Batman V Superman (Bien tenté)

Publié le par Mocking Crow

Batman V Superman (Bien tenté)

J'attendais la sortie de ce film depuis sa première annonce. Pour beaucoup ce film est inutile, stupide et insensé ; c'est vrai qu'opposer l'archétype du super-héros par excellence à un surhomme sans aucun pouvoir (si ce n'est celui d'être plein aux as, l'argent étant le pouvoir plus puissant pour un humain) peut paraître être un non-sens. Sauf qu'en fait, pas vraiment. Le film de Zack Snyder est en grande partie basé sur le comic The Dark Knight Returns (qui a donné naissance à un super film d'animation), que tous les fans comptent parmi les meilleurs Batman écrits à ce jour. Et s'il existe des analyses de films, de romans ou de musique, on peut tout aussi bien analyser des comics, ce qui donne un résultat très intéressant, puisque ce genre de bandes-dessinées a souvent plusieurs sens (surtout celles d'Alan Moore ou de Frank Miller pour ne citer qu'eux). 

Batman V Superman (Bien tenté)

Pour les ignares qui se limitent au simple titre du film, ou au premier degré de lecture d'un bouquin, opposer Batman et Superman matérialise une pensée bien plus profonde qu'il n'y paraît. D'un côté on a Superman, l'extraterrestre humanoïde quasiment invincible, acclamé et admiré par la Terre entière et parfait sous toutes les coutures. Tellement parfait, qu'il est obligé de se déguiser en être humain empoté pour essayer de se donner un sentiment de normalité. Quelque part, on est presque jaloux de Superman car cette perfection fait de lui un idéal inaccessible qu'on ne peut qu'envier... et en même temps rejeter, tout le monde sait qu'un humain disposant de tous les pouvoirs servirait ses propres intérêts et non le reste du monde. Alors oui, je sais que de nombreux scénaristes ont complexifié le personnage de manière très intéressante, d'ailleurs celui-ci n'a rien d'un dieu parfait et invincible... mais c'est l'image qu'on retient de lui.

De sorte qu'il est pratiquement impossible de s'identifier à Superman et par conséquent l'apprécier, tout le contraire de Batman qui est son exact opposé. Car Batman est un humain qui en a pris plein la face : il a perdu ses parents, sa copine, son petit-ami disciple, son fils, bref il a tout perdu (sauf son fric, ça aide pour les gadgets) et vit en plus dans une ville où la criminalité et le proxénétisme sont pratiquement ancrés dans la loi. Malgré tout il est allé de l'avant, a endossé une armure tout en portant le fardeau de son passé et s'est battu contre la criminalité, voire contre la vie. Parce qu'au fond ce personnage matérialise le combat contre la vie, l'idée de continuer à avancer quelle que soit la merde qui nous tombe dessus et de montrer qu'en persévérant on peut réussir des choses insoupçonnées. C'est pas pour rien si c'est l'un des membres fondateurs de la Justice League, Batman est un survivant avec des burnes en adamantium, qui va de l'avant et ça, c'est bien plus utile qu'être droit et juste au quotidien.

Maintenant que se passe-t-il lorsqu'on oppose ces personnages aussi ambivalents que le jour et la nuit et surtout que Batman gagne (parce que c'est ce qui se passe dans le film d'animation finalement) ? Déjà c'est opposé deux figures emblématiques de DC, mais aussi deux visions voire deux philosophies (d'un côté la perfection inaccessible laissant rêveur, de l'autre la cruelle réalité) qui soulèvent de gros enjeux. Ensuite, cela montre que la figure quasi divine de Superman n'est pas aussi parfaite (la réalité dans ta face gros !) qu'elle n'y paraît, ce qui le rend plus humain et par conséquent plus crédible (ça c'est cool) enfin, ça montre qu'avec suffisamment de détermination on peut aller jusqu'à détruire la perfection. D'ailleurs à choisir je préfère être Batman que Superman... Maintenant si on se limite au premier degré, il est évident que Superman peut défoncer sa némésis en une fraction de seconde (en lui cramant ou écrasant le cerveau, en le balançant dans l'atmosphère, en le congelant...), mais comme il est bon, juste et qu'il a trop confiance en lui, ça ne risque pas d'arriver, à moins de changer invariablement le statut du personnage.

Si j'apprécie Batman, je n'ai jamais acroché à Superman, en comics comme en film, jusqu'à Man of Steel. Puisque c'est finalement le reboot qui m'a permis de l'apprécier, la production ayant essayé de repenser le personnage de Superman, pour un résultat un peu bancal il est vrai, il n'empêche qu'ils ont essayé et ont en plus parfaitement matérialisé la puissance du super-héros. Alors vous pensez bien que quand j'ai su que c'était la même équipe qui tournait la suite (Zack Snyder à la réalisation, Christopher Nolan toujours parmi les producteurs et Hans Zimmer à la compo), ça ne pouvait qu'augurer que du bon.
Quelle déception. Le film aurait pu être excellent, mais il s'est doté de beaucoup trop de défauts, d'incohérences et de lourdeurs pour être considéré comme tel. Alors oui, on pourrait passer outre, mais étant donné l'intro que j'ai faite, je ne peux pas. J'ai aimé le film, mais en même temps été  très déçu, peut-être parce que j'en attendais trop...

Commençons par ce qui saute aux yeux : l'esthétique ou la patte artistique de Snyder. Le film est magnifique, c'est un fait. Entre le travail sur les contrastes, les filtres, les effets de lumière et les images de synthèse sacrément bien fichues, le réalisateur à un sens indéniable de la photographie... et de la mise en scène. Le film commence fort en nous expédiant la mort traumatisante des parents de Bruce Wayne (une énième fois) et une reprise de la dernière partie de Man of Steel, cette fois-ci vu du sol. C'est nerveux, bien fichu et ça rend bien, même si on trouve déjà quelques moments bien nawak. Les choses se compliquent après, en effet, Zack Snyder ne sait pas suggérer. Non, il faut qu'il illustre et de manière bien appuyée pour qu'on comprenne tous les enjeux. Le problème étant que le film s'appuie énormément sur la mythologie grecque et possède beaucoup d'allusions bibliques. Passe encore pour la mythologie grecque, les DC l'ayant pas mal détourné à travers leurs super-héros, mais pour ce qui est de la Bible, c'est autre chose. Les personnages n'arrêtent pas de citer des vers religieux, déifient le statut de Superman et font des allusions mystiques d'une lourdeur effroyables. A cela viennent s'ajouter des plans (très beau, mais là n'est pas la question) avec une forte connotation religieuse et d'un sérieux à toute épreuve.

Une représentation typiquement divine

Une représentation typiquement divine

Les DC sont très graves en comparaison des Marvel, c'est un fait, mais dans le cas présent il y a exagération. L'atmosphère est étouffante comme pas possible. Un mal pour un bien, puisque Batman n'a jamais paru aussi torturé et désabusé ; sauf que les scénaristes ont oublié qu'on parle d'un film avec des personnages se baladant en collant. De nombreux plans frisent le ridicule, lorsque les personnages tirent une tête de trois pieds de long, avec un air grave et résigné en fixant un Superman réfléchi et imperturbable prenant la pose à la lumière du soleil. Et nom d'un chien que c'est déprimant ! Sérieusement les mecs, souriez, faites une blague, je sais pas moi, c'est l'adaptation d'un comics, pas la vie de Kim Jung Un.

Malgré tout, cette atmosphère si grave et méditative a du bon, puisqu'elle permet d'introduire les différents protagonistes, le scénario (sic) et oscille entre la réalité et l'irréel. Les séquences de rêve sont particulièrement réussies. Aussi on pourrait pardonner ces lourdeurs de mise en scène, ces placements de produits douteux, sa musique pompeuse bardée de choeurs religieux, son fan service et ses clins d'oeils aux futurs éléments de la Justice League, tant que le climax est bon. Le combat tant attendu est ménagé jusqu'au bout et quand il est là, c'est le drame ! Que c'est mou ! Putain les mecs, refilez-moi les mêmes sensations que dans Man of Steel, pas un combat aussi pachydermique (le trailer est plus trépidant) ! Qui en plus se paie le luxe de se terminer d'une manière bien putassière ! Car passée cette baston digne d'un combat au tour par tour, les deux héros font ami-ami et le film devient nettement plus convenu, fichant totalement en l'air l'atmosphère mise en place dans la première partie. Ce combat illustre au passage parfaitement le gros problème de ce film : son rythme

C'est la faute à Superman...because I'M BATMAN

C'est la faute à Superman...because I'M BATMAN

Sans vouloir faire de mauvais jeu de mots, c'est supermou. Le scénario, qui n'est pas sans rappeler celui des Indestructibles (les héros font des dégâts, il faut les museler avant qu'on y passe tous), tient sur une feuille de PQ et s'étire sur 2h35 de film ! D'accord les Batman de Christopher Nolan étaient longs, mais au moins on ne s'ennuyait pas et n'est pas Nolan qui veut. Or, si Zach Snyder tente d'imiter Nolan, il s'est surtout cassé les dents, parce que le film est bourré de longueurs, souvent inutiles et immobilisant totalement la trame du film. C'est simple la première partie fait littéralement du surplace, preuve encore qu'un bel emballage ne suffit pas à faire un bon scénario. L'occasion de profiter du sens de l'humour du film (hem). C'est particulièrement vrai dans mon cas, puisqu'un rang derrière moi se trouvaient deux vieilles adolescentes (suffisamment stupides pour ignorer qu'on ne commente pas un film au cinéma, comme on le ferait devant sa télé en mangeant des chips), qui avaient des bouffées de chaleur devant chaque mâle viril et s'esclaffaient à chaque réplique de Jesse Eisenberg. 

Jesse Eiseberg est d'ailleurs la bizarrerie du casting, celui-ci incarnant de manière très personnalisée Lex Luthor. L'acteur a affirmé vouloir interpréter d'une manière totalement nouvelle le personnage (ce qui est bien, puisque Luthor n'était rien d'autre qu'un bouffon dans les films précédents). L'ennui, c'est qu'il s'est contenté... de faire du Jesse Eisenberg, ni plus, ni moins (au lieu de se l'approprier, il l'a adapté à sa personne). Le personnage devient un petit excité enjôleur balançant des piques et des blagues à tour de bras, qui en sus tombent toutes à plat à chaque fois, rendant le spectacle plus navrant qu'autre chose. Il faut attendre sa confrontation avec Superman pour commencer à entrevoir le personnage original. A part ce drôle de choix, le casting fait son travail haut la main, ainsi Henry Cavill et Ben Affleck font match nul, même si je penche plus sur la performance du nouveau Bruce Wayne (bien que le personnage soit très con dans cet opus). Certains ont d'ailleurs gueulé quant au choix d'acteur pour Batman, à tort, car si nous sommes habitués à des acteurs plutôt sveltes dans le rôle du milliardaire (Michael Keaton, Val Kilmer, George Clooney et Christian Bale), Ben Affleck a nettement plus la carrure pour endosser le rôle. On déplorera en revanche l'inutilité d'Amy Adams durant la totalité du métrage, qui en supplément engendre une scène d'une niaiserie hallucinante pendant l'affrontement final, à tel point qu'on a juste envie d'entrechoquer les crânes de Superman et de Loïs Lane pour les secouer.

Côté personnage cette fois, quelques concessions ont été faites pour garder l'ensemble crédible, le gros du travail s'est porté sur Batman. J'ai de grosses interrogations quant à la moralité du personnage, parce je doute, notamment dans une séquence de baston particulièrement violente, qu'il épargne tant que ça ses ennemis. En tout cas s'ils les épargnent, ils n'en ont plus pour longtemps tant il leur fracasse la tronche. Le fait qu'il tue et se voit doté d'une arme à feu dans le film semble ulcérer les fans, sauf qu'au début des comics Batman n'hésitait pas à buter froidement ses victimes, tout particulièrement les japonais ; parce que pour une raison liée au contexte historique, les japonais étaient considérés comme une sous-race juste bonne à transformer en hachis. En outre, dans le film de Tim Burton, Batman balançait le Joker du haut d'une tour à la fin du métrage (au lieu de le rattraper comme dans la version de Nolan). Quant à l'utilisation d'armes à feu, d'une part elles sont nécessaires contre Doomsday, d'autre part ses véhicules en sont bardées.

Graouh !

Graouh !

Doomsday justementn est très mal amené et ressemble à une sorte de mélange entre le troll des cavernes des mines de la Moria du Seigneur des Anneaux et de la Chose des 4 Fantastiques. Ceci étant le film a réussi l'exploit de mélanger les comics The Dark Knight Returns et Superman : Man of Steel. Le combat final est bien fichu, quoique convenu et monté comme un jeu-vidéo, un peu comme tout le film finalement, c'est d'ailleurs ce qui le rend si bancal. En plus, à force de vouloir introduire la Justice League, Zach Snyder a fait tellement de clins d'oeils appuyés et ménagé le rythme que s'en est agaçant. On a limite l'impression que le réalisateur est derrière notre dos en train de nous taper sur l'épaule et nous asséner de "t'as vu ? T'as vu ? C'est la suite. Tu vas voir c'est génial. Mets un pouce." Non seulement c'est lourd, mais en plus ça aurait pu être excellent si le scénario avait été plus fouillé et mieux organisé. 

Maintenant de là à considérer le film comme mauvais (ainsi que l'affirme le Figaro dans son article pute-à-clic), non. On peut tout à fait profiter du film sans s'attarder sur tout ce que j'ai mentionné, le fan service étant au rendez-vous et la mise en scène efficace. Le mieux pour vous est d'aller le voir et de vous faire votre avis dessus, parce qu'une chose est sûre, le spectacle ne peut plaire à tout le monde. En fait si vous voulez être sûr de pas vous faire chier, regardez le film d'animation en deux parties, là c'est autre chose. Pour moi le film est loin d'être mauvais, mais aurait pu être bien mieux s'il avait eu un meilleur rythme et une mise en scène plus subtile (Dieu attaque au lens flare). C'est bien dommage, car le film regorge de bons points totalement inexploités, parmi lesquels la souillure forcée de n'importe quel héros pour faire entendre justice aux humains. Quant à la bande-son, elle est très pompeuse et honnêtement je n'ai pas accroché. La coopération de Hans Zimmer et Junkie XL n'a porté ses fruits que sur le thème de Wonder Woman qui sort de nulle part (tout comme le personnage), tranche radicalement avec le reste de la B.O, mais fait un bien fou.

N.B : il y aura une version longue (si si) et non censurée (?), pour un total de 3h de film. Les 30 minutes de scènes supprimées au montage expliquent peut-être la narration épileptique du film.

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Batman V Superman du Mocking Crow est mise à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale 4.0 International.

Publié dans le coffre à bobines, Films

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