10 Cloverfield Lane (l'enfer c'est les autres)

Publié le par Mocking Crow

10 Cloverfield Lane (l'enfer c'est les autres)

Annoncé tout juste deux mois plut tôt, 10 Cloverfield Lane sort pour ainsi dire de nulle part, mais fait tout de même partie de mes plus grandes attentes de cette année 2016, pour trois raisons. D'un il s'agit de la suite spirituelle de l'excellent found footage Cloverfield (pourvu qu'on aime les films caméra à l'épaule), sorti il y a maintenant 8 ans. De deux, le film a su attiser la curiosité avec sa seule Bande Annonce. Enfin, il a été développé dans le plus grand secret, que même J.J. Abrahms (producteur principal) a maintenu, ce qui est plus qu'étonnant lorsqu'on connaît les manoeuvres médiatiques dont il fait preuve pour tous ses films (qui a dit Star Wars 7 ?).

Si vous ne connaissez pas le premier film, cela n'a aucune importance, puisque techniquement 10 Cloverfield Lane n'est pas une suite, mais une histoire prenant place dans le même univers que Cloverfield premier du nom. D'ailleurs, J.J. Abrahms, déjà producteur du premier film, a mis en place avec sa société (Bad Robots) ce qu'il appellent le "Cloververse", dans lequel un certain nombre d'histoires pourront s'entrecroiser et être plus ou moins liées. Un projet ambitieux, mais néanmoins très intéressant, surtout pour des films ayant chacun une ambiance qui leur est propre.

Parce que les deux Cloverfield n'ont rien à voir. Dans le premier on suivait une bande de fêtards de 20 ans, dont la petite soirée de guedins s'est fait interrompre par l'attaque d'un gigantesque monstre en plein Manhattan. A mi-chemin entre le Blair Witch Project et Godzilla, le film a connu un bon gros succès principalement grâce au buzz qu'a engendré son teaser aussi énigmatique que spectaculaire. Outre les gros effets spéciaux, Cloverfield restait centré sur ses personnages, ce n'est pas pour rien si les 20 premières minutes du métrage sont consacrées aux personnages. Et même après, quand la situation part en vrille, les personnages restent au centre de l'intrigue grâce au caméscope des personnages, quitte à devenir forcément brouillon dans certaines séquences.

Le monstre dans toute sa splendeur

Le monstre dans toute sa splendeur

10 Cloverfield Lane, en revanche, est un huis clos. Fini les escapades dans le métro, les crapahutages en pleine zone de guerre et les excursions dans les immeubles branlants de Manhattan ; à la place on suit une jeune femme faussement séquestrée dans une cave. Même si son gardien tente de la rassurer en essayant de lui faire gober qu'il lui a sauvé la vie après une attaque chimique à grande échelle, elle tente de s'échapper. Dommage pour elle, le monde a effectivement connu une attaque meurtrière, mais venue du ciel...

A l'instar du premier film, cette suite spirituelle est également centrée sur les personnages (ce qui est le but d'un huis clos en même temps). Sauf qu'à la différence du premier opus, l'attaque de monstres est reléguée au second plan, le film préfère s'interroger sur le monstre qui réside en chacun de nous. Si le postulat de départ est simple et l'interrogation centrale propre au genre du huis clos, ce film se démarque avec la performance de ses acteurs et surtout son admirable manière de gérer la tension et le l'ambiance sonore. La pression augmente jusquà devenir étouffante dans bien des scènes, tandis que la bande-son utilise une arme bien trop sous-exploitée : le silence.

En outre, si vous n'avez pas apprécié John Goodman dans The Big Lebowski, laissez-lui une nouvelle chance, tant sa prestation dans ce film est de haute voltige, difficile de savoir s'il est un sinistre paranoïaque ou un ex-marine très prévoyant. Les deux autres personnages principaux font leur job, mais souffrent de la comparaison avec Goodman. 
Dommage finalement que les personnages soient desservis par des twists convenus, quelques dialogues téléphonés et une obsession du terme "monstre" dans les sous-titres de la VO. Et puis, le film aurait pu porter un tout autre nom (comme The Cellar, comme c'était prévu initialement), tant le lien avec le premier opus est imperceptible. Les envahisseurs n'ont pas du tout la même tronche que la bestiole du premier opus, le climat angoissant aurait pu être plus abouti et le dernier quart d'heure est un peu "too much".

Etant un huis clos, le film ne s'adresse pas du tout au grand public et même en appréciant le genre, il est somme toute possible de ne pas apprécier le film, à mon sens à cause de personnages trop sages, la plupart des huis clos ayant tendance à partir dans la folie furieuse vers la fin ou de manière épisodique et ici... ce n'est pas le cas. Dommage, surtout qu'en prenant appui sur l'univers du premier Cloverfield il y avait de quoi s'amuser. Alors, un bon film oui, mais certainement pas à destination du grand public, qui risque de trouver la projection plus fastidieuse qu'autre chose. Au passage si vous connaissez la série Métal Hurlant, le deuxième épisode de la première saison a exactement la même intrigue et la même situation (si ce n'est que là le cataclysme est une attaque nucléaire).

Licence Creative Commons
Cloverfield 2 du Mocking Crow est mise à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale 4.0 International.

Publié dans le coffre à bobines, Films

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