L'instant Manga #5: Fairy Tail

Publié le par Mocking Crow

L'instant Manga #5: Fairy Tail

Récemment j'ai (re)lu l'intégralité de Fairy Tail, du premier tome, jusqu'au dernier scan disponible (en toute honnêteté évidemment). Deux choses : premièrement je me souviens pourquoi j'aime Fairy Tail et pourquoi ce manga fait partie de mes préférés ; deuxièmement, je me rappelle aussi pourquoi j'avais laissé de côté ce shonen quelques années auparavant, parce qu'il y a vraiment beaucoup trop de fanservice et de clichés.

Fairy Tail c'est un peu comme One Piece, on ne le présente plus tant son succès est phénoménal un peu partout dans le monde (surtout en France et au Japon). 56 tomes à l'heure actuelle, un animé, des OAV à la pelle et un film d'animation, nulle doute avec ça que le manga est entré depuis longtemps dans la cours des grands. Un succès que son auteur Hiro Mashima entend bien maintenir. Le mangaka n'en est d'ailleurs pas à sa première saga, puisqu'il est aussi l'auteur de Rave, un shonen de 35 tomes, bouclé en 2005 et paru dans le Weekly Shonen Magazine, bien évidemment. Au passage les deux mangas ont de fortes similitudes, que ce soit dans les personnages, les objets ou les noms, Mashima s'est permis de réutiliser certains éléments dans sa saga précédente, ce que certaines critiques assimilent à un manque de créativité ou de la faignantise. Par ailleurs, on lui doit aussi un grand nombre de One Shot et de courtes sagas allant de deux à quatre tomes, l'une des dernières étant une adaptation (très) libre de Monster Hunter.

Mais malgré son succès, le manga est sujet à bien des critiques assassines et des controverses en tout genre, du fait par exemple de son étrange caractère érotique, ses sous-entendus graveleux, ses airs de déjà-vu à la brouette et son scénario malingre. Des critiques fondées ou non, qui de toute façon n'empêcheront pas le manga de se maintenir à flot, donc autant quand même avoir une petite idée de ce qu'il en est.

L'instant Manga #5: Fairy Tail

L'histoire part d'un postulat très simple : Lucy, jeune constellationiste et écrivain en herbe,  fait son entrée à Fairy Tail, la guilde de mage la plus barge qui soit, après sa rencontre fortuite (façon shonen) avec Natsu Dragnir, un magicien du feu parti à la recherche de son père adoptif, Ignir, un dragon des flammes disparu 7 ans plus tôt. Le manga prend place dans un univers où la magie est une banalité (même si 10% seulement de la population peuvent la contrôler) et dans lequel les mages remplissent des missions à travers des guildes pour gagner de l'Exp du fric.

Ce qui cloche

Le scénario à vau-l'eau

L'histoire débute comme n'importe quel shonen ou shojo, l'ennui c'est qu'elle ne se développe que très tardivement et que son fil conducteur n'est matérialisé concrètement qu'au bout de 25 tomes. En fait, on suit le train-train d'une partie des personnages de la guilde et les antagonistes viennent s'en prendre à eux pour un peu tout et n'importe quoi. A chaque fois les ennemis sont plus puissants (suivant la logique de Dragon Ball Z) et suivent une hiérarchie chaotique : Phantom Lord  < Oracion Seis < Grimoire Heart... Passe encore pour ce genre de mécanique, le vrai problème c'est surtout que le fil rouge n'est que très vaguement développé dans un premier temps (Zeref + Ignir). A l'heure actuelle, Fairy Tail comporte 17 arcs, mais c'est seulement à partir du 11ème (arrivée de Zeref + Acnologia) que l'on commence à entrevoir une véritable trame narrative.

En plus, avec un developpement aussi épuré, on a surtout l'impression maintenant que le mangaka est en train de bricoler une trame narrative avec les éléments obscurs du scénario, pour commencer à se diriger vers une fin intelligible. Pourtant je pense que malgré quelques éléments improvisés sur le tas, Mashima a dû planifié quand même le développement de ses personnages. Mais ce ne serait sans doute pas arrivé si ces derniers ne sonnaient pas aussi creux.

De bon gros stéréotypes

La totalité des personnages sont dans la banalité de base : le crétin, le beau gosse, l'amoureuse, l'invincible, gros nibards, la simplette, le vieux sage, le traître et l'animal de compagnie doué de parole. Heureusement leur développement est finalement bien pensé, dommage que les protagonistes principaux prennent un arc entier pour gagner en consistance (je pense à Grey et Erza) et que certains, que l'on voit pourtant tout le temps à partir de la seconde partie du manga, n'ont droit qu'à une petite page de présentation en début de chapitre.

Le pouvoir de l'amitié

Vous savez c'est ce truc qu'on retrouve dans tous les shonen, avec lequel les personnages se surpassent pour protéger leurs amis et avoiner copieusement le méchant. Et bien dans Fairy Tail, ce truc là est non seulement le moteur, mais c'est aussi le ressort scénaristique pour meuler l'antagoniste de chaque arc quelque soit son niveau. "Mwa ah ah ! Je suis le plus fort et tu vas mourir sale gamin !" "Non, je dois protéger mes amis, donc raaaah Paf ! T'es mort, fourbe, soyons amis maintenant !". Oui, parce qu'en plus même si les ennemis se prennent l'équivalent d'une bombe atomique sur le coin de la tronche, ils font au pire un gros dodo. Sans compter que la pire des crapules, qui revient dans l'arc suivant encore plus machiavélique, devient le meilleur pote des héros en quelques répliques gnan-gnan et un twist improvisé.

A tel point que ça devient franchement ridicule au bout d'un moment, les héros ne perdent jamais, surpassent toutes les difficultés comme une flaque d'eau sur une route en asphalte et la fin de chaque arc devient prévisible. Vous allez me dire c'est comme ça dans tous les shonen... Non, c'était le cas dans DBZ, c'est d'ailleurs pour ça qu'il a vieilli (et pas qu'en bien) sur bien des points, mais dans beaucoup de shonen actuels, les difficultés des personnages ne sont pas surmontés d'un claquement de doigt. Si l'on prend One Piece ou Naruto, selon vos préférences, les personnages rencontrent des difficultés, échouent même parfois et ne se limitent pas au simple ressort de l'amitié. Les défaites donnent de la consistance aux personnages, aux mangas et ajoutent de nouveaux objectifs. Dans Fairy Tail, cette dimension est très limitée, de ce fait le manga reste certes agréable à lire, mais perd clairement en profondeur.

Sans compter que ça crée de belles incohérences dans le rapport de force des personnages et les personnages eux-mêmes. Suivant cette logique, les protagonistes principaux ne devraient même plus être des humains (comme Black Star dans Soul Eater). Par ailleurs les noms des attaques deviennent beaucoup trop longs, certaines ressemblent aux attaques de Satan dans DBZ (mon super-méga-giga-supra-ultime punch).

J'aurais pu prendre la version soubrette aussi...

J'aurais pu prendre la version soubrette aussi...

Lucy

Pour notre malheur, Lucy est pratiquement le protagoniste principal. Le problème avec cette fille, c'est déjà qu'elle est ridiculement faible en comparaison de l'intégralité des autres personnages et pourtant elle figure parmi les cadors (en tout cas elle s'est autoproclamée comme tel). Outre le fait qu'elle soit dérisoirement faible en combat et qu'elle arrive mine de rien à déboîter un ennemi surpuissant (le plus souvent sur un coup de bol), elle est aussi une actrice essentielle de l'étrange tournant qu'a pris le manga à partir du 8ème arc.

Le personnage porte des jupes de plus en plus courtes et possède des nichons de plus en plus gros, à peine voilés derrière des soutifs de plus en plus scabreux. En outre, si pratiquement tous les personnages se font congelés, électrifiés, cramés, poignardés ou projetés, leurs fringues ont quelques égratignures ou une manche en moins, mais Lucy elle se fait systématiquement arraché sa balconnière ou mettre à poil, même lorsque l'ennemi n'est pas armé. Franchement autant faire un Hentai, d'ailleurs des fois ça y ressemble carrément, ce qui m'amène à parler...

Des plans très suggestifs (ou les nichons pour les nuls)

Dès le premier chapitre du manga, on a droit à des contreplongés dirigés sur la poitrine rebondie des demoiselles, mais à partir du 8ème arc c'est un festival. Le bain des femmes, la relation lesbienne entre Kana et Lucy, les plans culs, nichons, jupons, culotte, les pelotages et les plans suggestifs, voire carrément vulgaires par moment, il semble que Mashima est décidé de se faire plaisir et pas que lui d'ailleurs. Il est évident qu'au Japon, où peut trouver des objets bien WTF, ce genre de trucs ne doit émouvoir personne là-bas. En Europe c'est un peu différent, d'ailleurs il y a maintenant deux types de lecteur pour Fairy Tail, les otaku et les pervers, voire les deux en même temps.

Par ailleurs, je me suis demandé à plusieurs reprises comment il a pu avoir l'autorisation de son éditeur parfois, tant certaines situations sont... bizarres. "Oh j'ai une idée de génie d'un coup, on va faire un chapitre dans une piscine, comme ça tout le monde sera en maillot de bain et ce sera un beau prétexte pour dessiner par en dessous et de foutre Lucy à poil". En même temps déjà quand on voit l'origine du titre, certes il y a jeu de mot autour de Fairy Tale, mais la vrai origine au sein du manga vient de l'interrogation du premier maître de la guilde quant à savoir si une fée... avait... une queue...? Oh mais ça mon petit, je peux te répondre rapidement, tu tape ça sur un moteur de recherche et tu vas voir une fée innocente se faire imbriquer solidement par un charmant lutin en tenue d'Adam... Hem, oui, une question existentielle donc.

Vous aimez ça hein, bande de pervers !
Vous aimez ça hein, bande de pervers !

Vous aimez ça hein, bande de pervers !

Plagiat ou références, la grande question

Le manga a été accusé à plusieurs reprises de déjà-vu, mais aussi de copies, notamment avec One Piece. Une accusation plus ou moins fondée, s'appuyant surtout sur le coup de crayon étonnement similaire entre les deux mangakas (mais contrairement à toutes les rumeurs Mashima n'a jamais été l'assistant d'Oda, en revanche il me semble qu'ils ont eu le même maître ou un truc du genre), certains personnages et quelques situations des deux mangas. Les deux mangas sont très différents, Fairy Tail ayant réussi à se détacher de l'image de sous-One Piece et pourtant quelques arcs, magies et décors sont très similaires entre les deux mangas. Certaines fois, on sent le repompé de Mashima dans plusieurs passages de son manga, mais l'inverse est aussi vrai (certains personages de One Piece ressemblent étrangement à d'autres de Fairy Tail, apparus beaucoup plus tôt chronologiquement).

Mais c'est qu'une polémique sans fin et creuse, où les otakus ergottent sur qui a fait le meilleur manga. Non, on vraiment des situations de resucé dans certains arc, notamment dans celui de Tartaros, où on a droit à un passage littéralement pompé sur Saint Seya (avec un chouilla d'autodérision). On peut aussi ajouter Dragon quest d'Akira Toriyama, Fullmetal Alchemist d'Hiromu Arakawa, après il y a aussi la question de l'inspiration à prendre en compte, par conséquent, difficile d'accuser le mangaka de plagiat. En un sens, il est difficile de faire un manga sans s'inspirer des autres, mais Fairy Tail n'est pas clair comme de l'eau de roche. En revanche, il y a un manga qui a honteusement plagié Fairy Tail jusqu'à la moelle, c'est Buster Keel ! (sorti en 2009, contre 2006 pour Fairy Tail) Je vais pas rentrer dans les détails, mais que ce soit les noms, les personnages, le scénario, l'univers, tout est honteusement pompé sur le manga de Mashima, à tel point que je me suis demandé pourquoi le mangaka n'a pas porté plainte. Franchement comparez les pages Wikipédia, vous allez voir c'est bien fendard.

Cry

Il y a aussi un autre truc, c'est que passé un certain point les personnages se mettent à chialer  par tous les orifices du visage devant chacun de leurs ennemis, le summum étant atteint avec l'Île de Tenrou, où les filles (encore et toujours) couinent pour un rien à chaque chapitre lorsque l'amitié ou l'amour est mis à mal. Non seulement c'est pénible (en plus ça doit être dur à dessiner), mais en plus ça casse le rythme et... ça laisse place à davantage de plans bizarres. En plus des fois c'est même les ennemis qui se laissent aller pour un rien.

Hiii hiii ! ouin ouin !
Hiii hiii ! ouin ouin !
Hiii hiii ! ouin ouin !
Hiii hiii ! ouin ouin !

Hiii hiii ! ouin ouin !

La force du manga

Des défauts qu'on peut ignorer malgré tout

Et bien oui, comme je le disais, le manga a du succès et ce ne sont pas les critiques ou l'étonnant caractère du manga qui va remettre en cause sa notoriété. Il faut dire que Fairy Tail a beaucoup de choses qui jouent aussi en sa faveur et la ligne scénaristique actuelle est très intéressante et bien punchy. L'auteur a même précisé avoir atteint le climax de sa série.

Des personnages attachants

Même si les personnages sont bien clichés de prime abord, leur développement est d'une part plutôt agréable, ensuite c'est tout simple, ils sont sympas, attachants et leurs relations sont plaisantes à suivre. D'autre part, ils cassent tout et ça c'est bon. Dès le deuxième chapitre, l'intégralité de la guilde se transforme en arène de catch où tout vole, se casse et ça fait du bien. Par ailleurs, les personnages ont chacun leur personnalité, Natsu par exemple est un abruti qui aime bien tout faire cramer, ce qui fait que c'est bien défoulant à lire aussi. L'action et la baston sont d'ailleurs de gros points forts dans le manga.

Il est vrai, et je ne l'ai pas mis dans les défauts mais ça devrait sans doute y être, que bons nombre de personnages manquent de charisme ou ne sont tout simplement pas marquants. C'est valable surtout pour les personnages féminins qui se ressemblent très souvent, c'est criant dans un passage du manga ayant lieu dans une sphère aquatique où 7 filles se frittent (en maillot de bain évidemment) et il est vraiment difficile de savoir qui est qui dans les différentes cases (un défaut qui est inhérent au manga, une fois les couleurs apparues, on a plus ce soucis).

Ichiya et l'humour

Je ne suis pas fou, je compte vraiment Ichiya parmi les points forts du manga. Ce personnage déjanté est un véritable festival à chacune de ses apparitions et propulse le manga dans la stratosphère du n'importe quoi. Tout ça pour dire que l'humour fonctionne très bien dans ce manga, quitte à verser dans le graveleux dans certaines situations.

La virilité a un nom, MEEEEEEEN !
La virilité a un nom, MEEEEEEEN !

La virilité a un nom, MEEEEEEEN !

Un animé qui déboîte

Sans être au même niveau que celui de Shingeki no Kyojin, l'animé de Fairy Tail est vraiment de bonne qualité, les combats sont nerveux, la mise en scène est fluide, les doubleurs sont à fond et chaque épisode bénéficie d'une bonne construction narrative. En plus de ça, chaque arc n'est pas trop long (genre pas une quarantaine d'épisodes pour un arc, dont une dizaine contre l'antagoniste). Le film, lui en revanche est des plus dispensables : ennemis sans charisme, scénario aussi épais qu'une feuille de PQ et surtout mise en scène inférieure à la série animée, un comble !

Mais surtout ce qui fait le charme de la série c'est sa bande-son qui décoiffe. Elle est composée par Yasuharu Takanashi et mélange allégrement orchestration symphonique, instrumentation folk, choeurs mélodieux et heavy metal. En fait c'est surtout du bon gros Metal Symphonique bien pompeux, qui balance des mélodies catchy et des riffs entraînants, auquel peuvent s'adjoindre des samples techno (comme Dragon Force). Chaque personnage a évidemment son propre thème et franchement c'est un régal. Le thème principal, qui a été décliné de bien des manières, met tout de suite dans l'ambiance et celui de Natsu résume à la perfection le personnage.

Je ne vais pas vous dire de regarder l'animé juste pour la bande son, puisqu'on peut se la procurer séparemment de bien des manières, non, je vais me contenter de vous recommander et l'animé et le manga. 

Fairy Tail a beau être qualifié de manga pour Kikoo, il n'empêche que je l'apprécie... et qu'au fond il est apprécié par une grosse communauté. Le manga est bon, ce n'est clairement pas un chef d'oeuvre, mais il est agréable à lire, on s'attache au personnage et les situations se renouvellent sans cesse. Mais comme vous l'avez vu il y a certaines choses qui peuvent en rebuter certains... et je n'en fais absolument pas partie, surtout qu'on se rapproche de plus en plus de la fin, que le rythme est de plus en plus élevé et que c'est toujours un bonheur à lire.

Publié dans L'instant Manga

Commenter cet article

Vendunor 21/01/2017 11:32

Très bonne critique annonçant point faible ET point fort d'un manga qui n'est évidement pas totalement mauvais et cela change de beaucoup de ce que des gens appels "critique" mais qui se révèle n'être qu'une lapidation d'un manga. Vous évoquez beaucoup des points importants et dévelopé le pour et le contre pour chacun. Bravo pour se travail.

Corbeau Moqueur 22/01/2017 18:46

Alors tout d'abord merci, mais il y a juste un détail qui me gène là tout de suite :
Arrêtez de me vouvoyer, j'ai l'impression d'avoir 40 ans ! C'est horrible.