Sinister (épouvante, Kiss et écocitoyenneté)

Publié le par Mocking Crow

Une fois qu'on a vu le film, cette affiche est d'un niveau de spoil...

Une fois qu'on a vu le film, cette affiche est d'un niveau de spoil...

  • Date de sortie: 7 novembre 2012
  • Réalisateur: Scott Derrickson
  • Acteurs principaux: Ethan Hawke, Juliet Rylance, James Ransone, Nicholas King
  • Compositeur: Christopher Young
  • Genre: Horreur, Thriller
  • Nationalité: Américain, britannique
  • Durée: 1h45

Ah la France et l'horreur... tout un poème

Dans quelques jours Sinister 2 sortira dans nos salles obscures avec - espèrons le - plus de décence que le premier opus. L'occasion de revenir sur le premier volet, excellent film d'horreur, à l'ambiance oppressante comme on l'aime, l'intrigue bien ficelée, la bestiole bien fichue et des acteurs... des acteurs. Pour un budget de 3 millions de dollars, Sinister a rapporté près 88 000 000 $ de recettes au box-office. Dommage qu'à l'instar d'Annabelle, le film ait été interdit dans 40 salles françaises, suite à des débordements durant la projection de Paranormal Activity 4 (à la différence de certains, je ne considère pas qu'il soit normal de jeter des pop-corns, pousser des cris ou uriner sur les fauteuils durant la projection !). Comme le réalisateur, Scott Derrickson (L'Exorcisme d'Emily Rose, Délivre nous du mal), est aussi le producteur de Paranormal Activity... Ben dans le doute mieux vaut refuser un de ces films, hein ? Ces cinémas ont mal calculé leur coup et malheureusement pour eux, y ont perdu en change, le film n'ayant rencontré aucun problème dans les salles françaises et a remporté un franc succès du côté des habitués du cinéma d'horreur.

Un film d'horreur nouvelle génération... de plus

Sans grande surprise le pitch traite en quelque sorte d'une maison hanté et évidemment la famille récemment emménagé va être victime d'un démon belliqueux. Alors où Sinister tire-t-il son épingle du jeu ? Sa construction scénaristique d'une part et sa mise en scène de l'autre, le film ayant une approche psychologique du sujet bien menée et un développement assez lent en osmose totale avec l'ambiance. Ambiance qui déjà stressante à la base, est desservie par une bande-son oppressante à souhait. Comment dire... la B.O. fait appel au code classique du film d'horreur pour certains jumpscares, mais un certain nombre de scènes sont portées par une musique étouffante: la mélodie est inexistante et laisse place à des notes longues, souvent graves, entourées de motifs répétitifs, se concluant par une saturation brutale du son. Cette saturation prend la forme d'un cri du Bughuul (prononcé Bagoule en français), le démon du film. 
 
La première mention de cette chose se fait tardivement, la première demi-heure est l'occasion de poser la situation familiale. Le personnage principal est donc un écrivain (ô joie) dont la totalité de ses romans (apparemment trois) sont inspirés de faits réels. Aussi a-t-il la fantastique idée d'emménager avec sa famille dans une maison où les anciens propriétaires ont été retrouvés pendus. Evidemment la gamine n'aime pas la maison (pas assez de place pour peindre sur les murs de ma chambre, gnah gnah gnaaaaah ! Quoi !?! Depuis quand peindre sur les murs est autorisé dans l'éducation parentale !!?), le fils (rapidement eclipsé) refait des angoisses nocturnes, et Tracy (la femme d'Ellison, le "héros") est boudeuse et ignore totalement qu'elle a encore emménagé dans une maison barrée. Qu'à cela ne tienne ! A coup de promesses en l'air, Ellison met tout le monde d'accord, y compris le shérif du coin, qui n'aime pas ses bouquins. Le soir venu, pas le moindre bruit étrange à l'horizon, si ce n'est une mystérieuse boîte au grenier contenant des bobines super 8 sur les images de meurtres d'autres familles (celle de la tondeuse est la pire). Ni une, ni deux, notre vaillant écrivain décide d'en faire son best-seller (comme ça, d'un coup, en anticipant, parce que le marché du livre c'est pas compliqué !), malheureusement pour lui et heureusement pour nous, le tueur présumé n'est pas de cet avis et se fait de plus en plus menaçant au fil du temps...
C'est ainsi que Ethan Hawke et sa petite famille se retrouve pourchassé par Gene Simmons, un démon au look gothique, qui s'est fait une spécialité des enfants et... Quoi ? Ah si ! Bughuul c'est Gene Simmons, le bassiste de Kiss ! Attendez le maquillage est le même, on a juste dû lui coudre la bouche pour l'empêcher de sortir sa langue n'importe où, mais c'est lui ! J'en veux pour preuve:
Le même je vous dis ! Pas étonnant que la famille veuille s'enfuir après ça !Le même je vous dis ! Pas étonnant que la famille veuille s'enfuir après ça !

Le même je vous dis ! Pas étonnant que la famille veuille s'enfuir après ça !

Enfin bref, n'importe ! Un démon disais-je qui s'est fait une spécialité des piti-nenfants en les amadouants au préalable à travers des images (oui continuez), pour ensuite les attirer dans son antre (de mieux en mieux dites-moi) où il peut dévorer leur âme à loisir (eh bé...). 
Pour ça tous les coups sont permis, par exemple en essayant d'enlever le fils ainé (oh oh !), d'inciter la gamine à barbouiller tous les murs de la maison et surtout obliger ses fidèles serviteurs à harceler le père et lui pourrir la vie comme pas possible, par exemple en dévoilant à madame où elle a emménagé par le biai d'une bouche innocente (Ah l'enf***!). Rassurez vous pour ce dernier point le patriarche a une manière très convaincante de rassurer sa femme:
- Tu m'as encore menti ! On est encore sur la scène d'un massacre !
- Mais non chérie rassure-toi ! Le meurtre n'a pas eu lieu ici ! Je ne ferai plus jamais ça enfin !

- Vraiment ? Ouf, pendant un moment j'ai cru que t'avais fumé une ampoule. Où est-ce que ça a eu lieu alors ?
- Mais dans le jardin voyons, pour qui me prends tu enfin !? (WTF!!!)
Pour Gene Simmons je n'ai qu'une chose à dire:
Coucou ! Tu veux voir ma bite ?

Coucou ! Tu veux voir ma bite ?

Blague à part, si l'on met de côté la vision pédophile des choses, le film est excellent. Les acteurs jouent comme il faut, Ethan Hawke se démarque d'ailleurs du lot en incarnant un personnage aussi antipathique, les scène oppressantes sont là encore bien fichues et l'esthétique réussie (même s'il faudrait dire à tous ces réalisateurs de lever le pied sur les effets de fumée en extérieur). Mais, car il y a un mais; pourquoi diable Ethan Hawke n'a-t-il pas l'idée d'allumer les lumières chez lui ?! 
J'ai entendu du bruit au bout de ce couloir... il fait noir, je ne vois rien, surtout ne pas allumer la lumière, l'électricité c'est cher, ça casse mon heure de gloire et ça détruit la planète. Avançons hardi ! Avec un peu de chance je vais avoir Gene Simmons par surprise... 
Ah sacré, Ethan ! L'écocitoyenneté c'est ton nouveau hobby c'est ça, je comprends, c'est bien... éh éh éh hey ! Mais putain de merde c'est pas une excuse !! La lumière ça coûte rien et y a aucune gloire à tirer, si on crève comme la dernière des merdes ! Sans compter que t'as un potentiel pédophile dans ta maison, merde ! Pense au moins une fois dans ta vie à ta famille ! 
Il y a bien une coupure de courant, mais une seule ! Dans tout le film, le protagoniste s'amuse à aller à la source d'un bruit mystérieux, lampe torche à la main, sans avoir l'idée d'allumer la lumière de chaque pièce, incroyable qui ne ce soit pas cogner un orteil soit dit en passant. 
Si l'on excepte également ce détail, le film est toujours excellent (ça n'a pas changé en l'espace d'un paragraphe, vous me prenez pour qui ?), même si la fin est décevante, car trop vite expédiée. Dommage après avoir immergé le spectateur dans une telle atmosphère, on a juste l'impression de s'être fait flouer sur la fin.

 
Au final, on est face à un film d'horreur nouvelle génération... de plus, ce qui n'est pas un mauvais point loin de là. Les mauvais films d'horreur sont souvent ceux qui ne font preuve d'aucune originalité et par conséquent sont prévisibles et juste chiants (exemple: Ouija ou Lazarus effect, malgré de bonnes idée pour ce dernier). Les bons films d'horreur essaient de prendre les intrigues classiques à contre-pied, en multipliant les démons, en changeant la source de tous les maux, en décalant légérement les jumpscares, ou ont un twist final assez colossale (Dead Silence). Alors oui, des fois ça foire, mais quand ça marche c'est cool. Ces films ont tendance à être rare, car difficile à créer et à jouer, Sinister rempli à la perfection son rôle à tel point qu'une suite est en préparation. Mouais.
 

L'intérêt d'une suite ?

C'est commercial, c'est clair: fort du succès du premier film, on va faire une suite, allez hop la même chose et on y retourne ! Pourquoi je m'attends au pire:
 
  • Pas parce qu'une suite est toujours moins bonne que l'originale, l'histoire du cinéma a montré que bien des suites sont meilleurs que les opus originaux, dans n'importe quel genre: Star Wars, Retour vers le futur, Mad Max, James Bond 007 (Mouarf, elle est facile celle-là !), Insidious (il fallait que je le fasse, l'exemple parfait d'une suite qui se démarque de l'original), Scream, Destination Finale...
     
  • La Bande annonce (ne cliquez pas si vous n'avez pas vu le un, malheureux !) ne donne pas envie, mais alors pas du tout. C'est simple tout ce qui n'était pas dans le premier a été mis visiblement dans le second mais... cette absence fait du premier volet un super film d'horreur. Toute les informations nous sont balancées à la gueule, comme si tout le monde avait vu le premier (adieu la dimension enquête !). Le final a l'air d'être dans un champs de maïs ! Façon Carnivale, Sleepy Hollow ou Signes ? Les paris sont ouverts
     
  • Scott Derrickson n'est qu'au scénario et à la production. Le réalisateur est différent: Ciaran Foy, peu de films sur le palmarés mais l'intriguant Citadel est de lui, donc pourquoi pas, même si j'espère de tout mon coeur que ça ne fera pas comme Annabelle.
     
  • Le scénario a l'air d'être fade à un point. Nouvelle famille, cette fois-ci des jumeaux et une mère de famille épuisée de la vie face au bassiste de Kiss et un universitaire. Wouah, ça a l'air fadasse et déjà-vu ce truc !

​Si vous n'avez pas encore vu le premier Sinister, ne regardez surtout pas la Bande Annonce du second volet qui n'y va pas de main morte sur le spoil. Après peut-être qu'il sera tout aussi bon que le premier voir mieux, mais très franchement, ça s'annonce mal. Ce ne sera vraisemblablement pas un mauvais film, mais plutôt un film rasant sans aucune originalité (ou si peu).
Différent de son rival Insidious (sorti un an plus tôt), Sinister ressemble plus à Mister Babadook, sorti en 2014 (soit deux ans plus tard), en se centrant sur la psychologie du protagoniste, mais la ressemblance s'arrête là. Le film est beaucoup plus tourné vers l'épouvante que son contemporain et très réussi à ce niveau là. Certains lui repprocheront sans doute un rythme trop lent et des scènes trop étirées mais je persiste à dire qu'il est excellent dans son domaine. Quant au Bughuul, eh bien, si le deuxième fait un four, il pourra toujours faire carrière dans le Death Metal, il a le look pour ça et la voix qu'il faut, en plus il pourra se faire passer pour G... le cousin de Gene Simmons ou truc du genre.

 

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Admirez ma dernière prise !

Admirez ma dernière prise !

Publié dans le coffre à bobines, Films

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