Poltergeist

Publié le par Mocking Crow

  • Date de sortie: 24 juin 2015
  • Réalisateur: Gil Kenan
  • Acteurs principaux: Sam Rockwell, Rosemarie DeWitt, Jared Harris, Jane Adams, Saxon Sharbino, Kyle Catlett, Kennedi Clements
  • Compositeur: Marc Steitenfeld
  • Genre: Épouvante-Horreur
  • Nationalité: Américain
  • Durée: 1h34
Oh vendez moi du rêve !

Oh vendez moi du rêve !

Deux semaines avant Insidious 3 voit arriver dans nos salles Poltergeist, remake du film d'horreur éponyme culte de 1982 réalisé par Tobe Hooper et produit par Steven Spielberg. Un film que j'attendais avec impatience et plaçais peut-être d'ailleurs trop d'espoir dans ce remake, qui est malheureusement une énorme déception. Doté d'un budget 6 fois supérieur à l'opus original (62 millions de dollars contre 10 millions), le projet vendait du rêve : produit par Sam Raimi, résolument plus spectaculaire sans pour autant délaissé ses origines (la scène du clown est bien là) et adapté à la culture du XXIème siècle, le film avait tout pour constitué un très bon remake. Malheureusement tel n'est pas le cas, car en s'adaptant à notre peu glorieux XXIème et tout les problèmes qui s'y rattachent, on a tôt fait de se retrouver avec des personnages stéréotypés et un spitch de départ ultra-classique, bien assez pointé du doigt ces dernières années. Comme nous parlons du célébrissime Poltergeist, je me vois contraint de parler du film original (hop une pierre, deux coups).
 

Un film culte !

Je n'ai appris que tout récemment que Poltergeist a eu deux suites, qui, sans être complètement ratées, sont bien en deçà du premier opus (à l'instar de Candyman). On suivait donc la famille Freeling menant une vie tranquille dans un quartier cossu de Californie nommé Cuesta Verde. Le père est un agent immobilier sans problème et la mère une femme au foyer débordant d'amour envers ses trois enfants : Dana, Robbie et Carol Anne. Tout va pour le mieux pour ses nouveaux riches, jusqu'au jour où leur plus jeune fille disparaît (aspirée par sa garde robe la pauvre) et se met à communiquer avec ses parents par le biais de la télévision. Les parents tentent le tout pour le tout en faisant appel à un groupe de parapsychologue, dont une médium, Tangina Barrons.

 

Le film cartonna au box office l'année de sa sortie et compte parmi les films les plus effrayants jamais réalisés. Ce dernier point est assez subjectif, car si Poltergeist a eu une influence considérable sur nombre de films d'horreur de ces dernières années tels qu'Insidious, Conjuring (mes films d'horreur préférés vous le saurez bien assez tôt), ou encore Les Griffes de la Nuit (Freddy Krueger) ; il s'apparente plus à un film fantastique à l'ambiance dérangeante, plus qu'à un véritable film d'épouvante en tant que tel. Si certaines séquences sont bel et bien angoissante, le film dispose surtout d'une atmosphère très particulière surfant sur les terreurs enfantines (le monstre sous le lit ou dans la penderie ça vous rappel quelque chose ? La peur des clowns ?). L'ambiance est pesante, certaines scènes sont assez violentes (la décomposition du visage d'un des protagonistes), les réactions des personnages assez curieuses face aux événements (beaucoup de calme et d'aplomb) et les effets spéciaux numériques généreux et à la pointe de la technologie de l'époque. L’ambiguïté de l'atmosphère réside dans le double travail fourni à la fois par le réalisateur, Tobe Hooper (Massacre à la Tronçonneuse) et le producteur, Steven Spielberg (Jurassic Park ?), qui bien qu'occupé par le tournage d'E.T., a insufflé considérablement sa personnalité dans Poltergeist, donnant ainsi un film plus macabre et étrange qu'horrifique (peut être aurait-il été véritablement terrifiant si Tobe Hooper avait eu plus de liberté). Il n'en demeure pas moins un succès monstre du cinéma horrifique des années 80 et permit de relancer un genre en pleine baisse de régime. Petite anecdote : la saga Poltergeist est également connu pour sa réputation maudite à cause de la mort prématurée de certaines personnes associées aux films. Il existe en outre un livre de James Kahn basé sur le scénario du film, introduisant quelques éléments supplémentaires et prolongeant certaines scènes mythiques.
Pour deux clowns achetés la poupée Chucky est offerte ma petite dame !

Pour deux clowns achetés la poupée Chucky est offerte ma petite dame !

Quid du remake ?

Si l'on fait abstraction de son statut de remake, le film d'horreur (100 % cette fois) est assez classique (jump scare et éléments types du genre : balle autonome, objets qui bougent, hallucinations…) mais bénéficie d'une mise en scène beaucoup plus spectaculaire. Le remake se démarque de l'original surtout avec ce dernier aspect, plus court, les événements s’enchaînent à un train d'enfer une fois l'action lancée, oubliant malencontreusement l'ambiance si étrange du premier opus. En soit ce n'est pas un mal, l'objectif d'un remake étant de se démarquer ad minima de l'original, l'ennui est que le film louche beaucoup trop sur ses origines afin de proposer une version améliorée de l'opus original. Or certains remakes ont montré qu'il était tout à fait possible de changer totalement le synopsis tout en se permettant quelques clins d’œil sympathiques (je pense à Total Recall par exemple). Dans le cas présent il s'agit plus d'un remake classique se contentant de reprendre les éléments qui ont fait leur petit effet à l'époque en les adaptant au technologie du 2ème millénaire. Aussi fini le temps où le Poltergeist ne pouvait intervenir que par le biais du poste de télévision, dans cet opus les morts se permettent d'interférer avec tout les outils technologiques : écran plasma, smartphones, tablette, Macintosh (tout marche aux produits d'Apple dans cette baraque)… Un ajout sympathique, qui permet des séquences bien amenées et bien réalisées (toi aussi trouve la source du mal avec ton smartphone !)

 

A la différence de l'opus original, la famille Bowen traverse une mauvaise passe. Ces derniers viennent d'emménager dans une nouvelle maison bâtie sur un ancien cimetière indien (déménagé hein ?) et sont rapidement confrontés à des phénomènes étranges. Deux jours après leur arrivée leur fille disparaît, la grande sœur se fait attraper par une main boueuse dans la buanderie et le jeune fils attaqué par un clown (Yes !) puis secoué par un arbre sous le regard flegmatique du paternel (si vous allez le voir, regardez la tête du père à l'instant où celui-ci aperçoit son fils suspendu à la branche du sosie du saule cogneur).  
La nouvelle petite famille et l'équipe parapsy découvrant les dangers de la TV.

La nouvelle petite famille et l'équipe parapsy découvrant les dangers de la TV.

Évidemment crise oblige, le père est sans emploi (original hein ? Il a dû sans doute vendre la maison pour acheter le dernier iMac d'Apple) et la mère a beaucoup moins le temps de s'attarder sur les peurs enfantines de son fils (réglant ainsi la question pour le reste du film soit dit en passant), quelle situation originale ! Pourquoi ai-je l'impression d'avoir déjà-vu ça mille fois au moins ? L'intention de départ est agréable et nécessaire, l'ennui c'est que le temps a passé et ce genre de pitch de départ est tellement banal. Si certains excellents films d'horreurs se basent la dessus, leur qualité vient de leur développement, des twists scénaristiques et/ou de l'originalité de certains aspects. La seule originalité de ce film réside dans sa mise en scène spectaculaire.

 

La source du Poltergeist est différente, si dans l'opus original il s'agit d'un démon très belliqueux (La Bête), rudement bien fichu, manipulant les autres esprits et aux intentions peu souhaitables envers les vivants (Insidious es-tu là ?); dans ce film on apprend vite que l'ultime révélation du premier métrage est la source de tous les maux (j'évite les spoils). Aussi la famille n'est pas confronté à un démon, mais une véritable armée d'âmes profanées, qu'on a tout le loisir de voir dans leur dimension, clairement visible cette fois et à la fois stylisée, glauque et oppressante. La séquence dans l'autre monde exploite pleinement le potentiel de la 3D, offrant une profondeur très agréable et une immersion formidable. Parce que oui, ce film est disponible en 3D. 3D malheureusement assez inégale, car si certains effets sont très bien fichus et la profondeur de champ toujours la bienvenue, le travail de mise au point à quelque fois tendance à dédoubler certains objets ou personnages floutés, nuisant considérablement à l'ambiance du film et à nos pupilles. 

Parlons casting et musique

Les acteurs remplissent leur rôle, même si la prestation de Kennedi Clements est plus que crispante, quel soulagement de la voir se faire happer par sa penderie pour ne plus avoir à supporter son jeu d'acteur digne d'un rouleau de sopalin anémique. On retiendra la prestation (malheureusement trop courte) de Jared Harris en médium irlandais présentateur d'une télé-réalité et le jeune Kyle Catlett dans le rôle de Griffin au comportement étonnamment mature pour son âge. Dommage cependant que le personnage de Saxon Sharbino ne soit que peu exploité et que le film se conclut par une fin niaiseuse (comme l'original soit dit en passant) desservi par un générique complètement à côté de la plaque. Dommage puisque la bande son colle parfaitement au film tout le reste du temps.

 

Pour résumé: C'est bon film d'horreur (il fait son taf) mais un remake très décevant. Les effets spéciaux sont au service d'une mise en scène spectaculaire, qui délaisse l'atmosphère qui nous avait charmé dans le film original: les peurs enfantines sont minimisées au profit d'une ambiance plus sombre et réaliste. Si la scène finale est toujours aussi spectaculaire (bien qu'un peu pressée), les voisins ne semblent cette fois que peu concernés par le spectacle, apparemment voir une maison se faire vaporiser est devenu aussi courant que la reproduction des dinosaures dans cette dernière décennie.
Un dernier bain de foule pour la route.

Un dernier bain de foule pour la route.

Publié dans le coffre à bobines, Films

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