Zootopie (le retour de Disney)

Publié le par Mocking Crow

Zootopie (le retour de Disney)

Après une rentrée placée sous le signe de Pixar avec l'excellent Vice-versa et un certain voyage d'Arlo, c'est au tour de Disney de mettre ses tripes sur la table, pour un résultat plus que sympathique n'étant pas sans rappeler Les nouveaux Héros (sorti l'année passée), la chicane en plus. Car à défaut de prendre des risques dans sa mise en scène, le film se fiche littéralement de la gueule de nos sociétés avec la politique, le pouvoir de la presse, des médias, ses peurs, ses dysfonctionnements et sa pop culture (d'où la présence de Shakira). Enfin ça tout le monde le sait depuis la diffusion de la scène des paresseux de la préfecture, avec un petit côté administration française ; pour ceux qui ne l'ont pas vu la voici (rire garanti), sachez au passage que le film la propose en version longue :

La version courte d'une scène déjà culte

Dans Zootopie on suit le parcours de Judy Hopps, une lapine pleine d'ambition et de bonnes intentions, vivant dans le trou perdu de Lapinville avec ses parents et ses 275 frères, avant de faire son entrée dans l'académie de police de Zootopie, la seule et unique ville de ce monde animalier fantaisiste. Evidemment difficile de s'imposer quand on est un meugnon petit lapin tout choupinou aux oreilles duveteuses, surtout lorsque son seul allié est un renard railleur...

Bien que classique dans sa mise en scène et son déroulement, le film fourmille de bonnes idées, la majeure partie du temps bien exploitée, même si la cohabitation carnivores/herbivores, point essentiel du film, suscite un certain nombre d'interrogations douteuses dans son bon fonctionnement. Enfin on ne va pas bouder son plaisir, les Disney à double lecture et sans chanson ont tendance à se raréfier ces dernières années. Une double lecture un peu poussive, mais intelligente. Le film se divise en 2 parties, la première, très traditionnelle construite comme une enquête à la Bones introduit tous les personnages clefs, tandis que la seconde est nettement plus critique vis-à-vis des stéréotypes et des manipulations foireuses. Après on sent quand même qu'on reste dans un film Disney ça reste assez niais, surtout quand des personnages de 25-30 ans bien tapés commencent à s'excuser de leur comportement de lorsqu'ils avaient 8 ans (Salut, je tenais à m'excuser de t'avoir renversé un yaourt sur ta balconnière lorsque j'avais 4 ans, ça m'a marqué tu sais, bon j'ai attendu 30 ans pour te le dire, entre temps j'ai d'ailleurs ruiné ta famille pour fraude fiscale, mais mieux vaut tard que jamais hein ?) !

Mais ça marche, les personnages sont attachants, l'animation est, sans vouloir faire de mauvais jeu de mots, au poil et l'univers bigrement bien fichu : la ville de Zootopie emprunte son architecture à beaucoup d'oeuvres futuristes, même si elle m'a surtout rappelée le Capitole d'Hunger Games ; les espèces ont chacune leur trait de caractère (dont il est visiblement difficile de se détacher) et leur cohabitation bien pensée. D'ailleurs par animaux, comprenez uniquement les quadrupèdes terrestres, les oiseaux et les créatures maritimes n'ayant pas eu droit à leur évolution darwinienne alternative. L'humour est fidèle à l'esprit de Disney : léger, remplie de clin d'oeil et de piquant et louchant un peu du côté des Nouveaux Héros. Les running gags sont nombreux, bien que parfois lourdauds (une réplique cool = réutilisation du sujet abusivement), tandis que les pocket joke semblent tout droit sortis d'un épisode des Experts à Miami. Moins réussie : la musique, encore une fois signée Giacchino et encore une fois d'un banal affligeant, avec ses fichus violons gémissants, ses cuivres claironnants et ses thèmes sans inventivités. 

Si on atteint pas le niveau de Vice-versa, le film peut se targuer d'être le meilleur Disney depuis maintenant quelques années. Drôle et caustique, Zootopie évite de s'enliser dans les clichés et arrive à nous divertir tout en nous incitant à réfléchir. Dommage que la fin soit si vite expédiée (c'est la mode c'est ça ?) et que la séquence du générique soit hautement dispensable, à moins bien sûr que vous adorez une Shakira gazelle se déhancher aux côtés de tigres en short à paillettes.

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Le retour de Disney du Mocking Crow est mis à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale 4.0 International. Et abonnez vous les moineaux.

Avant, après... no comment

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