The Gentle Storm - The Diary

Publié le par Mocking Crow

Une jolie pochette signée Alexandra V. Bach

Une jolie pochette signée Alexandra V. Bach

Deux artistes, un projet, un album

Autant être franche d'entrer de jeu, je ne l'aime pas. Pourtant ce n'est pas faute d'avoir essayé, mais que ce soit en tant que mélomane, critique, ignare ou métalleux, je ne l'aime pas. De part la répétitivité des formules mélodiques, de la structure harmonique ou des techniques de composition, la sauce ne prend pas. Malgré tout c'est un bon, voire très bon album, pour qui aime les deux artistes (Arjen Anthony Lucassen et Anneke van Giersbergen), les histoires d'amour, le dépaysement et une musique, disons qui aime prendre son temps
 
The Gentle Storm c'est avant tout un projet, celui d'une collaboration entre deux figures du métal/rock progressif et symphonique hollandais. Il y a d'abord Arjen Anthony Lucassen, plus connu sous le pseudonyme d'Ayreon, un projet d'opéra métal. Quoi, vous pensiez que Mozart l'opéra rock est unique en son genre ? Eh bien non, c'est même plutôt un piètre copycat en la matière. Pour faire simple un metal opéra c'est une trame plus ou moins complexe (pour Ayreon, complexe en général) s'articulant autour de différents personnages, incarnés par des chanteurs plus ou moins renommés du heavy metal ou metal progressif. Dans le cas d'Ayreon c'est non seulement complexe, mais aussi long, varié et bardé de musiciens et chanteurs légendaires. Une pointure en la matière donc, bien plus aboutie mais moins accessible que son rival Avantasia.
Et puis il y a Anneke van Giersbergen, l'opposé exact de Lucassen. Si celui-ci s'entoure de chanteurs et de musiciens, Anneke - chanteuse de son état - collabore avec une foultitude d'artistes en multipliant les apparitions sur scène comme en studio. Inutile de dire que son petit bonhomme de chemin a déjà rencontré celui-ci d'A.L. et leur entente plus que cordiale présageait déjà une collaboration. Collaboration qui a aujourd'hui un nom et un album: The Diary.

 

Rareté: un double album

Sorti le 23 mars 2015, The Diary a la particularité d'être un double album, mêlant métal symphonique et metal progressif à des sonorités exotiques. Chaque chanson est déclinée en deux versions différentes sur deux CD distincts: un disque Gentle et un autre Storm. Le but est de donner deux interprétations différentes, alors pari réussi ? Apparemment, même si le résultat me laisse de marbre. Pour faire simple j'ai trouvé un CD chiant et un autre moins, quelque soit le titre.
La version Gentle est celle retenue le plus souvent par les fans, car plus aboutie, plus originale et plus complexe. En fait ce n'est ni plus, ni moins une version accoustique avec une instrumentation plus folk et une orchestration moins puissante. A.L. s'est entouré d'anciens collaborateurs et force est de constater qu'en terme de qualité et de jeu musical, leurs performances sont de haut niveau, que ce soit pour les flûtes de Shores of India, la contrebasse jazzy de Heart of Amsterdam et les percussions exotiques. En revanche question techniques de composition ou formule mélodique, l'originalité n'est pas le maître mot. Pour chaque chanson, l'harmonie est très souvent la même (ou en tout cas très proche), la structure très conventionnelle et les mélodies, putain les mélodies ! Très prévisibles. La voix d'Anneke a le don d'être lassant, ajoutez à cela une construction mélodique répétitive et c'est l'overdose. Ne me dîtes pas que sa voix est poussée au maximum, parce que ce n'est pas du tout le cas, la chanteuse a eût maintes fois l'occasion de montrer qu'elle avait de la ressource, ce qui n'est pas le cas ici, puisqu'on se retrouve avec une voix fluette et fragile au vibrato beaucoup trop poussé.
 
La composition est banale, je ne vois pas d'autre terme. Pour Ayreon c'est banal. Trop de sensibilité tue la sensibilité et par la même occasion la musique. Pour chaque chanson A.L. prend un motif, qu'il répète d'un bout à l'autre de la chanson et ajoute par dessus des effets dynamiques classiques ou des éléments à valeur émotionnelle prononcés. Le résultat est classique, lent et répétitif. Le problème c'est que cela touche aussi la version Storm, car si l'instrumentation change, la structure reste la même (normal) et la voix conserve la même intensité (moins normal).
Des titres qui vendent du rêve

Des titres qui vendent du rêve

Une tempête bien trop douce

La version moins chiante et la moins complexe, puisqu'on se retrouve avec avec un métal pompeux, symphonique et puissant. Ceci étant les adjectifs puissants ou épiques sont très loin de ce qu'on serait en droit d'attendre d'un album aux titres aussi prometteurs: The Cape of Storms, The Storm... Certes les flûtes sont remplacés par des cors et les percussions sont plus lourdes, mais c'est loin d'égaler un titre de métal symphonique normal, la voix ayant le chic pour tout ramollir un bon coup. En fait pour que le côté véritablement puissant ne montre son bec, il faut en général attendre la fin des morceaux, où le refrain est très souvent répété en boucle pour changer les formules d'accompagnement instrumental, qui sont encore une fois souvent les mêmes et très... classiques !
Bilan je m'ennuie, mais apparemment pas les critiques ou les fans, donc je dois rater un truc. Malgré mes mots acerbes, l'album est bon, car même si c'est un travail classique, c'est solide et bien fait (j'apprécie également certaines chansons), le seul truc que je ne comprends véritablement pas c'est le piedestal d'Anneke. Sa voix est plate, ennuyeuse et franchement l'émotion est trop exagérée: les messages de joie, d'amour ou de tristesse sont chantés exactement pareils. C'est simple je me suis surpris à finir ses phrases mélodiques avant elle dès la première écoute.

En conséquence l'aspect album concept devient anecdotique à mes yeux. Car il y a une histoire, celle d'un couple hollandais du XVIIème siècle séparé suite au départ du mari pour une mission maritime de deux ans. Durant ses deux ans, l'épouse mettra au monde un enfant mais tombera malade et mourra avant que son mari ne soit revenu. La dernière chanson, The Final Entry, chargée d'émotion retranscrit les derniers mots de la mourante, tandis que l'instrumentation se conclut sur une fin étrange: trois accords résultants sur une demi-cadence, soit une suspension de la musique, plus qu'un réel repos et ce quelque soit la version. 
Anecdotique musicalement parlant, la partie concept est en fait matérialisé dans le livret de la pochette des CD. En plus des paroles, des remerciements et de la liste des musiciens, les évènements clef du voyage du mari sont indiqués, ainsi que quelques entrées du journal intime de l'épouse.

Bilan, un album qui divise (je crois que ça se voit), si vous aimez le dynamisme passez votre chemin c'est certain. Pour les autres je n'en sais trop rien, la musique en lassera certains et en fascinera d'autres, la seule option qu'il vous reste c'est de tenter votre chance ici ou ailleurs.
 

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