Le tout nouveau Testament (Fourre-tout culturel)

Publié le par Mocking Crow

Le monde en sera à jamais chamboulé

Le monde en sera à jamais chamboulé

  • Date de sortie: 2 septembre 2015
  • Réalisateur: Jaco van Dormael
  • Acteurs principaux: Pili Groyne, Benoît Poelvoorde, Yolande Moreau, Marco Lorenzini, Catherine Deneuve
  • Compositeur: An Pierlé
  • Genre: Comédie, Fantastique
  • Nationalité: Evident non ?
  • Durée: 1h54

La Bible sous acide

Dieu existe, il habite à Bruxelles... Au moins on sait où ce connard vit à présent. Car oui, Dieu est un connard, ou selon sa fille Ea, un salaud. Dieu a eu un fils, qui transmettait les pensées de son père au feeling et s'est retrouvé cloué sur un cintre, comme une chouette, ça tout le monde le sait, mais JC a aussi une soeur. Une jeune fille intelligente qui passe son temps à réciter son texte, faire bouger des objets par la pensée et multiplier des sandwichs au jambon par deux. En fait elle sert à rien, jusqu'à ce que son père dépasse les bornes. 

Non content d'avoir un tête de con (ben oui, Benoît Poelvoorde quoi), ce bon vieux Dieu se paye le luxe d'être un vieux grincheux addict du tabagisme, de la bière et de la cruauté. Vêtu d'une robe de chambre de clodo, d'un pyjama de la même tempe et disgracieusement chaussé de claquette de plage, Dieu passe son temps à pourrir la vie de ses créations sur son ordinateur et houspillé sa femme au regard perpetuellement incrédule. Mais voilà sa fille découvre les actions de son père et, après s'être fait fouettée à coup de ceinture par son père (idiot la dernière fois que ça c'est produit dans un film, la fille s'est barrée en chouinant pitoyablement), décide de pourrir sa vie éternelle.

Elle envoie d'abord toute les dates de décès aux humains par SMS et, sur les conseils de JC, introduit un virus dans l'ordinateur de Dieu puis s'en va chercher six nouveaux apôtres sur Terre en passant par la machine à laver (parce qu'évidemment Monsieur ne veut pas se doter d'une simple porte, non trop humain, mieux vaut rester cloîtrer chez soi avec bobonne). Pourquoi six et pas 12, tout simplement pour que le total soit de 18 apôtres, soit le nombre de joueurs dans une équipe de baseball, ce qui plaira à sa mère, fan de baseball depuis la nuit des temps (??).

C'est ainsi que la fille du grand Dieu de la chrétienneté s'en va au paradis (le monde humain) chercher six personnes complètement paumés. Sans tous les dévoilés car tous ne se valent pas, elle rencontre entre autre un aventurier raté, un assassin fataliste, un garçon autogynéphile et une femme zoophile. Résutat une comédie complètement déjantée, destructurée mais posant une question fondamentale: que ferait-on si l'on connaissait la date de notre mort ?

La meilleure famille du monde festoyant leur repas divin

La meilleure famille du monde festoyant leur repas divin

Drôle, grinçant et un peu conceptuel

L'une des premières choses qui frappe c'est la qualité de la réalisation. Enchaînant des sketchs à double sens et des instants purement photographiques, le film est visuellement très réussi. Par contre certains passages sont carrément conceptuels, que ce soit la main qui danse sur une table sur Lascia ch'io pianga de Haendel ou le moment où le 2ème apôtre dirige une nuée d'étourneaux comme un chef d'orchestre. Très contemplatif, très mélancolique selon certains, objet de désir sexuel prononcé pour les profs de lettres, dans les faits c'est longuet. Alors c'est très bien fait certes, mais ça ressemble beaucoup à une pub de parfum étirée, dont on s'interroge sur le sens ou la logique (vous voyez celle qui dure une plombe avec Johnny Depp allant enterrer une breloque en plein désert ? Ben voilà, c'est un peu la même sensation que l'on a dans ces moments: de la gêne, de l'ennui, mais merde la photographie est quand même bien foutue).

A ce niveau les bandes annonces sont assez mensongères, au lieu d'une grosse comédie lourdingues, à se pendre, le film est plus grinçant et poétique qu'il ne ne laisse entendre. Bon je vais pas non plus dire que c'est une fable philosophique sur la raison de l'existence humaine incorporant la preuve onthologique d'une existence divine; ça reste avant tout du domaine du divertissement et à ce niveau là, c'est réussi.
Complètement déjanté, desservi par un casting de folie: Poelvoorde (curieusement assez discret dans le film), Yolande Moreau, Pili Groyne (je reviens sur elle juste après), François Damiens, Catherine Deneuve... Des acteurs talentueux incarnant admirablement leur rôle, mention spéciale pour Catherine Deneuve et son gorille. Par contre, Pili Groyne (le fille du Seigneur) est clairement en dessous du lot. Je sais que je vais à l'encontre des critiques, mais franchement non quoi. Certes son rôle ne lui permet pas de montrer l'étendue de son talent; au fond elle ne sait pas pleurer, elle découvre avec candeur un nouveau monde, mais merde ! Elle récite son texte sans aucun relief, elle tire quasiment toujours la même tête étonnée, franchement on a vu mieux.

Voilà c'est la tête qu'elle tire tout le long du film

Voilà c'est la tête qu'elle tire tout le long du film

Références en pagaille et baroque

J'espère que vous aimez la musique classique, parce que si ce n'est pas le cas prévoyez du coton et allez voir la version sous-titrée. Outre les grands noms empruntés à l'ère Romantique ou Baroque, la B.O. louche énormément vers le style de ces deux époques, même si elle inclut dans des compositions plus "cinématographiques". Selon Ea, les gens ont une musique qui leur est propre; elle définit leur personnalité et permet de citer quelques compositeurs, sans trop se fouler.
Les thèmes propres au film sont plus mélancoliques, souvent joués au piano seul, exception faite pour le thème de Dieu empli de maladresse et de bougonnement, interprété par un cor et quelques violons.


Evidemment on s'ennuierait si on se fichait de la Bible à longueur de temps (les extrémistes auraient en plus mis le feu à des cinémas), aussi le film nous envoie à la figure quelques références au plus grand philosophe et acteur belge: JCVD, aussi connu sous le nom de Jésus Christ Version Deluxe et plus simplement Jean-Claude Van Damne (le patrimoine c'est important). Bon on a aussi des références cinématographiques ou culturelles, certains voit même la fin comme une quête féministe (mouais... mais non).

Si tout les films du cinéma belge sont de la même tempe, alors c'est un genre trop méconnu: interprétation au poil, effets spéciaux réussis (contrairement au cinéma français, gnarf gnarf), bande-son efficace, esthétique soignée et la mousse de la bière belge niveau casting. Un film bien sympa en somme, pas du tout prétentieux, agréable, quoiqu'un peu décousu. La seule véritable critique est qu'il est un peu long, certains moments sont beaucoup trop étirés... en fait il y a un quart d'heure de trop, voilà tout.

 

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Publié dans le coffre à bobines, Films

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