Florence Foster Jenkins ou la diva la moins académique du monde

Publié le par Mocking Crow

Un film ?

La semaine du 16 septembre est placée sous le signe des biopics: Le prodige, The program et enfin Marguerite. Je dois dire que pour ce dernier, l'affiche m'a tout de suite mis la puce à l'oreille, mais dès les premières notes de la Bande Annonce j'ai compris.
Il aura fallu du temps, mais finalement quelqu'un l'a fait et ce quelqu'un c'est un français: Xavier Giannoli. Ce monsieur, dont le nom ne me dit strictement rien, si ce n'est à une recette de pâte au parmesan, a décidé de porter à l'écran la vie de Florence Foster Jenkins ! L'idée me fait déjà sourire, après tout la vie de cette vénérable artiste n'est qu'un immense bétisier, pourtant le réalisateur s'est senti obligé d'ajouter une dimension dramatique dans le scénario, glip. L'adaptation est en outre très libre, déjà la chanteuse est française et l'histoire se déroule en France dans les années 20. C'est Catherine Frot qui endossera le rôle, ce qui me laisse dubitatif. Non pas dans les capacités de l'actrice (que j'apprécie au passage) mais au fait qu'elle ne corresponde pas du tout à l'apparence de l'artiste originale et est tout simplement trop terne pour ce rôle, le filtre gris du film n'arrange pas les choses.

J'ai creusé un peu le sujet et découvert le pot aux roses. En fait le film qui sortira la semaine prochaine est un film inspiré très librement de la vie de Florence Jenkins et non un véritable biopic. Par contre la sortie d'un véritable biopic est prévue pour 2016 avec Meryl Streep dans le rôle titre, le film s'appelant tout simplement Florence Foster Jenkins.

Mais qui est donc cette chanteuse ? Depuis tout à l'heure je ne fais que tourner autour du pot pour préserver le mystère et la surprise (ouhou !) et si vous n'avez pas déjà regardé sur Google, notre ami à quasiment tous, voici de quoi vous mettre au parfum:

Si vos oreilles ne saignent pas, remarquez à quel point mémé essaye vaille que vaille de tenir la note à 1'33.

La pire chanteuse du monde

Ce n'est pas une blague et je pèse mes mots. Je ne sais pas ce qui est le pire dans l'histoire, sa voix ou son succès (la miss s'est quand même produite au Carnegie Hall !) ? Sur le web et dans tous les articles le constat est le même: Horreur, damnation, poignardez la, mais en même temps c'est à se tordre ! Même Wikipédia se fout de sa gueule avec son style de chant "peu académique".

Sa vie est un gag à elle seule: la petite Florence Foster Jenkins naquit en 1968 dans une petite ville de Pennsylvanie, qui peine encore à se remettre du choc. La jeune fille pris très tôt des cours de musique. Pleine d'ardeur et d'ambition, chacune de ses représentations la réjouissait et subjuguait son auditoire. Qu'importe si certaines personnes se plaisaient à grimacer ou à pouffer d'un rire cristallin durant ses prestations, ce n'étaient après tout que des rivales jalouses de son talent. Malheureusement pour elle, son monde onirique ne s'accordait que très peu avec la réalité, aussi lorsqu'elle demanda à ses parents (pétés de tunes) de lui financer ses études de musique, ces derniers, plein de bon sens refusèrent.

Elle prit quand même ses cliques et ses claques et partie pour Philadelphie où elle épousa un médecin. Attéré par ses "talents" musicales, le brave homme tenta de la décourager de chanter, à la suite de quoi ils divorcèrent en 1902. Durant plusieurs années elle gagna sa vie en tant qu'enseigante et pianiste, la question est de savoir maintenant comment ses élèves devaient prendre la remarque suivante: "Bravo, c'est magnifique, tu chantes presqu'aussi bien que moi".
Mais, délivrance, son père meurt en 1909, donc larmes, cris et tout le tralala, l'essentiel étant qu'elle hérite de la fortune de son père et se paye une carrière de cantatrice avec.

Et là, c'est un best of. Elle se mit à organiser des récitales privés, où elle distribuait des invitations à ses adorateurs avec tout un tas de chichi. La presse la voyait comme une curiosité à admirer au moins une fois dans sa vie.
Le bouche à oreille est, avec l'argent, la clef de son succès, sa réputation grandie et elle put même se produire au Carnegie Hall dans une salle en proie au fou rire, tandis qu'imperturbable, la cantatrice chantait les plus grands tubes d'opéras et ses propres compostions. La légende veut qu'elle soit morte cinq jours après l'évènement en lisant les critiques de la presse, dans les faits, en sachant ce qu'elle pensait des critiques (des incompétents), il est plus vrasemblable de penser que Mme Jenkins est morte à cause de son âge, difficile de chanter à 60 ans les plus grands airs des sopranos coloratures.

Ses airs justement sont tous au-dessus de son niveau, l'air de la Reine de la Nuit, tiré de l'opéra la Flûte Enchantée est réputé pour son extrème difficulté, pourtant la diva s'y est attaquée. Plus précisément elle s'est mise en tête qu'elle avait la capacité de s'y confronter après avoir découvert qu'elle pouvait chanter un Fa plus haut qu'avant suite à un accident de taxi. Elle décida d'utiliser son "nouveau talent" pour le seul air de Mozart auquel elle osa s'attaquer. Non pas dans un salon privé, non bien sûr que non, autant directement enregistrer le premier essai en studio !

Je salue le pianiste qui essaie de sauver les meubles au maximum, mais bon, on éteint pas un incendie en pissant dessus, donc ça reste un véritable carnage à tout les niveaux: sens de la gamme approximatif, souffle de poussin, manque de rythme et de hauteur, ainsi qu'un machonnage des paroles quelque soit la langue. On termine en beauté avec sa citation phare: Les gens pourront toujours dire que je ne sais pas chanter, personne ne pourra dire que je n'ai pas chanté.

 

Une de ses compos personnelles... C'est pas mieux.

Une autre légende veut qu'elle ait inspiré Hergé pour la création du personnage de la castafiore dans Tintin. 
Pour plus de détails, vous pouvez également consulté cet article du Monde ou aller voir comme moi Marguerite, qui sortira donc mercredi prochain. Même si ça a lamentablement foiré pour Sinister 2, je parie que ce ne sera pas convaincant (trop sérieux et tristounnet) à l'inverse du futur biopic, prévu pour 2016.

 

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