Des nouvelles de la planète Mars (Bruxelles ne répond plus... encore)

Publié le par Mocking Crow

Des nouvelles de la planète Mars (Bruxelles ne répond plus... encore)

Souvenez-vous de Harry, un ami qui vous veut du bien ou de Lemming (que je n'ai pas vu, mais compte bien corriger cette erreur) : une harmonie de façade ravagée par le chaos causé par l'irrationnel. Leur réalisateur, Dominik Moll, reprend la même recette avec cette fois une virée dans le fantastique et la folie touchante. Ainsi on retrouve le déséquilibré de service venu briser le quotidien bien plan-plan de Philippe Mars, qui a pourtant toutes les raisons de s'énerver après son fils (devenu subitement végétarien), sa fille (qui nous fait une psychose de l'échec), sa soeur (pour ses goûts artistiques de chiotte et son chihuahua), sa femme mais qui reste encore plus zen qu'un ermite tibétain.

A la différence des autres films du réalisateur, ici on commence par créer des problèmes avant de tenter de les résoudres, un peu comme de la philo, sauf que dans le cas présent on peut rire et se sentir plus concerné. Parce que si le film a été rangé dans la catégorie de comédie, son réalisateur se plaît à le considérer comme une "comédie existentielle" et si le terme peut paraître pompeux, cela définit finalement bien son film. Au fond le métrage aborde un certain nombre de thèmes sérieux (l'éducation, la sexualité, l'écologie...) tout en caricaturant à gros coups de crayon notre magnifique et ô combien florissante époque. Le tout pour être bien sûr qu'on ait parfaitement capté que Philiiiiiippe soit prisonnier de la réalité, tandis que le fantastique ou la folie (à vous de voir) est une libération. 

Dans les grandes lignes, ça donne à peu près ça

Et pour libérer, ça fait place net, puisque M. Mars (pas le chanteur l'autre), va voir son collègue de bureau un chouia dérangé squatter progressivement chez lui. Sauf que même s'il a une case en moins, il est en quelque sorte attachant avec ses longues périphrases et sa voix souchonnesque (j'invente des mots mais c'est pas grave). Malheureusement une fois arrivé au climax et ben on s'ennuie un peu. D'une manière générale, le film a tendance à trainer, mais une fois la dernière demi-heure atteinte, le spectacle devient plus convenu et ce n'est pas la fin rapidement expédiée qui me fera changer d'avis.

Après il faut admettre, que malgré un joli casting, une bande-son atmosphérique et des scènes cocasses, le film a un certain nombre de défauts, à commencer par l'étrange découpage des dialogues. Non content d'être une grosse bataille rangée de blabla en tous genres, les transitions sont souvent brutes de décoffrage et semblent littéralement clouer le bec des personnages ou oublier quelques détails du scénario. A cela vient se superposer, le visage perpétuellement égaré de François Damiens et la voix brisée d'un Vincent Macaigne au regard hagard ; bien sûr le jeu est purement voulu, sauf qu'on les a déjà vu dans ce genre de personnage... et en mieux malheureusement. Cela reste une très bonne performance malgré tout.

Si cet humour teinté d'anxiété se veut caustique et touchant, il est malheureusement assez inégal, même si je suis heureux de retrouver quelques éléments d'Harry le psychopathe. Bref une comédie douce-amère empreint d'un surréalisme poétique et quelque peu conceptuel, qui ne vise pas des sommets et fait pourtant plus que bien son devoir. A titre personnel, ce film m'a davantage fait penser à A Serious Man des frères Cohen que Harry un ami qui vous veut du bien.

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Publié dans le coffre à bobines, Films

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