La Caravane de l’Étrange (ces enfoirés de HBO)

Publié le par Mocking Crow

La Caravane de l’Étrange (ces enfoirés de HBO)
  • Diffusion originale: 14 septembre 2003 (S1) et 27 mars 2005 (S2)
  • Réalisateur: Daniel Knauf
  • Acteurs principaux: Nick Stahl, Clancy Brown, Amy Madigan, Michael J. Anderson
  • Compositeur: Jeff Beal
  • Genre: Fantastique
  • Nationalité: Américaine
  • Nombre d'épisodes: 24 épisodes sur 2 saisons

Une série inachevée signée HBO

Ah Carnivàle (titre originale), sans doute l'une des séries les plus ambitieuses et les plus compliquées jamais créées. Trop peut-être, puisqu'HBO lui coupa impunément les ailes après seulement deux saisons, avec un argument majeur plus que discutable: le coût (pour rappel HBO s'occupe de Game of Thrones, quand l'hôpital se fout de la charité c'est du propre). Onirique, dense, voire même opaque, Carnivàle est une série qui - à l'instar de Twin Peaks - ne peut plaire à tout le monde. L'intrigue prend son temps, les personnages sont ambigues et l'atmosphère mystérieuse risque d'en laisser beaucoup de marbre. Pourtant, la série fascine et - bien qu'elle ne soit plus toute jeune - possède une forte communauté.
 
L'intrigue prend place durant la Grande Dépression des années 30 aux Etats Unis et tourne autour de deux personnages distincts: Ben Hawkins, un jeune homme rejeté par sa mère, évadé de prison et dôté du pouvoir de guérison et de résurrection. Après la mort de sa mère, il va trouver refuge dans une étrange troupe de forain et apprendre bien malgré lui à maîtriser son pouvoir. Autre personnage, mais au destin croisé, le pasteur méthodiste Justin Crowe, aux intentions de départ louables, mais se transformant progressivement en Antéchrist vivant. Si le Carnivàle n'a de cesse d'aller de ville en ville, le Frère Justin est à l'inverse immobile; seule sa voix se déplace sur les grandes ondes pour toucher la corde sensible de ces ouailles.
Deux personnages liés par les rêves et le destin, voués à se rencontrer dans un affrontement entre le Bien et le Mal qui n'a cessé de perdurer depuis des générations.
 
Un pitch de base en apparence classique, sauf que la division entre le Bien et le Mal est tout sauf manichéenne. Plus la série avance, plus elle se teinte de mystères et plus elle incite le téléspectateur à avoir sa propre interprétation des choses. A la différence de Lost qui n'a cessé de se compliquer durant toute les saisons, pour se conclure par un final en demi-teinte, Carnivàle possède une structure bien solide et une mythologie cohérente et colossale. On soulignera également une esthétique léchée, très photographique, composée de décors variés: des paysages désertiques, aux villes californiennes typiques des années 30, en passant par des lieux plus mystérieux comme Babylon.
 
Seulement voilà cette manie de se concentrer sur les paysages a considérablement ralenti la progression scénaristique de la saison 1. A l'inverse, la saison 2 possède un rythme beaucoup plus soutenu, car centré sur la trame narrative, exit donc les moments de contemplation si lourds et malvenus à mes yeux. En revanche la fluidité de l'image en pâtie, car l'une des choses les plus surprenantes de la série techniquement parlant, c'est bien sa fluidité. Non content d'avoir une très bonne esthétique, la saison 1 dispose en outre d'un nombre de fps assez incroyable: les gestes des personnages et les mouvements de caméra sont fluides et ne comportent qu'un nombre restreint de saccades. Ce qui n'est pas le cas de la saison suivante, dont la caméra souffre d'à-coups réguliers, ce qui est assez pénible si l'on ne possède pas un désentrelacement vidéo.
 
La bande-son est de qualité, les thèmes des personnages bien trouvés (surtout celui de Frère Justin) et l'instrumentation tend à imiter le timbre si particulier des "fiddlers" américains. Les acteurs sont quant à eux d'un très haut niveau, même si leur jeu manque quelques fois de finesse, comme c'est le cas pour Justin Crowe, limite caricatural par moment. On détestera plus qu'on appréciera d'ailleurs la léthargie de Ben Hawkins, qui traîne son pouvoir comme un sac à patate et passe le plus clair de son temps à se lamenter sur son destin et bouder dans son coin. Tout comme on s'interrogera sur la justesse du jeu de la soeur de Frère Justin, Iris Crowe, à l'expression figée comme une poupée ridée et aux sentiments très bipolaires.
Le destin de l'humanité repose sur lui... Comme dans Terminator 3, notre espèce est encore mal barré

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Gloire à Dieu mes frères ou...

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...Gloire au Diable ? Mouah ah ah ! J'ai tous les pouvoirs mais je fais seulement de la radio ! (?)

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Le sourire ultra-bright d'Iris, en toute circonstanceLe sourire ultra-bright d'Iris, en toute circonstance

Le sourire ultra-bright d'Iris, en toute circonstance

Aprèsune saison 1 assez contemplative, au final néanmoins brutal, la saison 2 possède un rythme bien plus intense et un final coup de poing, se cloturant malheureusement par un horrible cliffhanger, laissant beaucoup de questions sans réponses et un profond malaise au spectateur. C'est vraiment pas de cul, hein ? Merci HBO. La série aurait dû faire initialement 6 saisons mais a été annulée brutalement par la chaîne après le dernier épisode de la deuxième saison suite à des résultats d'audience trop décevant et un coût trop élevé.
Si les 50 000 courriels n'ont pas fait plier la chaîne, le réalisateur a rendu public un "pitch document" afin de répondre aux nombreuses questions laissées en suspens et expliquer le plus clairement possible la mythologie de Carnivàle, avec les avatars, l'Oméga, l'Usher, l'homme tatoué... Ces explications ont été d'ailleurs retranscrites sur la page Wikipédia du même nom, mais uniquement en anglais.

 
Bref, le rideau s'est clos de manière un peu brutal, mais la série comporte de très bon passages dans les deux saisons. Elle aurait pû être une référence dans sa décennie si les saisons fantômes avaient pû se matérialiser, malheureusement le fin prend ici l'apparence d'un nul, plus que d'un véritable échec au roi. Dommage, mais l'on aurait tort de passer à côté. Amateurs de mystère et de fantastique laissez vous tenter par la danse, peut-être y accrocherez-vous ou peut-être vous y pèterez-vous la gueule, comme une trop grande majorité de spectateurs (ce qui est tout à fait compréhensible).
 
 

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