The Lobster (l'amour avec deux grands "i")

Publié le par Mocking Crow

Cette double affiche prend tout son sens une fois le film visionné

Cette double affiche prend tout son sens une fois le film visionné

L'amour pour les nuls

Dans un futur proche… Toute personne célibataire est arrêtée, transférée à l’Hôtel et a 45 jours pour trouver l’âme soeur. Passé ce délai, elle sera transformée en l'animal de son choix. Pour échapper à ce destin, un homme s'enfuit et rejoint dans les bois un groupe de résistants ; les Solitaires.

Un scénario loufoque qui ferait rêver David Lynch, pourtant le résultat pourrait se résumer en un mot: déprimant. Le film n'est pas mauvais, loin de là, transformer les célibataires en paria de la société, qu'on irait jusqu'à chasser dans les bois comme une vulgaire sous-race, pour ensuite la métamorphoser en animal et le renier de l'humanité est une idée originale, bien exploitée et chargée de messages. Mais voilà, c'est long (2h !) et au bout de 45 minutes, le réalisateur semble avoir vidé son stock d'idées, de sorte que la trame s'enlise et se perd dans des répétitions sempiternelles. Dommage, le fond n'est pas bête, on retrouve bien des thèmes, comme l'intrusion de la société dans la vie intime, l'égoïsme, la trahison et le mensonge dans un couple (hétéro ou homo, je précise), la solitude portée comme un honteux fardeau et l'individualité écrasée par le conformisme, tandis que l'anticonformisme en vient à modeler l'individu. Bref, c'est loin d'être stupide, mais c'est déprimant, à un point...

Si la bande annonce laissait entrevoir un film satirique barré, il n'en est rien. Il s'agit plus d'une comédie (très) dramatique avec une toile de fond dystopique à l'atmosphère lourde et étouffante. où l'absurde rime avec l'humour noire. Si on se laisse embarquer dans le récit, c'est quasiment une expérience. Sauf que pour moi, cette expérience se rapproche de celle vécue devant Maggie (le film sur les zombies cancéreux, avec Scharzi), à la différence près que cette fois j'ai pas de Kung Fury pour me changer les idées, à la place j'écoute du Moonspell (autant aller jusqu'au bout et puis ça sonne bien).

Comme l'amour et moi ça fait deux, je suppose que suis passé à côté de certains aspects essentiels; mais bon comprenez que je n'ai pas été béni par la divine décharge et que je ne suis pas pressé de trouver l'âme soeur, surtout si elle se réduit à reproduire un de mes traits de personnalité.

La question des plans à trois n'a pas été soulevée, pourtant 3 célibataires comme ça, si innocents...

La question des plans à trois n'a pas été soulevée, pourtant 3 célibataires comme ça, si innocents...

La sexualité pour les nuls

Vous vous doutez bien qu'avec ce pitch ça touche un peu aux cowboys et aux télescopes; ceci étant même si on a plus de sexe que dans Fifty Shades (pas trop compliqué en même temps), ça ne bascule jamais dans la vulgarité. Et pour cause le film est avant tout centré sur l'amour et non l'acte sexuel en tant que tel (mais ça fait un chouette titre). Cependant quand l'amour se perd dans le conformisme, la sexualité et les relations humaines en patissent sévèrement.

J'hésite entre le terme robot ou zombie pour décrire le niveau d'absence d'émotions des protagonistes. Qu'est ce qu'un humain fait peur sans émotion ! Le pire étant que les acteurs jouent admirablement bien (Colin Farrell est métamorphosé et pas seulement par ses 20 kilos de trop) et ont tous l'air de psychopathes en puissance avec leur débit plat, neutre et froid et leur regard perpétuellement perdu dans la brume. Flippant.
On notera au passage la présence de Léa Seydoux en chef des solitaires qui nous gratifie de plusieurs passages en français dans la V.O. et de l'accent de chiotte si cher aux français lorsque vient le tour de ses parents (les personnages du film, pas biologiques !). Le casting est d'ailleurs fascinant, réunissant de multiples nationalités sous la bannière de la langue de Shakespeare, il est porté par une très bonne tripotée d'acteurs. Dommage que la bande son ne soit pas à la hauteur, reprenant quelque grands classiques, déformant le requiem avec un violon désaccordé, elle a tendance à s'exciter pour rien (à moins que ce soit pour exprimer le manque... hum, oui, peut-être...) et à devenir carrément rasoir.

Bon, il y a de fortes chances que vous n'allez pas aller voir ce film (qui ne passera plus à partir de mercredi prochain dans la majeure partie des cinémas) donc autant balancer ce qui vous intéresse. Il y a deux camps, d'un côté les couples, de l'autres les solitaires. La question de savoir comment les célibataires éprouvent le besoin d'avoir une relation et comment les couples perçoivent ces loosers, est matérialisée par un Hôtel élaborant un apartheid entre ces deux catégories. Pour les couples tout va pour le mieux, mais pour les autres c'est le lavage de cerveau: erection quotidienne en pratiquant une sodomie sur la soubrette, pardon une masturbation collaborative avec la soubrette, mise en situation caricaturale, chasse aux solitaires (à coup de fusils tranquilisants), masturbation interdite ou encore bal obligatoire. Je crois que le plus glauque ce sont les conversations, je sais que quand on ne connaît pas quelqu'un on ne va pas lui sauter dessus; mais de là à parler du poids d'un ballon, de comment nettoyer une tâche de sang, des acariens dans les tapis ou autres sujets aussi philosophiques tout le temps, il y a des limites.

On pourrait se dire alors que la vie de solitaire c'est tranquille non ? Que nenni, ces malandrins poussent le concept d'abstinance à son extrème: pas de flirts, pas de danse en duo (c'est pour ça qu'on écoute que des musiques électroniques dixit le dialogue), vivre comme un clochard dans les bois jouxtant l'Hôtel (au lieu d'avoir l'intelligence de se tirer) et surtout bien creuser sa tombe (on ne sait jamais). De toute façon être amoureux signifie trouver une personne qui a un signe particulier, défaut ou point commun avec vous (talent artistique, myopie, bras en moins, absence de sentiments...), donc dans le doute abstenez vous !
Au passage c'est dans la deuxième partie que le héros trouve l'amour et c'est pourtant dans la première partie qu'il y a le plus de cul. La seconde partie arrive même à être encore plus glauque que sa consoeur et se conclut par une fin en queue de poisson, beaucoup trop démoralisante pour le commun des mortels. Ceci étant le point final de l'histoire se cache dans l'affiche, c'est en tout cas comme ça que je préfère voir les choses.

Pour résumer: original, déprimant, minimaliste et s'essoufflant trop rapidement pour mériter son prix de Cannes. Mais des films aussi singuliers font plaisir à voir de temps en temps, aussi je ne regrette pas de l'avoir vu, malgré ses lourdeurs et son rythme excessivement lent (mais pas derrickien non plus).

 

Licence Creative Commons
L'amour avec deux grands "i" du Mocking Crow est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale 4.0 International.

Publié dans le coffre à bobines, Films

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Blooondin 30/10/2016 00:36

Sodomie avec la soubrette ? il semblerait que tu aies rêvé. C'est une sorte de lap-dance très mécanique, presque froide, effectuée en sous-vêtement sur l'entrejambe de Colin Farell pour faire monter l'excitation et le manque puisqu'une fois l'érection venue, la soubrette s'arrête. Ce petit rituel est censé l'encourager et le motiver à trouver une partenaire, en tirant sur la corde de ses besoins naturels.

Corbeau Moqueur 30/10/2016 11:58

Oui, je vois la chose, en gros il se fait masturber par la soubrette. Je corrige. Mais dis donc que de détails, j'ignorais que j'avais de tels connaisseurs parmi mes lecteurs, surtout à 00:36, heure où la réflexion philosophique est à son paroxysme...
Je blague. Merci d'avoir pris le temps de lire un de mes vieux articles.