Chocolat (faux-semblant)

Publié le par Mocking Crow

Chocolat (faux-semblant)

Quand j'étais gosse, j'aimais les clowns. J'aimais aussi les cirques et les apprécie encore d'ailleurs. Aussi loin que je me puisse me rappeler, c'était au cirque Pinder que j'ai véritablement ri devant un clown. C'était l'époque où il y avait encore des tours de magie et où Sophie Edelstein trémoussait son derrière en faisant tourner des cerceaux au rythme des cabrioles de son frère. Je pense malgré tout que quelque part au fond de moi, je savais que c'était poussif, forcé et bruyant, mais ça marchait. Et ça marchait encore au cirque Zavatta des années plus tard. La recette était pourtant la même, un trio de clowns (le blanc, l'auguste et le contre-pitre) et des gags marqués par des bruitages retentissants et une gestuelle totalement exagérée. Curieusement les clowns les plus doués sont ceux qui finalement ne recourent qu'à très peu de maquillage (bien loin donc des psychopathes en costume bouffant), comme ceux d'antan. Et parmi ces derniers ils y avaient Footit et Chocolat. Si Footit m'était loin d'être un inconnu, il en allait tout autrement pour Chocolat, même si effectivement j'avais entendu parler dans un de mes UE rasants d'une histoire entre Footit et un auguste interprété par un noir. J'ignorais en revanche que c'était un véritable duo, qui a en plus connu un succès retentissant, au point d'être "filmé" par Emile Reynaud, puis les frères Lumières. Mais pour son malheur Chocolat, ou plutôt Rafael Padilla, était noir et ça, ça n'a pas plu à tout le monde. Ce biopic retrace son histoire et celle du duo.

On vous promet une comédie et vous aurez droit... à un drame

Le film est bon, mais il aurait pu être plus fin. En enquillant une mise en scène classique, voire quelque peu désuète et des métaphores peu subtiles, il est même finalement assez poussif. Pourtant avec un tel cadre historique (le Paris de la révolution industrielle recherchant l'exotisme via des iconographies colonialistes), il y avait moyen d'aborder l'histoire de cet artise hors du commun de manière plus subtile. Effectivement, Chocolat est bien représenté comme le nègre niais, puéril, acceptant avec un sourire généreux des coups de pompes dans le derrière. Sauf que d'entrée de jeu, Footit est représenté comme un personnage austère, renfermé, au teint pâle et aux dents jaunes, en opposition totale avec son acolyte afin de bien nous faire comprendre qu'un tel duo ne pouvait décemment pas fonctionner sur le long terme. Même si le film ne s'appesentit pas là-dessus, il est fortement sous-entendu que Footit est asexuel, je n'ai trouvé aucune trace de la véracité de la chose mais rien non plus qui l'infirmait et après tout, cela colle plutôt bien au personnage. Quoi qu'il en soit cette opposition très manichéenne aurait pu être évité, même si effectivement Footit traitait son compatriote comme de la merde en dehors de la scène.

Et lorsque cette collaboration s'est achevée, cela ne s'est pas fait dans la joie et la bonne humeur. Si le Paris de l'époque du colonialisme en a fait rêver plus d'un avec les nombreuses découvertes tant géographiques, que scientifiques et la naissance de mouvement plus avant-gardistes, c'était aussi une période de ténèbre, marquée par un pic d'inégalité sociale. Le Londres de cette époque hérite d'une représentation enfumée perdue dans un labyrinthe de ruelles sordides où règnent la criminalité et l'opium, mais Paris était finalement semblable. Lorsque Chocolat débarque dans la capitale, tout y est édulcoré mais bien sûr plus l'histoire avance, plus le tableau s'obscurcit, le personnage se perdant dans l'alcool, devenant accro au jeu et au laudanum et multipliant les relations. Sans compter les discriminations raciales, sa lutte contre les stéréotypes et sa scandaleuse carrière de comédien, tous ces éléments ont bien sûr causé sa perte. Car si l'on nous vend une comédie avec Omar Sy dans le rôle-titre, il n'en est finalement rien. L'histoire est tragique et les tentatives humoristiques tombent tout simplement à plat. C'est d'ailleurs un autre point négatif du film. Il est déséquilibré. Entre les sketchs "comiques" des clowns nous balançant la même quantité de décibels qu'un concert de Heavy Metal, la comédie cinématographique et le réalisme du biopic retranscrivant sans fioritures les joies et surtout les affres de la carrière de Chocolat, tout n'est pas au point. Certaines scènes sont même carrément violentes et assez surprenantes pour un film s'adressant au grand public.

Mais si le film reste plaisant à regarder, c'est surtout gràce à sa distribution. D'accord, certains seconds rôles ont un peu de mal avec le langage soutenu du début du XXème, ceci étant le niveau général est bien au-dessus de la moyenne. Si les trois quarts des louanges reviennent à Omar Sy (qui joue très bien, là n'est pas la question), on oublie beaucoup trop James Thierrée, dans le rôle de Footit, un tort, l'acteur étant tout simplement excellent. Les deux acteurs font tout deux du théâtre dans du théâtre, mais la palme revient au petit-fils de Charlie Chaplin qui rentre et sort de son rôle du clown blanc cabriolant avec une facilité forçant l'admiration. En outre le choix de ces deux acteurs est extrêmement pertinent, tous deux ressemblant étonnamment au duo original (à part la taille de Omar Sy). Quant à la musique... elle fait son taf, même si la ritournelle d'accordéon bien cliché aux effluves jazzy n'est pas le meilleur choix d'accompagnement pour un tel film. Malgré tout ça reste un bon film, bien grinçant, mais n'y allez pas en pensant pouvoir vous taper sur les cuisses avec hilarité.

Licence Creative Commons
Chocolat du Mocking Crow est mis à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale 4.0 International.

Publié dans le coffre à bobines, Films

Commenter cet article