme ça que Jésus de Nazareth est introduit (je l'avais d'ailleurs pas vu venir celui-là). On est contraint de suivre un peu son parcours, jusqu'à sa crucifixion. C'est pas dérangeant en soi, le problèmé c'est que ses interventions sont très mal amenées et en gros, si il avait pas été là, ça aurait pas changé grand chose à l'histoire (y compris le "happy ending" douteux de la fin).

A titre personnel, j'ai surtout été gêné par le côté très américanisé des choses. Les romains sont pratiquement présentés comme des nazis (ce qui en fait devait être plus proche de la réalité que ce qu'on a tenté de nous faire croire), les judéens comme des pacifiques pure souche et en même temps les relations qu'ils entretiennent tous sont très... modernes. Que ce soit dans le ton, les propos tenus (souvent dans des dialogues téléphonés au possible) et l'interprétation des acteurs, tous ça nous hurle le mot "Hollywood" en permanence.

Et puis il y la course de char, qu'on aurait presque oublié si les deux personnages principaux ne murmuraient pas en permanence à l'oreille des chevaux. La course est censée être le climax du film, la cristallisation des tensions entre les deux frères, l'opposition entre les romains et Jérusalem. En fait rien de tout ça, on s'ennuit. C'est comme si le héros appliquait bêtement ce qu'on lui avait appris et il gagne (ben oui c'est un Ben-Hur donc c'est pas une révélation). Si on ajoute à ça une 3D inutile et des scènes de réflexion interminables sur la condition humaine, franchement c'est un film dont on pourrait se passer. En même temps, je me suis douté qu'il y avait un truc de louche lorsque je me suis rendu compte que le film était projeté en salle 11 (sur 13) dès la première semaine.

Si l'on excepte Gods of Egypt, ça faisait un bail que j'avais pas vu de péplum. Le dernier en date (incluant une mythologie gréco-romaine) était Pompeii de Paul W.S. Anderson, qui mixait péplum et film catastrophe avec un gros casting. Si les ambitions se limitaient au divertissement, là au moins j'avais bien pris mon pied, ça regardait bien et la 3D rajoutait un peu de cachet à l'ensemble. Ce nouveau Ben-Hur confirme que le péplum est un genre en perdition et qu'avec des héros en toge et jupette déclamant des messages instrospectifs et bibliques, c'est difficile de faire un film sérieux qui tient la route. C'est sans doute pour ça qu'à l'heure actuelle, les meilleurs péplum sont les blockbuster hollywoodiens type le Choc des Titans (le remake) et 300. 
Pour faire simple, si vous avez du temps à perdre allez voir ça, mais c'est vraiment parce que vous n'avez vraiment rien trouvé d'autre à regarder.

Publié dans le coffre à bobines, Films

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