Marguerite (poule hystérique et musique classique périmée)

Publié le par Mocking Crow

Marguerite (poule hystérique et musique classique périmée)
  • Date de sortie: 16 septembre 2015
  • Réalisateur: Xavier Giannoli
  • Acteurs principaux: Catherine Frot, André Marcon, Michel Fau, Denis Mpunga...
  • Compositeur: Ronan Maillard
  • Nationalité: français, tchèque, belge
  • Genre: Comédie dramatique
  • Durée: 2h07

Le nouveau porte-étendard de la France !

Le nouveau porte-étendard de la France !

Plus ignorante que l'originale

Voilà maintenant une dizaine de jours que j'ai mentionné le film inspiré de la pire cantatrice du monde. Evidemment je l'ai vu (sinon à quoi bon écrire un truc sur le film ?). Encore une fois, je me suis trompé, mais à moitié cette fois: le film est bon, sacrément déjanté par moment mais d'un triste... sur le fond.

Je ne m'étendrai pas les nombreuses divergences avec la véritable "artiste", pour me contenter de saluer l'excellente performance de Catherine Frot (après l'insipide Les Saveurs du palais et le navrant Les associés contre le crime, il était grand temps qu'elle revienne dans le droit chemin) qu'on a envie de trucider à chaque vocalise et en même temps d'adorer pour ses répliques impayables: Avoir beaucoup d'argent n'a aucune importance, l'important c'est d'en avoir (??). L'actrice partage l'affiche avec un certain André Marcon, un Michel Fau en roue libre et une génération d'acteurs plus jeunes et pétillants.

Le pitch, parce qu'il y en a un et pas des moindres: Dans la campagne entourant le Paris des années 20, la marquise Marguerite Dumont voue une passion sans limite à la musique d'opéra. Etant une femme généreuse, elle n'hésite pas à partager régulièrement son talent vocale avec son cercle d'habitué. Le hic, c'est qu'elle chante comme une guimbarde mal taillée (cf. la B.O.), mais personne ne lui a jamais dit, ses amis ayant trop peur d'être exclu du cercle de leur bienfaitrice. Son mari, ses domestiques, bref toute la maisonnée l'a entretenue dans ses illusions. Jusqu'au jour où elle décide de se produire devant un vrai public, sur une vraie scène d'opéra...

La reine de la nuit prend très cher dans cette scène

La reine de la nuit prend très cher dans cette scène

Bon en fait je n'ai pas tout dit, il y aussi une étrange romance entre deux protagonistes: l'une est une chanteuse lyrique montante, l'autre un journaliste anarchiste sans scrupule. Tout deux se sont rencontrés lors d'une des réceptions organisées par la marquise Dumont, en l'honneur des orphelins de la guerre (lesquels n'hésitent pas à se planquer sous la table lors du récital de Madame). Ces deux protagonistes incarnent néanmoins l'évolution des moeurs, le boulversement des classes sociales et le début des années folles. Le classique commence à lasser les foules au profit de musiques plus scandaleuses, le jazz ou les courants néo-classiques et atonales pour les plus racistes.

Ainsi autour de l'étrange marquise Dumont naissent de curieuses unions et des mains secourables deviennent des amis inattendus. L'histoire aurait pu être une charmante comédie si la fin pleine d'amertume n'avait couronné le tout.
D'accord le fin laisse un goût amer, par contre le film est très créatif vis-à-vis du talent de la cantatrice: chacun de ses roucoulements est un véritable festival (pauvre Mozart !), si je devais en choisir une la meilleure scène serait celle dans laquelle Atos Pezzini découvre avec stupeur (littéralement) le niveau de chant de la marquise sur Voi che sapete. On compte en outre quantité de répliques bien senties et de moments... particuliers (la scène avec Marguerite assise sur son lit portant un masque de Polichinelle ?).

Sans être sophistiqué, ni particulièrement unique l'esthétique est travaillée, je pense qu'il doit y avoir un léger filtre gris, ce qui expliquerai les couleurs ternes des vêtements et la perpétuelle grisaille météorologique (on est à Paris pas en Normandie !). Avec le recul, je n'ai pas retenu de thème musical particulier, mais j'ai le souvenir qu'elle remplissais bien son rôle sans plus. Il faut dire que les personnages poussent souvent la chansonsette et à part Marguerite Dumont, le niveau est excellent: Purcell, Haendel, Mozart, Piccini, voire Debussy et Ravel, le catalogue est large et... fait saturer les hauts-parleurs !? Dans une scène, une seule scène, Atos Pezzini braille plus qu'il ne chante et nous agresse les oreilles avec une voix de ténor bien trop puissante pour être légale.

Mais bon, amis de l'association des recalés de la nouvelle Star, venez donc vous consolez devant cette première adaptation très libre de la biographie de Florence F. Jenkins, vous comprendrez qu'on peut toujours tomber plus bas, mais garder le sourire en toute circonstance... surtout lorsqu'on a un gros paquet de fric.
 

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Marguerite en mode "putain chinoise" (dixit le dialogue)

Marguerite en mode "putain chinoise" (dixit le dialogue)

Publié dans le coffre à bobines, Films

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