Plan 9 from outer Space (Un ratage à tous les niveaux)

Publié le par Mocking Crow

Une affiche qui en dit long...

Une affiche qui en dit long...

  • Date de sortie: Juillet 1959
  • Réalisateur: Ed Wood
  • Acteurs principaux: Bela Lugosi, Vampira, Lyle Talbot, Tor Johnson, The Amazing Criswell
  • Compositeur: Frank Worth
  • Genre: Science-Fiction, Horreur (mouais)
  • Nationalité: Amérique
  • Durée: 1h19

 LE Nanar du pire réalisateur du monde

Aujourd'hui du lourd, du très lourd même: le mètre étalon, le porte-étendard, bref la pierre angulaire de la production nanar: Plan 9 from outer Space, réalisé par celui qu'on surnomme le pire réalisateur ayant jamais existé: Ed Wood.
Vous avez vu ce qui s'apparente à un nanar volontaire avec Kung Furyvoici maintenant un nanar totalement involontaire, mais réalisé pourtant avec du coeur par son créateur. Car si la totalité de la production d'Ed Wood est intégralement ratée, le réalisateur/producteur/scénariste/acteur a pourtant persévéré, aussi le titre de "pire réalisateur du monde" semble quelque peu déplacé...
En effet comment ne pas admirer un homme prêt à braver la fureur du monde cinématographique pour réaliser son rêve: devenir un grand réalisateur ? Cet homme mythique a servi la noble cause du septième art, en montrant (involontairement soit dit en passant) tout ce que l'on doit absolument éviter de faire si l'on veut réaliser quelque chose de potable. Sa carrière et ses films furent d'ailleurs immortalisés par Tim Burton dans un film éponyme d'excellente qualité, avec (évidemment) Johnny Depp dans le rôle titre.

Un tournage laborieux

Chaque film d'Ed Wood est une aventure, le film mis 3 ans à trouver un producteur "intéressé", en l'occurence une Eglise Baptiste (véridique). Pour satisfaire la production, il alla jusqu'à faire baptiser toute l'équipe du film. Une situation déjà incongrue qui ne va cesser de nous surprendre avec la mort de l'ami d'Ed Wood: Béla Lugosi. Ce dernier eut son heure de gloire dans les films fantastiques du début XXème siècle, notamment Dracula (1931). Par la suite sa carrière connue une pente descendante pour finir par atterir dans le fond de la corbeille: les productions d'Ed Wood. Pas de chance, il meurt peu avant le tournage mais n'importe ! Ed Wood a en sa possession quelques scènes tournées à l'arrache au cours des précédents mois. Mais pour conserver un certain prestige dans les premiers rôles, il décide de faire passer Béla Lugosi par le chiropracteur de sa femme, en qui il voit une ressemblance frappante avec le défunt acteur. Bien évidemment cette ressemblance ne frappe que lui, c'est pourquoi l'acteur est obligé de cacher son visage sous une cape et ne parle pas pour atténuer la mascarade. Et tant pis si la doublure mesure 20 bons centimètres de plus !

 
Les deux Béla Lugosi: le vrai à gauche et la doublure à droite... La ressemblance est à s'y méprendre !Les deux Béla Lugosi: le vrai à gauche et la doublure à droite... La ressemblance est à s'y méprendre !

Les deux Béla Lugosi: le vrai à gauche et la doublure à droite... La ressemblance est à s'y méprendre !

Un monument du nanar

Vous commencez à saisir l'ampleur de la carrière du cinéaste ? Eh bien attendez encore un peu, ce n'est pas finie. Le film est un ratage intégral, résumant à lui seul toute les méthodes de margoulin auxquelles Ed Wood était obligé de recourir pour mener à bien ses projets:
 
  • Un scénario innomable: Des extraterrestres (quatre, parlant un anglais parfait et dont l'intérieur de leur vaisseau ressemble à s'y méprendre à une maison vide avec quelques oscilloscopes de l'Ircam), inquiets de la maîtrise pour l'instant partiel de l'énergie atomique par les êtres humains, décident de lever une armée de morts-vivants (trois pauvres figurants) pour conquérir le monde. Zombies et extraterrestres en même temps, vous en rêvez (si si) et il l'a fait ! 
  • Des scènes tournées en une prise, peu importe si une pierre tombale en polystyrène de 30 cm tombe lorsqu'un acteur chute à côté ou que le cycle jour/nuit soit quelque peu bousculé.
     
  • Des effets spéciaux ultra-ringards même à l'époque (1959): les soucoupes volantes ressemblent à des presses agrumes et les files de suspension sont clairement visibles à l'écran.
     
  • Des incohérences et des faux-raccords en pagaille: micro visible, réutilisation d'un même décor à outrance (le cimetière est même utilisé pour illustrer des lieux différents dans une même scène !), la doublure de Béla Lugosi, des costumes en papier alu et des abus de stock-shots piqués un peu partout.
     
  • La plupart des scènes étant tournées en une prise, la direction des acteurs est un peu approximative: Béla Lugosi n'hésite pas à cabotiner exagérément dans une scène d'enterrement, les seconds couteaux changent de rôles et récitent leur texte avec un manque flagrant de conviction. Même les premiers rôles sont paumés dans ce maelstrom de nawak.
     
  • Des scènes de baston surréalistes, le héros finira par détruire le "vaisseau alien" d'un coup de poing sur un bureau lors de la scène finale (!!).
Tor Johnson et Vampira tout en retenus

Tor Johnson et Vampira tout en retenus

Un casting fidèle

​Le casting parlons-en ! Si Ed Wood a réussi à produire ses films c'est surtout aussi grâce à ses amis qui l'ont soutenu tant moralement que financièrement. Outre Béla Lugosi, on trouve The Amazing Criswell, un voyant de télévision aux visions très fantaisistes (la colonisation de Mars en 1970 par exemple) qui officie en tant que narrateur dans la plupart des films d'Ed Wood. Plan 9 from outer Space n'y échappe pas et c'est sur ses prédictions que le film commence (l'emphase est évidemment de mise).
Les seconds couteaux Paul Marco et Conrad Brooks souvent en représentants de la loi.
Tor Johnson, un catcheur suédois de 150 kg qui joua dans 3 films fantastiques d'Ed Wood. Ce fut un tremplin pour sa carrière puisqu'il joua énormément de rôles de monstre par la suite.
Vampira (ou Maila Nurmi), une présentatrice d'une émission d'épouvante TV, face au chômage elle fut contrainte de jouer dans Plan 9, mais vu la misère du cachet elle se contenta d'un rôle muet.
Enfin Dolores Fuller, deuxième femme d'Ed Wood, qui l'abandonna, lorsqu'elle découvrit son penchant pour le travestissement et l'attrait qu'exerça Loretta King sur lui. Elle devint par la suite parolière pour Elvis Presley.
 
Tout ce petit monde (ou presque) s'est donc retrouvé dans Plan 9 et malgré ces quelques figures du petit écran, le film s'est rammassé au box office. 
 
Le chef des extraterrestres et ses sbires, dans le vaisseau mère meublé chez Gifi

Le chef des extraterrestres et ses sbires, dans le vaisseau mère meublé chez Gifi

Un rideau de douche, deux sièges, des murs en carton et des uniformes et hop ! Un cockpit.

Un rideau de douche, deux sièges, des murs en carton et des uniformes et hop ! Un cockpit.

L'entrée du vaisseau alien (il est posé, ce qui explique sa ressemblance avec une maison)

L'entrée du vaisseau alien (il est posé, ce qui explique sa ressemblance avec une maison)

Monument du nanar, voici pourtant un film fait avec du coeur et de l'énergie, dont on rit devant sa piètre réalisation et les moyens mis en oeuvre. Ceci étant si un tel cinéaste passionné avait eu plus de moyen et une formation digne de ce nom, peut-être aurait-il fait un excellent réalisateur. Au fond un tel passionné mérite un certain respect, surtout lorsque ses intentions sont emplies d'une telle innocence.
Le pire film du monde ? Non, même si le piètre résultat laisse penser le contraire, qu'est ce qu'un mauvais film en fait ? Une oeuvre fait de bric et de broc créer pour accomplir un rêve, une pompe à fric dont les constructeurs regardent d'un oeil goguenard les foules éblouies envahir les salles, ou une production faite à l'arrache dans le seul but d'empocher la cagnotte ? 
Un débat animé divisant les cinéphiles et montrant que le cinéma ne peut-être manicchéen, mais au contraire composé d'une palette de nuances colorées...
 
Aussi invraisemblable que cela puisse paraître un remake est prévu depuis longtemps. Canular ou projet incensé ? Aucune idée, mais ce teaser est bel et bien réel:

Le film qu'Ed Wood aurait souhaité faire ?

Licence Creative Commons
Cette critique de Mocking Crow est mise à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale 4.0 International

Publié dans le coffre à bobines, Films

Commenter cet article