Battle Royale (JAPOOOOOON !)

Publié le par Mocking Crow

Battle Royale (JAPOOOOOON !)
Battle Royale (JAPOOOOOON !)
Battle Royale (JAPOOOOOON !)

Sorti au Japon à la fin du 2ème millénaire, où il connut un bon gros succès, Battle Royale a eu droit à deux films, deux séries de manga et un regain d'intérêt depuis quelques années. Si la raison ne tient qu'en deux mots (Hunger Games) elle est basée sur des conceptions finalement erronées. Battle Royale prend place dans un futur alternatif aux influences orwelliennes, assez proche de notre époque, dans lequel le Japon est soumis à un régime totalitaire antiaméricain marqué, organisant chaque année une expérimentation militaire sanglante. Pour ceux qui l'ignorent encore, l'expérience est simple : les élèves d'une classe de 3ème tirée au sort doivent s'entretuer jusqu'à ce qu'il n'en reste qu'un seul. Simple et propice à la trahison et la violence amorale. Pour en finir avec la comparaison douteuse de sa version américaine, cette dernière s'adresse à un public majoritairement plus jeune, tente de donner de la crédibilité à un système qui s'écroulerait en moins de deux mois et ne se centre finalement pas sur les mêmes aspects.

Battle Royale est centrée sur le Programme (nom donné à l'expérience militaire), les personnages se limitent aux élèves de la classe (et quelques enflures du gouvernement) et le  récit décolle immédiatement. Le roman ne s'enlise pas dans des explications sur la raison d'être du Programme, celles-ci passent par les interrogations et les points de vu des différents personnages. Il y a toutefois une explication sur le pourquoi du comment à la toute fin du livre, mais malgré tout ce système improbable obligeant l'avenir de la nation à s'entre-tuer pour montrer qu'on ne peut faire confiance qu'à soit même ne peut décemment être considéré comme étant réaliste. Au fond l'auteur ne cherche pas vraiment à utiliser un moyen réaliste pour acculer ses personnages et sabrer la dictature, après tout c'est une fiction dystopique où le réalisme doit faire quelques concessions.

La survie est le premier élément narratif et commence dès le second chapitre, qui affiche déjà deux morts au compteur. La dureté de Battle Royale est morale et physique, les personnages sont tous dans la même classe, se connaissent tous mais doivent se fritter pour ériger des statistiques militaires. Les affrontements sont violents, extrêmement sanglants (caractéristiques du style japonais) et amorales. Les coups bas et les trahisons sont légions, certains personnages n'hésitant pas une seconde à balancer la notion d'amitié à la corbeille pour le bien de leur survie. En outre, s'il y a bien un héros (très Gary Stu d'ailleurs) l'auteur a eu la bonne idée de changer de narrateur d'un chapitre à l'autre, de sorte qu'il est possible de suivre les élèves jouant le jeu ou un simple péquin courant droit au casse pipe. Malgré un choix de narration omnisciente étrange, celle-ci est bien racontée et vraiment construite comme un manga. C'est simple, il est très facile de se représenter les différentes situations cases par cases, c'est particulièrement criant durant les affrontements. Les mangas ont d'ailleurs été scénarisés par l'auteur du roman (Koushun Takami), ce qui a facilité le travail du dessinateur (Masayuki Taguchi). Je n'ai pas eu la chance de les lire, mais les quelques extraits que j'ai pu voir jusqu'à présent vendent du rêve.

Tu la sens la pédagogie inversée là ?
Tu la sens la pédagogie inversée là ?
Tu la sens la pédagogie inversée là ?

Tu la sens la pédagogie inversée là ?

Bon par contre les personnages me semblent un peu mature par rapport à l'oeuvre initiale et Shuya ressemble beaucoup à un chanteur de boys band japonais des années 80. Enfin déjà de base les personnages sont un peu trop pensant pour des collégiens de 15 ans et se comporte beaucoup plus comme des mercenaires aguerris que de véritables écoliers, je sais bien qu'on est au Japon mais quand même. Je peux d'ailleurs pas m'empêcher de mentionner le personnage de Kazuo Kiriyama, l'antagoniste principal du livre, du manga et du film. C'est le psychopathe en puissance qui a décidé de se lancer dans la partie après avoir joué à pile ou face. Ce mec n'est pas un collégien, c'est un terminator aux réflexes de ninja. Le meilleur exemple est sans doute la scène où un personnage (très cool) décide de lui envoyer une bombe artisanale à la figure, Kiriyama y survit :
1) en remarquant en moins d'une seconde qu'il s'agit véritablement d'un explosif
2) en s'enfermant dans un camion en panne juste à côté en moins d'une demi-seconde
3) le camion n'explose pas, mais se fait soulever par l'explosion (?)
4) Kiriyama ressort tranquillement du même camion
sans une égratignure en s'époussetant (??).
Quand je disais que la fiction fait des concessions avec le réalisme c'est pas pour rien.

Niveau personnages, il y en a beaucoup. Heureusement certains montent rapidement au ciel, mais très franchement j'ai eu pas mal de difficulté à retenir tous les noms, qui à mes yeux avaient tendance à tous se ressembler (déformation culturelle). Parmi tous ces personnages on n'échappe pas aux clichés, parce que tout le monde sait maintenant que dans chaque école du monde on se fait racketter, on a affaire au trafic de drogue et à des filles faciles. On a également le petit intello binoclard qui devient un putain de facho sans son pupitre, l'homosexuel de service, l'altruiste à la tête creuse, la bombasse enjôleuse et le héros parfait. On trouve même le temps de nous placer une histoire d'amour en moins de deux jours d'intervalle (deux jours de plus et ils sont divorcés sur Facebook). Du grand art, c'est ce qui fait d'ailleurs qu'on ne s'ennuie pas une seule seconde dans ce bouquin. Je doute d'ailleurs que les deux films aient pu retranscrire la violence physique et morale du livre, mais bon il paraît que c'est fidèle au livre... Petit détail au passage Quentin Tarantino a placé ce film parmi ses favoris, ce n'est d'ailleurs pas pour rien si le personnage de Gogo Yubari de Kill Bill, interprété par Chiaki Kuriyama, ressemble à celui de Takako Chigusa, qu'elle a également interprété.

Vient maintenant la question de la suite qui apparemment est loin d'être mauvaise et là, a officiellement une valeur compromettante pour Hunger Games. Comme vous le savez dans la trilogie de Suzanne Collins, il est aussi question de renverser le gouvernement et bien c'est précisément sur cet aspect que se concentre la suite de Battle Royale. Battle Royale 2 Requiem pour le film et Battle Blitz pour le manga (pas de livre). Avec un peu plus de deux heures de film, il y a de quoi apporter un certain nombre de détails sur l'univers du livre original, il en va de même pour le manga qui est basé sur ce deuxième film. Alors finalement est-ce que Suzanne Collins ne se foutrait pas un peu de la gueule du monde ? Aucune idée, mais je doute fortement que son éditeur ait pu l'empêcher selon ses dires de se pencher sur son pendant japonais après les premières critiques.

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Battle Royale du Mocking Crow est mis à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale 4.0 International.

Publié dans La malle à bouquins

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