La chute de Londres (Notre Nation vaincra !)

Publié le par Mocking Crow

Tatatataaaa

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Tout est dans le titre, La chute de Londres est un de ces gros navets patriotiques qu'Hollywood croit bon de nous faire gober une fois par an. L'ennui avec les navets, c'est que même ils sont poussifs, caricaturaux et pas crédibles pour deux sous, on peut les aimer. Il semble que ce soit d'ailleurs le cas avec celui-ci. Pourtant on a droit à la totale, entre les chefs d'états tous plus clichés les uns que les autres (on s'attend presque à ce que le président français déboule avec des andouilles la baguette de pain sous le bras et le japonais avec des hentai dans les poches), le héros terminator, le président charismatique et d'une droiture irréprochable, les méchants arabes et le traitre des services secrets, il nous manquait plus que le sidekick comique et on était bon. A ça vient s'ajouter un scénario déjà bien creux de base, qui jonche d'incohérences et abuse de grosses ficelles scénaristiques. Bon après pour un film d'action de ce genre, on s'en fiche, ce qui compte c'est les gunfights et les effets spéciaux. De ce côté-là, on est tranquille, la réalisation est impeccable, la mise en scène nerveuse et plutôt bien rythmée (histoire de nous empêcher de trop réfléchir et de voir les turbulences scénaristiques), tandis que les phases d'action jouent à la fois sur le tableau de la violence et du spectaculaire bien décomplexé.

Le problème c'est que le film essaie vraiment de se prendre au sérieux et là ça fait mal. La chute de Londres est la suite du film au titre à l'originalité confondante La chute de la Maison-Blanche, dont le scénario se résumait à : Kim Jong Un attaque la Maison-Blanche, séquestre le président, mais le héros indestructible vient lui botter le cul. Ici, ben c'est pareil, le film aurait pu s'appeler La Chute de Séoul que ça n'aurait rien changé au fond, la nation glorifiée ici n'étant pas le Royaume-Uni, mais les Etats-Unis venus semer leur merde chez leur voisin. En même temps, quand on voit la Bande Annonce on ne pouvait pas trop en demander...

Punaise, la bande annonce est pratiquement meilleure que le film !

Les personnages sont les mêmes et sont incarnés par les mêmes acteurs, d'où les discours mélodramatiques sur la famille et la figure paternelle du président dont on se contrefout totalement, mais qui prend un bon quart d'heure à être développée tout au long du métrage, histoire de nous montrer que le président, ah bah il est beau, il est fort, droit et drôle avec ses petites blagounettes. Sauf que l'humour c'est pas trop ça, la majeure partie des blagues font un four monumental et les répliques bad-ass du héros sont plus navrantes qu'autre chose. Un peu comme le gros défouloir qu'était White House Down, réalisé par Roland Emmerich. Avec un tel réalisateur, ça ne pouvait être que du patriotisme bien pompeux et ça n'a d'ailleurs pas loupé. Bien que ce film copiait sur tout ce qui bougeait (notamment Die Hard premier du nom), le réalisateur avait misé sur pas mal de second degré en alternant des scènes d'action surréalistes, de l'humour bien bourrin et des moments WTF. Par contre côté acteurs c'était mal fichu : entre Jamie Foxx qui en faisait des caisses et Channing Tatum en mode Rambo, le résultat était plus navrant que marrant.

Et puis tant qu'à vouloir être sérieux, autant essayer d'être réaliste, parce que sans parler de l'attaque totalement kafakaïenne de Londres (la moitié des policiers sont des terroristes, apparemment ça n'a choquée personne de les voir se trimballer avec des AK 47 sur eux dans les rues), j'ai plus eu l'impression de visionner l'intégralité des cinématiques d'un Call of Duty. Un mal pour un bien, puisque l'assaut final est littéralement monté comme un jeu vidéo, autant dire que niveau action, on en a pour son argent. En revanche, voir le Joueur 1 (Gérard Butler) massacrer à lui seul pratiquement toute l'armée de terroristes et passer littéralement à travers tous les tirs ennemis est juste totalement nawak. Comme si ce n'était pas assez simple pour lui, un deuxième joueur rejoint la partie, à savoir le Président des Etats-Unis (Aaron Eckhart), qui n'hésite pas à tuer avec plaisir ses opposants. Il devait sans doute se sentir blaser de ne pouvoir qu'envoyer des missiles à coup de QTE dans son quotidien, au lieu de pouvoir tranquillement jouer de la gâchette sur ces sales terroristes. Au passage cette dream team a du péter le high score, que ce soit au niveau du n'importe quoi, qu'au niveau du nombre de morts : d'un côté le super-président fait des headshots à la kalache et de l'autre, le terminator poignarde sauvagement tous les méchants terroristes. La classe.

De l'autre côté on a Morgan Freeman, qui doit sérieusement se demander ce qu'il fout encore là et de l'autre autre côté (celui des terroristes) c'est Alon Aboutboul qui incarne le grand méchant, dont le cul reste pratiquement vissé sur un banc tout le long du film, avant de se prendre (deux fois) un missile sur le coin de la gueule. Le tout bien sûr, soutenu par une bande-son bien pédantesque, avec des gros cors claironnants, du piano mélancolique et des violons façon "noooooon".
Bilan, ben c'est un film d'action au scénario banal et bancal cédant à la facilité, quitte à s'enliser dans les clichés. Voilà. J'aimerais par contre vivre assez longtemps pour voir une version française de ce genre de chose, j'imagine déjà le pitch : Des terroristes basques ont pris d'assaut les cuisines de l'Elysée et menacent de faire ingurgiter une demi-tonne de saucisses au président Hollande, s'il ne leur donne pas l'indépendance. Le sort de la nation repose sur l'ancien président, coincé dans les toilettes handicapées, secondé par une bombasse blonde vêtue d'une veste bleu marine... Avouez que ça vend du rêve.

 

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Publié dans le coffre à bobines, Films

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