The Witch & Bienvenue à Marly-Gomont

Publié le par Mocking Crow

Je vois, je vois... un problème dactylographique

Je vois, je vois... un problème dactylographique

Présenté comme un nouveau coup de boost dans le genre horrifique, The Witch (ou VVitch selon) n'est pas à proprement parler un film d'horreur, mais plutôt un objet cinématographique dérangeant et anxiogène. Avec une trame simpliste (des colons puritains s'exilent dans la seule forêt hantée des futurs Etats-Unis), le réalisateur semble s'être fait plaisir, ce qui fait de son premier film un objet intrigant plus qu'intéressant. Pour faire simple je me suis ennuyé durant tout le film, parce que c'est gris, long, gris, pesant et encore gris. L'idée semblait davantage de provoquer un malaise chez le spectateur (et c'est réussi, notamment avec la bande-son), qu'à véritablement provoquer des frissons. Pourquoi pas, dommage que j'y ai pas été sensible.

En revanche je n'ai rien à redire à la direction d'acteur, même si la quantité d'âneries pieuses débitée toutes les 10 minutes m'a passablement irrité (question de positionnement religieux). Mais bon c'est le puritanisme qui veut ça. Les acteurs disais-je, jouent tous bien, sont à fond dans leurs rôles et sont pourchassés par une métamorphe aussi légère qu'un canard, se tartinant de sang et se déhanchant autour d'un feu de joie les soirs de pleine lune. Comme l'égalité homme-femme dans la religion c'est pas trop ça, c'est l'ainée qui en prend plein la poire durant tout le film (because she's a witch, il faut toujours un coupable, donc quoi de mieux qu'une jeune fille vierge et innocente, sympa les parents). Bon pour moi tous les She's a witch !! que beuglaient les personnages avec passion me faisaient irrémédiablement penser à Holy Grail des Monty Python, donc l'immersion c'est raté.

She's a witch !!

La fin est plutôt pas mal, même si elle donne l'impression d'assister à un film 2 en 1 (sorcières ou Lucifer, il faut choisir). D'ailleurs le film est vendu par la bande annonce comme étant basé sur des "faits réels", qui se révèlent être des contes folkloriques sur la sorcellerie et des pans de dialogues issus de procès de chasse aux sorcières, rien à voir (ou si peu) avec le massacre de Salem en 1692. Reste malgré tout l'esthétique grisâtre de Robert Eggers et l'univers fantasmagorique a valu des critiques élogieuses en outre mer qui ont semble-t-il brouillé les nôtres.

Trop lent pour éveiller mon intérêt, The Witch reste toutefois un bon film d'horreur ne serait-ce que pour la désagrégation de son fondamentalisme religieux où pêché et refoulement sexuel sont absolus (sauf pour les adultes qui peuvent se sauter comme des lapins) et où la sorcellerie est libératrice. De bonnes idées en somme, mais desservies par une mise en scène assommante et une aridité visuelle, que certains semblent trouver magique.

Un village presque raciste

Un village presque raciste

En 1975, un médecin fraichement diplômé originaire du Kinshasa, décide de s'installer à trou-du-cul-paumé avec sa famille pour obtenir sa nationalité française. Voilà peu ou prou le pitch, basé sur une histoire vraie (oui encore, mais il faut bien que je mette un semblant d'ordre dans les doubles critiques), qui ironiquement n'est pas sans rappelé Un village presque parfait, remake plan-plan d'un film canadien (La Grande Séduction) sorti en 2004. Le film en lui-même est plutôt réussi, l'humour est maîtrisé et on s'attache aux personnages, même les bouseux secondaires.

Et c'est une bonne chose pour un sujet aussi gênant que le racisme de la France profonde. Même si la comédie ne donne finalement aucune leçon, les bons sentiments et les bonnes intentions l'emportent et on peut décemment passer un bon moment. Malgré tout, c'est loin d'être parfait, je ne pense pas que Seyolo Zantoko ait pu résoudre tous ses soucis aussi simplement qu'en fermant un robinet. Le film est en fait assez lisse, les situations se résolvent d'elles-mêmes facilement et même lorsque son sort semble sceller BAM ! Par le pouvoir du Deus Ex Machina un miracle arrive, quelle chance dit donc, un peu plus et c'était la ruine.

Par ailleurs, lorsque je disais qu'on s'attache aux personnages, j'évince quand même ceux qui ont écopé d'un accent de plouc caricatural et poussif, discréditant un certain nombre de moments difficiles (Le v'là ti pas qui raconte des salades, pft corniaud va ! Je vas chercher mes poireaux là.). Quand c'est pas l'accent, c'est les gamins : si l'on enlève les trois principaux et la petite raclure de l'école, tous les autres jouent comme des brouettes. Et quand c'est ni l'accent, ni les chiards, c'est le candidat UMP à la mairie. Là c'est pas l'acteur (il est joué par Jonathan Lambert qui a retrouvé sa masculinité après l'Idéal), mais le personnage, sorte de gros stéréotype du véreux homme de droite prêt à toutes les magouilles pour avoir les clefs du hameau et appuyant le moindre de ses actes par des discours grandiloquents sur la France de demain.

Le véreux politicien, comme si ça ne suffisait pas, le caïde de l'école se trouve être son gosse.

Le véreux politicien, comme si ça ne suffisait pas, le caïde de l'école se trouve être son gosse.

Autre cliché : parce qu'on est noir, gospel en famille dans l'église à Noël (évidemment ça plaît à personne sauf une, GAG !).

Autre cliché : parce qu'on est noir, gospel en famille dans l'église à Noël (évidemment ça plaît à personne sauf une, GAG !).

Une fois encore, c'est pas un grand film, c'est juste bien. J'apprécie la présence du vrai Kamini Zantoko à la fin du film (fils de Seyolo Zantoko, qui fait aussi le narrateur), qui ajoute une dose d'authenticité dans le métrage. Etant donné que c'est la fête du cinéma dans les quatre jours qui viennent, vous pouvez aller voir ce film sans crainte (ainsi que celui d'avant si vous êtes motivés), de même que Le monde de Dory (j'en reviens) et l'Outsider (je les ferai pas ensemble ces deux-là).

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The Witch & Un village presque raciste du Corbeau Moqueur est mis à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale 4.0 International.

Publié dans le coffre à bobines, Films

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