Pan (Ils en ont trop pris)

Publié le par Mocking Crow

Pan (Ils en ont trop pris)

Préquelle ou reboot ? Je me le demande...

Les meilleurs amis ont été des amis, tout comme les plus grands amis ont été des ennemis. Ouhlalala, voilà qui sonne définitivement le glas à l'oeuvre de J.M. Barrie, entre des incohérences à la pelle, des pirates tout droit sortie de One Piece, un Barbe Noire efféminé joué par un Hugh Jackman qui va sérieusement regretter d'avoir accepter un rôle pareil, une histoire de prophétie tout droit sortie du cul des scénaristes et des indiens grands guignolesques; difficile de savoir s'il faut rire ou pleurer. Il y a aussi le cas de Hook, charismatique de prime abord, il se transforme ensuite en John Wayne de pacotille bourré comme un coing, balançant des blagues plus lourdes les unes que les autres et des tape m'en cinq avec Peter Pan. Oui, parce qu'ils ne sont pas alliés, non non, ils sont potes, rien de moins. D'ailleurs juste histoire de raccrocher les wagons, le film nous balance lors d'un Happy ending douteux, un "On restera amis ?""Pourquoi ça se passerait mal entre nous ?". 
Voilà. Si vous attendez une véritable préquelle de Peter Pan, c'est (très) mauvais et encore je suis gentil. Tout est caricatural, les pirates, les indiens, les bonnes soeurs, tout. Vous ne saviez pas ? Il y a des bonnes soeurs aussi dans Peter Pan et elles ont sérieusement jeté la croix au profit du jolly roger, plus rentable semble-t-il.

Tout commence dans un orphelinat, où Peter Pan se fait enlever avec d'autres moujingues tout aussi mal doublés que lui, par des pirates à la discrétion pachidermique, durant un blitz allemand. A la suite de quoi le bateau volant des dits pirates se fait prendre en chasse par des avions anglais et allemands (?) en plein coeur d'un Londres très stylisé (??) devant le nez de tout les passants (???!!!), en ripostant à coups de canons piffés dans le décor (!!!!). C'EST N'IMPORTE QUOI !!! Déjà, pourquoi ça se passe durant la Seconde Guerre Mondial ? Pourquoi la bonne soeur en chef ressemble à un bulldog croisé avec la sorcière de l'Ouest du Magicien d'Oz ?? Pourquoi les pirates sont tous fringués comme dans Hunger Games ?? Pourquoi un bateau volant ne choque personne, pas même le chef de l'état major ?! Et attendez c'est que le début, vous n'avez pas vu Barbe noire:

Quelle classe, quelle virilité !

Quelle classe, quelle virilité !

J'ai mis un peu de temps à reconnaître Hugh Jackman et peut-être que l'acteur trouve ça cool pour l'instant, mais ça risque de rester dans pas mal de bêtisier de sa carrière. Loin de l'un des pirates les plus sanguinaires de l'histoire, Barbe Noire est ici l'opposé exacte de Peter Pan: il déteste l'enfance, court après la vie éternelle en sniffant de la kryptonite et adore les moumouttes et la prose. Régnant sur l'île volante de Quedétrav, il va très vite avoir envie d'éviscérer Peter qui non content de savoir voler, ressemble étrangement à une prophétie pas franchement agréable pour sa personne. J'irai pas plus loin sur l'histoire à deux balles, en décalage complet avec l'oeuvre originale, je vais juste ajouter qu'il (Peter Pan) se fera poursuivre par le fruit des amours d'un oiseau Jujub et d'une autruche, rencontrera la fée clochette durant 10 secondes et des "indiens" composés de peintures et réunissant toute les cultures du monde en un seul peuple. Du grand art !

Indiana Hook

Indiana Hook

Les seuls bon points: la musique et l'esthétique

Ce qui est incroyable dans cet océan de nawak, c'est que le film possède une bande son de qualité. Même si bien des passages sont banals, l'ambiance musicale générale mélange différentes influences: un mix orientalo-flamenco lors de la poursuite dans Londres, western près de la mine, exotique dans Neverland et chez les "indiens". 
Ouf, un bon point (merci John Powell), auquel s'ajoute l'esthétique bien léchée du film. Si on n'échappe pas aux filtres bleu et orange, les différents lieux sont très agréables à regarder: que ce soit le Londres enfumé du XXème siècle, ou le pays imaginaire aux allures de Pandora d'Avatar. La qualité photographique est soulignée par des effets spéciaux impeccables et une 3D tout aussi impeccable jouant sur les perspectives et renforçant plus que jamais l'immersion. Après tout n'est pas tout rose non plus, puisque le fond bleu est perceptible à plusieurs reprises et le harnais de Peter Pan pas des plus discrets.

En plus niveau bande son, les personnages ne savent pas parler et passent leurs temps à nous hurler dessus dans les 2 tiers du métrage, avec un pic lors de la fin totalement surréaliste du film. En effet, les évènements prennent un tournant dragonballesque et juste avant de lancer des pitites nétoiles multicolores sur ses adversaires, Peter Pan vise la phrase culte en nous assènant un "Pense à quelque chose de joyeux" dans une VF léthargique au possible. La VF, c'est quelque chose, pour les adultes c'est OK, mais pour les gosses... ouille. Je ne sais pas qui est la patate qui double Peter Pan, mais merde, mets-y du coeur quoi ! Les 3/4 des répliques sont ânonnés péniblement, c'est un cauchemar. En plus bon nombre de dialogues sont téléphonés, creux ou font montre d'une rare perspicacité: "Je te cherchais""Et tu m'as trouvé". Le pire c'est que les acteurs jouent bien, même celui de Peter, le problème vient vraiment de la VF.

Un gros problème de fond

Quelle idée d'essayer de greffer un scénario sérieux dans un univers de barjots où aucune règle ne prédomine réellement. Tim Burton l'avait fait avec Lewis Carroll et le résultat n'était pas franchement convaincant sur le fond. Ici c'est pareil, sauf qu'en plus la forme y passe aussi. Visiblement destiné à un public famillial, le film est dôté d'un humour lourd, rebattu et raté (j'ai dû esquisser un sourire 2 ou 3 fois tout au plus) et de personnages stéréotypés au possible, mention spéciale pour Mr Mouche qui n'arrête pas de changer de camps et... disparait... ou meurt à la fin, je sais pas trop, en tout cas il est plus là.

Des incohérences comme celle-là il y en a un paquet, j'ai déjà mentionné l'époque, mais il y a aussi le fait que Lily la Tigresse devienne la petite amie de Hook (!!). D'ailleurs vous vous souvenez du crocodile, eh bien il n'est pas là. On a bien deux crocodiles, l'un dans une bulle d'eau en apaisanteur et l'autre dans un fleuve qui se fait attaquer par des sirènes lesbiennes, mais à aucun moment Hook ne perdra l'une de ses mains. Ben quoi ? Vous vous attendiez à le voir se faire arracher un membre ? Non c'est beaucoup trop violent voyons, on vire ce passage dont tout le monde aurait aimé connaître la raison et on les laisse régler ça entre eux après.

Non décidément non, j'ai beau ne pas être un spécialiste de Peter Pan, mais là il faut pas faire n'importe quoi avec... ben n'importe quoi. Je suppose que le film s'adresse aux amateurs de grand divertissement, qui ne connaissent pas grand chose à l'univers de Peter Pan. Après peut-être que l'univers du film pourra en séduire certains, mais très franchement si vous aimez l'oeuvre de J.M. Barrie vous allez vous arracher les cheveux.

 

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Publié dans le coffre à bobines, Films

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