Endless Forms Most Beautiful (l'album de transition)

Publié le par Mocking Crow

Un ADN ? Voilà qui met fin à la rumeur du Nightwish chrétien...

Un ADN ? Voilà qui met fin à la rumeur du Nightwish chrétien...

Nightwish, Dawkins et Darwin

Quatre ans après Imagianerum et deux ans après l'album live Showtime Storytime, le groupe phare du Metal Symphonique revient sur le devant de la scène avec un album ambitieux: Endless Forms Most Beautiful. Avec ce dernier album, Nightwish s'est pleinement penché sur le sujet (très polémique) de l'origine de la vie... d'un point de vue scientifique et totalement athée, comme en témoigne l'invité d'honneur de l'album: Richard Dawkins, biologiste et vulgarisateur scientifique athée. Une nouvelle qui a fait un sacré boucan du côté des fans, puisqu'une grande partie des textes de Nightwish ont une forte connotation religieuse, avec les anges déchus, l'innocence de l'enfance, dieu... Mais le masque est tombé, si le groupe aborde une multitude de thème de la chrétienneté ce n'est absolument pas un groupe de metal chrétien (ou White Metal, par opposition au Black et au Dark Metal), mais bien un bon gros groupe de Heavy symphonique ouvert d'esprit.
 
Autre surprise, qui en fait n'en ait pas une pour les fans: une nouvelle chanteuse et un nouveau musicien ! La nouvelle chanteuse n'est autre que Floor Jansen, que j'avais rapidement mentionné à la fin de ma critique d'Imaginaerum, chanteuse expérimentée (After Forever et ReVamp) et amie de longue date du groupe, qui avait déjà remplacé Anette Olzon durant la tourné Showtime Storytime. Le musicien quant à lui n'est autre que ce cher Troy Donockley, qui chemine au côté du groupe depuis Dark Passion Play. Devenu un membre à part entière, notre anglais préféré joue avec bonheur ses différents instruments et pousse aussi la chansonnette, offrant une deuxième voix masculine au groupe, plus douce et clair que celle de Marco. 
On regrettera par contre le retrait temporaire de Jukka (batteur) pour des raisons médicales (insomnies chroniques, diable je le comprend). C'est donc le batteur Kai Hahto (Wintersun et Shallow the Sun) qui a assuré ses parties pour l'album, ainsi que l'actuelle tournée. Bon on souhaite un bon rétablissement au batteur, on brûle un cierge et on passe à l'album.

2ème single faisant pas mal penser à Dark Chest of Wonders...

Ambitieux mais réussi, malgré quelques facilités...

Grand fan de Nightwish, je guettais la sortie de l'album depuis sa première annonce, si ce n'est plus. Verdict ? Putain, c'est de la bonne l'ami ! Voilà du Nightwish comme on l'aime, le style de Once, mélangé avec celui de Dark Passion Play, l'ancien et le moderne, le heavy sombre et le rock mielleux, gnaaaaah ! Bref un retour aux sources, sans pour autant oublié le chemin parcouru, magnifié par la présence de Floor Jansen, mix vocal entre Tarja Turunen et Anette Olzon. Mais pas de chance pour les fans de la chanteuse, il n'y aura pas de voix lyrique dans le présent album, ou si peu; en revanche la puissance est au rendez-vous, au même titre que la douceur.
 
The Deepest solace lies in understanding, this ancient unseen stream, a shudder before the beautiful... C'est sur ces belles paroles signées Richard Dawkins que l'album débute, avec un titre qui aura déjà fait frissonné les fans au préalable, et pour cause Shudder Before the Beautiful est le second single de l'album. Enorme orchestration, guitare lourde, batterie dynamique, refrain pétant et choeur accrocheur, la nouvelle chanteuse use de sa voix rock pour aguicher le public. Classique et efficace, tout comme le second titre Weak Fantasy, bien heavy (ce qui nous avait manqué dans Imaginaerum). C'est là peut-être la faiblesse de l'album, beaucoup de titres classiques évitant une trop grande prise de risque et une chanteuse pas du tout à son maximum (un bon gros brasier au lieu de la flamme de l'enfer). Mais l'ambiance est là et le style de Nightwish bien reconnaissable.

1er single, trop pop et tranquille ? On a évité le pire alors, à la base le single prévu était Edema Ruh... glip.

Le 1er single, Elan (en français dans le texte), véritable hymne à la vie, aura fait parler de lui, déjà avec son clip, ensuite avec le concours de reprise qui a enflammé la communauté peu de temps après (ici, ici et). Par opposition à son prédecesseur et son successeur, ce titre dégage une atmosphère hautement folk, les voix de Floor Jansen et Marco sont douces et la structure digne d'un single. Pour un public large surtout.
Yours is an empty hope, sorte de Master Passion Greed avec Floor, ce qui donne un son très heavy (le guitariste, Emppu, montre enfin son vrai talent), une ambiance aux antipodes d'Elan et des voix hurlées et grognées. Une chanson pêchue, qui envoie du bois, entourée par deux titres beaucoup plus doux, Elan et...
Our Decades in the Sun, une chanson particulière, s'ouvrant par des choeurs originaux rappelant fortement ceux de A lifetime of  Adventure dans l'album solo de Tuomas Holopainen: Music Inspired by the life and Time of Scrooge, sorti l'année passée. Très doux, mais avc des guitares très présentes, donc pas une ballade mais un titre lent et reposant.
Amateur de musique celtique et de folk, My Walden est fait pour vous ! Le titre s'ouvre sur la voix calme de Troy en une langue inconnue (peut-être du gaélique ?). Le titre n'abandonne pas pour autant son côté métal avec une guitare sémillante faisant diablement penser au réjouissant I Want my Tears Back de l'album précédent (Alice, le Chapelier, tout ça tout ça...).

3ème et dernier single, au refrain digne de l'eurovision. Par contre le maquillage...

Les trois titres suivants sont les plus classiques, sans pour autant être désagréable, loin s'en faut. Ainsi arrive la chanson éponyme de l'album, Endless Forms Most Beautiful ! Là encore, guitare dynamique, lignes de chant magnifique mais difficile avec ces grands intervalles, et surtout refrain accrocheur au possible: choeur pétant, basse énergique, chants à l'unisson... Une très bonne chanson, même si la chanteuse n'est pas à fond, ce que l'on lui pardonne pour l'étincelant rendez-vous déclamé dans le pré-chorus.
En revanche, un titre nettement moins reluisant maintenant: Edema Ruh, la chanson la plus pop de l'album, de par le côté cheapos et guilleret du clavier sur les refrains, ainsi que les paroles qui s'y rattachent (Nous sommes les Edemah Ruuuuh ! Yipee !). On appréciera quand même le retour de Troy dans les parties vocales mais diable ! Heureusement que ce ne fut pas le premier single.
Autre titre classique maintenant Alpenglow, très accrocheur, qui aurait pu faire un potentiel single. Le refrain doit faire un carton en concert, la voix de Floor y est rock, tandis qu'elle s'adoucit sur les couplets, voilà qui change.
 
Les deux derniers titres sont particuliers. Le premier est entièrement instrumental, The Eyes of Sharbat Gula, dédié explicitement à... Sharbat Gula (bah oui, qui d'autre sinon ?), dit "la femme afghane, qui fit la une du National Geographic en 1985, après avoir quittée son pays durant la guerre en Afghanistan. Ses yeux verts d'une grande expressivité ont marqué l'opinion et la photographie, tandis que son visage devint par la suite le symbole du conflit en Afghanistan. 
Bref, êtes-vous déjà entrés dans un temple bouddhiste en pleine cérémonie ? Non ? Moi non plus, il n'empêche que c'est ce à quoi me fait penser le titre, très cérémonieux, quoique sous l'égide du style de Nightwish. Le choeur d'enfants et Troy exécutent des vocalises sans paroles. La musique est lente et répétitive, les éléments musicaux prenant leur temps pour être mis en place.
 

Même si le clip n'est pas officiel, il est plutôt bien foutu (merci Steffix !) et montre les paroles.

Enfin le voici ! Le titre que les fans et votre humble charognard attendaient: The Greatest Show on Earth, d'une durée de 24 minutes ! Trop long ? C'est pourtant une bonne durée pour résumer la création de la Terre à la probable disparition de l'homme. Comme par hasard, ce titre est le même que celui d'un livre de Richard Dawkins, oh et quelle surprise ! Richard Dawkins fait son coming-back dans la "chanson", en parlant en premier lieu de l'arrivée de la vie, en second lieu de la vanité humaine et enfin conclut avec une citation de Darwin.
5 parties dont seulement deux exploitées en concert, la pièce étant très atmosphérique mais non moins dépaysante. 
1) Four point Six, en référence à l'âge de la Terre en milliards d'années. S'ouvrant par un duo violoncelle/piano et alternant moments grandioses avec d'autres d'une tranquillité désarmante, cette partie rappelle l'oeuvre orchestrale The Planets de Gustav Holst. Floor utilise enfin sa voix lyrique dans des vocalises et Richard Dawkins entame son premier discours.
2) Lifetitre explicite sur l'arrivée de la vie (le début du Plus Grand Spectacle du Monde), faisant pleuvoir des références sur l'évolution avec notamment L.U.C.A et Lucy (pas celle de Besson merci). Les guitares dynamiques et le refrain accrocheur et entraînant rendent le moment inoubliable.
3) The Toolmaker, ça y est la catastrophe arrive: l'homme. Il rêve de devenir un dieu, va se ramasser lamentablement et sera balayé par la planète, comme le parasite qu'il a toujours été. L'ambiance change, la musique se fait plus lourde et juste au moment où l'on pensait que Nightwish ne pouvait plus nous surprendre, des bruits d'animaux s'invitent dans l'interlude ! Floor fait montre de sa plus belle voix rock et Marco donne à nouveau de la voix. Hommage également à J.S. Bach avec la Toccata et fugue en ré mineur, souvent utilisé pour des trucs sur la vie comme Il était une fois... l'Homme. Un petit beat techno entre dans la danse durant un court laps de temps, tandis que la partie se conclut de manière grandiose sur la phrase We were here répétée 4 fois par amplification vocale et instrumentale.
4The Understanding, Richard Dawkins revient et amorce son second soliloque sur la prise de conscience de notre état de simple mortel et de notre chance d'être en vie. Piano et calme avant tout, pas de chant. Un passage orchestral conclut en beauté pour cette avant dernière partie.
5) Sea-Worn Driftwood, violons, bruits des vagues, quelques paroles de Dawkins, puis le calme des abysses entrecoupé par le chant des baleines. La fin est inaudible si le son n'est pas poussé à fond, cette partie aurait pu être moins longue, la dernière minute étant totalement inutile, un simple fade out aurait suffit.
Si l'évolution vous intrigue...

Si l'évolution vous intrigue...

Vers une nouvelle ère

Pour Nightwish, c'est un nouveau départ: de nouveaux musiciens et un album solide; la nouvelle équipe promet du grand spectacle pour les années à venir. Cette album en a déçu certains, notamment avec le titre de la galette, jugé trop atmosphérique, pas assez chanté et tout simplement trop long. J'adore ce titre, très agréable et bien construit, même si effectivement j'aurais aimé plus de passages chantés.
Sans être l'album du siècle, ni leur meilleur album, c'est un excellent cru; plus heavy qu'Imaginaerum, c'est une bonne passerelle pour appréhender l'univers de Nightwish et le Metal Symphonique.
 
 

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Cette critique du Mocking Crow est mise à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale 4.0 International

Une fin en musique avec la chanson inclue avec le premier single: Sagan

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